lundi 22 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2115135 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | PAUL HASTINGS (EUROPE) LLP |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 novembre 2021, la société de droit luxembourgeois Swilux, représentée par Me de Waal, demande au Tribunal :
1°) de prononcer la restitution des retenues à la source prélevées sur les dividendes de source française qui lui ont été distribués au titre de l'année 2018 pour un montant de 27 598,44 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des intérêts moratoires en application de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les retenues à la source litigieuses méconnaissent les articles 63 et 65 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, ainsi que l'a dit pour droit la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt C-575/17 du 22 novembre 2018, dès lors qu'elle était en situation déficitaire l'année en litige ;
- elle justifie de l'application des retenues à la source dont la restitution est sollicitée.
La requête a été communiquée à la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 22 novembre 2018, C-575/17, Sofina SA ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Syndique, première conseillère,
- les conclusions de M. Khiat, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin de restitution :
1. Aux termes de l'article R. 197-3 du livre des procédures fiscales : " Toute réclamation doit à peine d'irrecevabilité : / a) Mentionner l'imposition contestée () / d) Etre accompagnée () dans le cas où l'impôt n'a pas donné lieu à l'établissement d'un rôle ou d'un avis de mise en recouvrement, d'une pièce justifiant le montant de la retenue ou du versement () ". Ni ces dispositions, qui s'imposent indistinctement à toutes les actions tendant à la restitution d'une imposition qui n'a pas donné lieu à l'émission d'un rôle ou d'un avis de mise en recouvrement, quel que soit le fondement juridique sur lequel elles sont introduites, ni aucune autre ne précisent, pour ce qui concerne les réclamations tendant à la restitution d'un impôt recouvré par la voie de retenue à la source opérée par un tiers, la nature des pièces justifiant cette retenue qui doivent, à peine d'irrecevabilité, accompagner la réclamation. Un contribuable non résident formant une réclamation tendant à la restitution de la retenue à la source qui a été prélevée sur ses revenus tirés de produits visés aux articles 108 à 117 du code général des impôts en vertu du premier alinéa du 2 de l'article 119 bis de ce code peut donc satisfaire aux prescriptions de l'article R. 197-3 précité en produisant toutes pièces établissant l'application de cette retenue, pour peu qu'elles précisent la date à laquelle elle a été opérée et l'identité de l'établissement payeur au sens des dispositions des articles 1672 du code général des impôts, 75 de l'annexe II à ce code et 381 A de l'annexe III à ce code.
2. Il résulte de l'instruction que la société Swilux, dont le siège social est au Luxembourg, a perçu en 2018 des dividendes de source française, qui ont fait l'objet d'une retenue à la source au taux de 30% en application des dispositions combinées du 2 de l'article 119 bis du code général des impôts et du 1 de l'article 187 du même code puis, le 25 juin 2019, d'une restitution à hauteur de 15 % en application de l'article 8 de la convention fiscale franco-luxembourgeoise. Après que l'administration fiscale a rejeté par une décision du 9 juillet 2021 sa réclamation au motif qu'elle ne joignait pas à sa demande une attestation de l'établissement payeur, elle demande la restitution des retenues à la source prélevées à hauteur du taux de 15 % résultant de l'application de la convention fiscale.
3. D'une part, la société Swilux produit des avis de crédit de l'établissement teneur du compte, ING, sur lequel sont inscrits les titres dont procèdent les revenus soumis aux retenues en litige, désignant ces titres par le nom de la société distributrice de dividendes, mentionnant le nombre de titres, leur prix unitaire, la date de versement ainsi que les montants nets et bruts des revenus, dont il résulte l'application initiale d'un taux de retenue à la source de 30 %. Elle produit en outre un extrait de son compte courant chez ING justifiant du remboursement le 25 juin 2019, à la suite de sa réclamation, de montants correspondant à 50 % du montant des retenues à la source résultant des avis de crédit précédemment mentionnés pour des titres identifiés au moyen de leur numéro international d'identification.
4. D'autre part, la société requérante produit à l'instance un courrier de l'établissement payeur Caceis Bank du 26 août 2021 par laquelle cette société certifie avoir versé à ING des dividendes, après déduction des retenues à la source appliquées aux non-résidents, sans être en mesure d'identifier les bénéficiaires finaux. Sont joints à ce courrier les formulaires référencés 2777 attestant de l'application de retenue à la source au taux de 30 % pour des titres ayant le même nom et numéro d'identification que dans les documents émanant d'ING et le même prix unitaire.
5. Dans ces conditions la société Swilux est recevable à demander la restitution des retenues à la source en litige.
6. Il résulte de ce qui précède, dès lors que l'administration n'oppose aucun motif relatif au bien-fondé des prétentions de la société Swilux, que celle-ci est fondée à demander la restitution des retenues à la source prélevées sur les dividendes de source française au titre de l'année 2018 pour un montant de 27 598,44 euros.
Sur les intérêts moratoires :
7. En l'absence de litige né et actuel relatif à un refus de paiement des intérêts moratoires prévus à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, les conclusions de société Swilux sont irrecevables et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par société Swilux et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il est accordé à la société Swilux la restitution des retenues à la source en litige pour un montant de 27 598,44 euros.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à société Swilux au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Swilux et à la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Le Garzic, président,
Mme Syndique, première conseillère,
Mme Fabre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.
La rapporteure,
N. Syndique
Le président,
P. Le Garzic Le greffier,
S. Werkling
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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