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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2114947

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2114947

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2114947
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 28 octobre 2021 et 27 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Moutoussamy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis a implicitement rejetée sa demande tendant, d'une part, à la suspension des retenues opérées en matière de revenu de solidarité active et, d'autre part, au remboursement des retenues déjà effectuées depuis le 19 février 2015, date de son recours administratif à l'encontre de l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 911,65 euros mis à sa charge ;

2°) de condamner le département de la Seine-Saint-Denis a lui versé la somme totale de 10 000 euros en réparation des préjudices moraux et financiers qu'elle estime avoir subis du fait des retenues sur son allocation au revenu de solidarité active ;

3°) de mettre à la charge du département de la Seine-Saint-Denis le versement d'une somme de 1 223 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- dès lors que l'indu de revenu de solidarité active est contesté devant le juge administratif, les dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles font obstacle à ce qu'une caisse d'allocations familiales puisse pratiquer des retenues sur l'allocation de revenu de solidarité active dont bénéficie l'allocataire ;

- l'intégralité de l'indu de revenu de solidarité active a été récupéré, en dépit de la suspension du recouvrement d'un indu de RSA lors de la contestation de cet indu ;

- la privation d'une ressource à laquelle elle avait droit lui a causé un préjudice moral et financier d'un montant respectif chacun de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 8 novembre 2023, le département de la Seine-Saint-Denis conclut à ce qu'il soit mis hors de cause.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 28 février 2024, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis conclut, d'une part, à sa mise hors de cause et, d'autre part, au rejet de la requête.

Elle fait valoir, d'une part, que la requête de Mme B est forclose et, d'autre part, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 7 juin 2021, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bernabeu, conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu, au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Bernabeu ;

-et les observations de Mme C, représentant la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis 2011, a fait l'objet, par une décision du 13 décembre 2011, d'un indu de revenu de solidarité active pour les mois d'avril et mai 2011 d'un montant de 1 911,65 euros. Par un courrier du 9 janvier 2012, Mme B a formé un recours préalable obligatoire à l'encontre de cet indu. A défaut de réponse dans un délai de deux mois suivant la réception de ce recours, le président du conseil général de la Seine-Saint-Denis a implicitement rejeté son recours relatif à l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge pour les mois d'avril à mai 2011. Par un courrier du 19 février 2015, Mme B a sollicité le retrait de la décision de récupération de l'indu de revenu de solidarité active, le rétablissement de ses droits à prestation, la suspension de toute retenue sur prestation ou, à titre subsidiaire, une remise de dette. A défaut de réponse dans les deux mois suivant la réception de son recours administratif, une décision implicite de rejet est née. Par un jugement du 29 novembre 2017, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a rejeté son recours formé par un courrier du 19 février 2015. Par une décision du 3 juin 2019, le Conseil d'Etat statuant au contentieux a annulé le jugement du tribunal administratif de Montreuil sur ce point. Par un jugement du 29 mars 2021, le tribunal administratif de Montreuil a annulé la décision par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire exercé à l'encontre de l'indu de revenu de solidarité active. Entre temps, par un courrier du 23 juillet 2020, Mme B a demandé la suspension de toutes retenues, le remboursement de celles déjà effectuées depuis le 19 février 2015 ainsi que le versement d'une somme de 10 000 euros au titre des préjudices financiers et moraux qu'elle estime avoir subis du fait. A défaut de réponse dans un délai de deux mois à compter de la réception de cette demande, une décision implicite de rejet est née. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision ainsi que soit condamné le département de la Seine-Saint-Denis à lui verser la somme de totale de 10 000 euros au titre des préjudices financiers et moraux qu'elle estime avoir subis.

Sur les conclusions relatives à la suspension des retenues sur prestations et à leur remboursement :

2. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active [] /Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif [] /A défaut, l'organisme mentionné au premier alinéa peut également, dans des conditions fixées par décret, procéder à la récupération de l'indu par retenues sur les échéances à venir dues au titre de l'allocation mentionnée à l'article L. 168-8 du code de la sécurité sociale, des prestations familiales et de la prime d'activité mentionnées, respectivement, aux articles L. 511-1 et L. 841-1 du code de la sécurité sociale, au titre des prestations mentionnées au titre II du livre VIII du même code ainsi qu'au titre des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation [] ".

3. En adoptant les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, citées au point 2, le législateur a entendu que l'effet suspensif des recours dirigés contre une décision de récupération de l'indu s'attache à l'exigibilité de la créance. Il en résulte que l'exercice d'un tel recours, de même d'ailleurs qu'une demande de remise gracieuse, fait par lui-même obstacle, aussi longtemps que ce recours est pendant devant l'administration ou devant les juges du fond, d'une part, à la possibilité pour l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active d'opérer une compensation avec les sommes dues à l'allocataire et, d'autre part, à l'émission, par le département, d'un titre exécutoire sur le fondement de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales.

4. Mme B soutient que la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis aurait procédé à des retenues sur prestations afin de recouvrer l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge pour les mois d'avril et mai 2011, postérieurement à son recours du 19 février 2015, et que le solde de son indu de revenu de solidarité active était de 206,16 euros à la date de sa demande de suspension des retenues le 23 juillet 2020. Toutefois, la requérante ne justifie pas, par les pièces qu'elle produit, que des retenus sur prestations auraient été effectuées par la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis postérieurement à son courrier du 19 février 2015 afin de recouvrer l'indu de RSA pour les mois d'avril et mai 2011. En outre, et à supposer même que des retenues sur prestations aient été effectuées après son recours du 19 février 2015, il ne résulte pas de l'instruction que de telles retenues auraient été mises en œuvre pour le recouvrement de l'indu de revenu de solidarité active litigieux, alors que l'intéressée faisait l'objet de plusieurs autres indus pour différentes aides sociales, dont notamment un indu de revenu de solidarité active pour les mois d'août à novembre 2015.

5. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, les conclusions présentées par Mme B tendant à l'annulation de la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis a implicitement rejeté sa demande tendant à la suspension de retenues effectuées depuis le 19 février 2015 ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même de celles de ses conclusions tendant au remboursement de telles retenues, dont il n'est pas établi l'existence, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis ayant, en tout état de cause, procédé au remboursement de l'intégralité de l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 911,65 euros à la suite du jugement du 29 mars 2021 précité.

Sur les conclusions indemnitaires :

6. Dès lors que Mme B n'établit pas l'existence de retenues illégales tendant au recouvrement de l'indu de revenu de solidarité active pour les mois d'avril et mai 2011 d'un montant de 1 911,65 euros, les conclusions tendant à l'indemnisation des différents préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de ces retenues ne peuvent qu'être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité.

Sur les frais d'instance :

7. Le département de la Seine-Saint-Denis n'étant pas la partie perdante à la présente instance, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au département de la Seine-Saint-Denis et à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024

Le magistrat désigné,

S. BernabeuLa greffière,

D. Coulibaly

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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