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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2115029

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2115029

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2115029
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET GOUTAL, ALIBERT & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une première requête n° 2115029, enregistrée le 31 octobre 2021, la commune de Gagny, représentée par Me Goutal, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire n° 2021-28412 émis le 30 août 2021 par le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis et tendant au recouvrement de la somme de 105 608,48 euros ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer ladite somme ;

3°) et de mettre à la charge du département de la Seine-Saint-Denis une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il est entaché d'incompétence ;

- le titre litigieux est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- il est privé de base légale du fait de l'illégalité de la décision du 8 décembre 2020 prononçant la résiliation des conventions en litige et de la délibération de la commission permanente n° 04-02 du 10 décembre 2020 approuvant la déprogrammation desdites conventions et autorisant le recouvrement des sommes avancées :

- ces décisions sont entachées d'incompétence ;

- elles n'ont pas été précédées d'une procédure contradictoire adéquate ;

- elles sont entachées d'erreurs de fait ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2024, le département de la Seine-Saint-Denis, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une deuxième requête n° 2115031, enregistrée le 31 octobre 2021, la commune de Gagny, représentée par Me Goutal, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire n° 2021-28413 émis le 30 août 2021 par le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis et tendant au recouvrement de la somme de 127 120,75 euros ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer ladite somme ;

3°) et de mettre à la charge du département de la Seine-Saint-Denis une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il est entaché d'incompétence ;

- le titre litigieux est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- il est privé de base légale du fait de l'illégalité de la décision du 8 décembre 2020 prononçant la résiliation des conventions en litige et de la délibération de la commission permanente n° 04-02 du 10 décembre 2020 approuvant la déprogrammation desdites conventions et autorisant le recouvrement des sommes avancées :

- ces décisions sont entachées d'incompétence ;

- elles n'ont pas été précédées d'une procédure contradictoire adéquate ;

- elles sont entachées d'erreurs de fait ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2024, le département de la Seine-Saint-Denis, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

III. Par une troisième requête n° 2115043, enregistrée le 31 octobre 2021, la commune de Gagny, représentée par Me Goutal, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire n° 2021-28414 émis le 30 août 2021 par le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis et tendant au recouvrement de la somme de 121 910,87 euros ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer ladite somme ;

3°) et de mettre à la charge du département de la Seine-Saint-Denis une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il est entaché d'incompétence ;

- le titre litigieux est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- il est privé de base légale du fait de l'illégalité de la décision du 8 décembre 2020 prononçant la résiliation des conventions en litige et de la délibération de la commission permanente n° 04-02 du 10 décembre 2020 approuvant la déprogrammation desdites conventions et autorisant le recouvrement des sommes avancées :

- ces décisions sont entachées d'incompétence ;

- elles n'ont pas été précédées d'une procédure contradictoire adéquate ;

- elles sont entachées d'erreurs de fait ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2024, le département de la Seine-Saint-Denis, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

IV. Par une quatrième requête n° 2115045, enregistrée le 31 octobre 2021, la commune de Gagny, représentée par Me Goutal, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire n° 2021-28415 émis le 30 août 2021 par le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis et tendant au recouvrement de la somme de 111 320,94 euros ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer ladite somme ;

3°) et de mettre à la charge du département de la Seine-Saint-Denis une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il est entaché d'incompétence ;

- le titre litigieux est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- il est privé de base légale du fait de l'illégalité de la décision du 8 décembre 2020 prononçant la résiliation des conventions en litige et de la délibération de la commission permanente n° 04-02 du 10 décembre 2020 approuvant la déprogrammation desdites conventions et autorisant le recouvrement des sommes avancées :

- ces décisions sont entachées d'incompétence ;

- elles n'ont pas été précédées d'une procédure contradictoire adéquate ;

- elles sont entachées d'erreurs de fait ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2024, le département de la Seine-Saint-Denis, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

V. Par une cinquième requête n° 2115046, enregistrée le 31 octobre 2021, la commune de Gagny, représentée par Me Goutal, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire n° 2021-28416 émis le 30 août 2021 par le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis et tendant au recouvrement de la somme de 101 180 euros ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer ladite somme ;

3°) et de mettre à la charge du département de la Seine-Saint-Denis une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il est entaché d'incompétence ;

- le titre litigieux est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- il est privé de base légale du fait de l'illégalité de la décision du 8 décembre 2020 prononçant la résiliation des conventions en litige et de la délibération de la commission permanente n° 04-02 du 10 décembre 2020 approuvant la déprogrammation desdites conventions et autorisant le recouvrement des sommes avancées :

- ces décisions sont entachées d'incompétence ;

- elles n'ont pas été précédées d'une procédure contradictoire adéquate ;

- elles sont entachées d'erreurs de fait ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2024, le département de la Seine-Saint-Denis, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ghazi, rapporteur ;

- et les conclusions de M. Colera, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Depuis l'année 2016, la commune de Gagny bénéficie de subventions émanant du Fonds social européen ainsi que du département de la Seine-Saint-Denis en vue de la mise en œuvre du dispositif " Projet Insertion Emploi " (PIE). Dans ce cadre, la commune de Gagny et le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis ont conclu une convention relative à l'octroi d'une subvention du Fonds social européen au titre du programme opérationnel national pour l'emploi et l'inclusion en métropole le 2 février 2017. En application de cette subvention, la commune de Gagny a bénéficié, au titre des années 2016 à 2020, d'avances pour des montants annuels respectifs de 105 608,48 euros, 127 120,75 euros, 121 910,87 euros, 111 320,94 euros et 101 180 euros. Par une délibération n° 04-02 du 10 décembre 2020, la commission permanente du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a approuvé la déprogrammation de cette subvention et a autorisé le président du conseil départemental à procéder au recouvrement des sommes avancées. Par un jugement n° 2102075 du 6 février 2024, le présent tribunal a rejeté la requête présentée par la commune de Gagny et tendant notamment à l'annulation de cette délibération. Le 30 août 2021, le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a émis cinq titres de recette portant recouvrement des avances consenties au titre des années 2016, 2017, 2018, 2019 et 2020. Il s'agit des décisions attaquées.

2. Les requêtes susvisées, qui concernent les mêmes parties, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a, dès lors, lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

3. L'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 dispose que : " Toute créance liquidée faisant l'objet () d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". En vertu de ces dispositions, une personne publique ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par une référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur.

4. En l'espèce, les titres exécutoires litigieux contiennent, comme unique motivation, " remboursement avances PIE Gagny " ainsi que la mention de l'année concernée. Ce faisant, ils ne contiennent pas les éléments de calcul sur lesquels ils sont fondés. A cet égard, si le département de la Seine-Saint-Denis fait valoir que les bases et les éléments de calcul ont été portés à la connaissance de la commune de Gagny par plusieurs lettres adressées précédemment à celle-ci, il demeure que les titres exécutoires litigieux ne comportent aucune référence à ces lettres. Par suite, la commune de Gagny est fondée à soutenir que les titres exécutoires émis le 30 août 2021 par le département de la Seine-Saint-Denis sont entachés de vices de forme.

5. Il s'ensuit, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que la commune de Gagny est fondée à solliciter l'annulation des titres exécutoires susvisés émis le 30 août 2021 par le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis et tendant au recouvrement des sommes de 105 608,48 euros, 127 120,75 euros, 121 910,87 euros, 111 320,94 euros et 101 180 euros. Il y a également lieu de la décharger de l'obligation de payer lesdites sommes.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

7. En l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du département de la Seine-Saint-Denis, partie perdante dans la présente instance, une somme globale de 1 500 euros à verser à la commune de Gagny au titre des frais non compris dans les dépens pour l'ensemble des requêtes susvisées.

D E C I D E :

Article 1er : Les titres exécutoires n°s 2021-28412, 2021-28413, 2021-28414, 2021-28415, 2021-28416 émis le 30 août 2021 par le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis et tendant respectivement au recouvrement des sommes de 105 608,48 euros, 127 120,75 euros, 121 910,87 euros, 111 320,94 euros et 101 180 euros sont annulés.

Article 2 : La commune de Gagny est déchargée de l'obligation de payer les sommes mentionnées à l'article 1er du présent jugement.

Article 3 : Le département de la Seine-Saint-Denis versera une somme globale de 1 500 euros à la commune de Gagny en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Gagny et au département de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Truilhé, président,

- Mme Ghazi, première conseillère,

- Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

La première conseillère,Signé A. GhaziLe président,SignéJ-C. Truilhé La greffière,

Signé

A. Espeisses

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2115029

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