vendredi 13 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2115465 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | BEN AMMAR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 novembre 2021 et le 9 janvier 2023, M. A C, représenté par Me Ben Ammar demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des impositions supplémentaires mises à sa charge en matière d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'administration a procédé à des traitements informatiques des données de la société Distrifitte en méconnaissance du II de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales ;
- la gestion de la société Distrifitte étant conjointement assurée avec son associé, il ne peut être regardé comme disposant seul de la maîtrise de l'affaire, de sorte que la preuve de son appréhension de distributions au sein de la société Distrifitte n'est pas rapportée ;
- c'est à tort que l'administration lui a infligé une majoration de 80% pour manœuvres frauduleuses.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 mai 2022 et le 20 janvier 2023, le directeur de contrôle fiscal Île-de-France conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement du 19 janvier 2023, intervenu en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il fait valoir que :
- il convient d'opérer une substitution du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts au c de l'article 111 du même code pour fonder les rectifications en matière d'impôt sur le revenu en litige ;
- les moyens de la société requérante ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Nour,
- les conclusions de M. Combes, rapporteur public,
- et les observations de Me Ben Ammar, représentant le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C était le gérant de la SARL Distrifitte au titre de l'exercice clos en 2017 de cette société, laquelle exploite un supermarché sous l'enseigne Franprix à Pierrefitte-sur-Seine (département de la Seine-Saint-Denis). Au terme d'une vérification de comptabilité concernant cette société, portant sur la période du 18 juin 2016 au 31 décembre 2017, étendue en matière de taxe sur la valeur ajoutée au 31 octobre 2018, l'administration a relevé qu'une partie des recettes avait été éludée au titre de cette période. L'administration a également estimé que M. A C avait la qualité de maître de l'affaire au titre de cette période et qu'il était ainsi réputé avoir appréhendé la totalité des revenus distribués par la société. Ainsi, l'administration lui a notifié des rectifications en matière d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2017 par une proposition de rectification du 25 février 2020. Par la présente requête, M. C demande à être déchargé de ces suppléments d'impôt et pénalités.
Sur l'étendue du litige :
2. Il résulte des écritures de l'administration fiscale en défense que celle-ci a estimé que la substitution du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts au c de l'article 111 du même code entraînait un dégrèvement, en droits et pénalités, de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux pour l'année 2017 à hauteur de 32 094 euros. L'administration a ainsi prononcé, par une décision du 19 janvier 2023, le dégrèvement à hauteur de cette somme concernant l'impôt sur le revenu de M. C au titre de l'année 2017. Par suite, les conclusions de la requête de M. C relatives à ces impositions sont, dans cette mesure, devenues sans objet.
Sur les impositions restant en litige :
3. En premier lieu, les irrégularités éventuelles de la procédure de vérification de la société Distrifitte sont, en raison du principe de l'indépendance des procédures de rectification menées à l'encontre d'une société d'une part et de son dirigeant d'autre part, sans incidence sur les impositions personnelles à l'impôt sur le revenu de M. C. Ainsi, le moyen tiré de ce que la procédure d'imposition est irrégulière au motif que l'administration aurait procédé à des traitements informatiques des données de la société Distrifitte en méconnaissance du II de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales est inopérant. Il ne peut par suite qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ". Aux termes enfin de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () c. Les rémunérations et avantages occultes () ". Le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.
5. Il résulte des écritures de l'administration fiscale en défense que celle-ci a entendu solliciter le bénéfice d'une substitution du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts au c de l'article 111 du même code pour fonder les rectifications en matière d'impôt sur le revenu en litige. Il y a lieu d'y faire droit dès lors que la substitution de base légale ainsi opérée ne prive le contribuable d'aucune des garanties de procédure prévues par la loi et que l'administration invoque, au soutien de la demande de substitution de base légale, les mêmes faits qu'elle avait retenus pour motiver les rehaussements en litige.
6. Il résulte de l'instruction que la société Distrifitte est détenue à hauteur de 100% de son capital par la SARL Holding C dont les deux associés sont M. A C et M.B C. M. A C était, au titre de la période vérifiée, le gérant de droit de la société Distrifitte et, ainsi que le fait valoir l'administration, non contredite, a entièrement pris en charge les opérations nécessaires à la création de la société au cours de l'année 2016 et était le seul signataire de la déclaration de résultats déposée au titre de l'exercice clos en 2017 et des procès-verbaux d'assemblée générale au titre de cette période. Il résulte également de l'instruction que, contrairement à ses allégations, le requérant était le seul détenteur de la signature des comptes bancaires de la société. M. A C fait valoir qu'il assurait conjointement avec son associé les relations commerciales, financières ainsi que le traitement de la comptabilité, depuis la création de la société Distrifitte et qu'ils sont tous deux les interlocuteurs des prestataires de cette société, ainsi qu'il en ressort de plusieurs attestations produites par les prestataires de la société Distrifitte. Le requérant se prévaut également de ce que M. B C a signé un contrat en tant que cogérant avec une société d'assurances dont la société Distrifitte est sociétaire depuis le 1er février 2017 et est cosignataire d'un contrat de maintenance frigorifique avec une société partenaire de la société Distrifitte depuis 2016. Toutefois, l'administration établit que M. A C, gérant de droit et seul détenteur de la signature des comptes bancaires de la société, disposait seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société Distrifitte et était en mesure d'user, sans contrôle de son associé, de ses biens. Il doit donc être regardé comme étant le seul maître de l'affaire et comme ayant appréhendé les revenus distribués en litige. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a imposé ces distributions dans les mains du requérant en qualité de revenus de capitaux mobiliers.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : () / c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".
8. Pour appliquer à M. C la majoration de 80% pour manœuvres frauduleuses, l'administration a tout d'abord constaté, que, lors de la vérification de comptabilité la société Distrifitte, des sommes représentant respectivement 6, 80% et 7, 90% du chiffre d'affaires réalisé en 2017 et 2018 n'avaient été ni déclarées ni comptabilisées et que la part des espèces éludées représentait 19,10% et 13, 93% des espèces déclarées en 2017 et 2018. Eu égard au montant important de ces minorations de recettes, concernant, pour une part significative, des paiements en espèces, l'élément matériel doit être regardé comme caractérisé. En outre, l'administration a, lors de ses investigations, procédé à la saisie de données informatiques qui ont révélé notamment l'absence de la caisse n° 2 seulement lors de la période au cours de laquelle des minorations de recettes ont été constatées, l'existence d'une clé USB dans laquelle était enregistré un fichier " détail régul " faisant apparaître le montant exact des dissimulations ainsi que des fichiers " ventes " indiquant un chiffre d'affaires nettement supérieur à celui déclaré et dont la différence avec les montants déclarés correspond exactement en 2017 et avec cohérence en 2018 aux fichiers de régularisation. Les éléments saisis ont également révélé que les minorations de recettes portaient presque exclusivement sur des ventes en espèce. L'administration a ainsi estimé que cette pratique présentait un caractère systématique, organisé et répétitif des prélèvements en caisse opérés, de sorte qu'elle constitue un acte volontaire et conscient alors que le gérant d'une société ne peut ignorer de bonne foi les règles fiscales courantes que sont la justification des recettes au comptant et la comptabilisation de l'ensemble des recettes, ainsi que les minorations de recettes en cause, " ne serait-ce qu'en raison des contrôles quotidiens effectués pour rapprocher les encaissements des clients et les états produits par le système ". Ainsi, ces éléments sont constitutifs d'un faisceau d'indices concordants de nature à caractériser l'existence d'une manœuvre frauduleuse. Or, l'intéressé est le gérant de droit de la société Distrifitte et, ainsi qu'il a été dit au point 6, le seul maître de l'affaire. En outre, il se borne à contester le recours à un logiciel frauduleux alors que l'administration fiscale a pu constater les minorations de recettes à travers notamment l'existence d'une clé USB dans laquelle était enregistré un fichier " détail régul " faisant apparaître le montant exact des dissimulations. Dans ces conditions, l'administration apporte la preuve qui lui incombe de ce que la manœuvre frauduleuse est imputable au requérant. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration a fait application de la majoration de 80% prévue par les dispositions précitées du c) de l'article 1729 du code général des impôts.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander la décharge des impositions litigieuses. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin de décharge et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. C à hauteur du dégrèvement prononcé en cours d'instance.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur de la direction de contrôle fiscal Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Jimenez, présidente,
M. Charageat, premier conseiller,
Mme Nour, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.
La rapporteure,
C. Nour
La présidente,
J. Jimenez Le greffier,
C. Chauvey
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026