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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2116101

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2116101

lundi 18 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2116101
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSELARL DIDIER LECOMTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires en réplique, enregistrés les 24 novembre 2021, 30 mai 2022 et 16 février 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Kilic et la société civile de construction vente (SCCV) du Prieuré, représentées par Me Lecomte, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à la charge de la SAS Kilic au titre des exercices clos en 2014 et en 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la requête est recevable dès lors qu'elle a été régularisée par sa signature par la SAS Kilic ; en tout état de cause, cette dernière a formé une réclamation le 25 septembre 2020 ;

- l'administration fiscale s'est exonérée de l'examen des pièces produites au cours du contrôle ;

- le paragraphe 10 de la doctrine portant la référence BOI-BIC-PROV-40-10-10 du 25 février 2013 prévoit qu'un test de dépréciation doit être réalisé en se fondant sur des éléments externes et internes lorsqu'il existe des indices de dépréciation des immobilisations ; les provisions pour dépréciation remises en cause par l'administration étaient justifiées tant dans leur principe que dans leur montant, aucun texte n'exigeant que la preuve de leur caractère déductible résulte d'actes contemporains de la passation des écritures ; le recours formé contre le permis de construire ayant été introduit en 2012, la provision était justifiée depuis l'exercice clos en 2012 et jusqu'à l'exercice clos en 2015, date d'acceptation du permis de construire modificatif.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 avril 2022 et 29 juin 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, la réclamation contentieuse ayant été formée par B alors que seule la SAS Kilic a la qualité de contribuable en tant que société mère au sens de l'article 223 A du code général des impôts ;

- les moyens soulevés par les sociétés requérantes ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tahiri,

- et les conclusions de Mme Nguër, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une vérification de comptabilité de la société civile de construction vente (SCCV) du Prieuré, l'administration a remis en cause la déduction de ses résultats, au titre des exercices clos en 2014 et 2015, de provisions pour dépréciation de matières premières et de provisions pour dépréciation des en cours de production inscrites à son bilan. En conséquence, elle a mis à la charge de la société par actions simplifiée (SAS) Kilic, société mère d'un groupe fiscalement intégré dont est membre la SARL AEGIFM, qui détient 99,9% des parts de B, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2014 et a réduit le résultat déficitaire qu'elle avait déclaré au titre de l'exercice clos en 2015. La SAS Kilic et B demandent au tribunal de prononcer la décharge les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à la charge de la SAS Kilic au titre des exercices clos en 2014 et en 2015.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " I. - Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables. () ". Il résulte de ces dispositions qu'au nombre des garanties dont bénéficie le contribuable vérifié figure la faculté d'avoir avec le vérificateur un débat oral et contradictoire. Dans le cas où la vérification de comptabilité d'une société a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable auprès duquel sont déposés les documents comptables, il appartient au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat.

3. Il résulte de l'instruction que la vérification de comptabilité a donné lieu à une première intervention du vérificateur dans l'immeuble acquis par B le 10 mars 2017 puis à son siège social les 20 avril et 22 mai 2017. Les conclusions du contrôle ont été présentées au cours d'un entretien téléphonique le 21 juillet 2017 en raison de l'indisponibilité du représentant légal de B. La société requérante, qui fait état d'une insuffisance de dialogue avec le vérificateur, soutient que ce dernier aurait refusé de prendre connaissance des pièces complémentaires transmises le 3 juillet 2017. Toutefois, la proposition de rectification du 5 septembre 2017 faisant suite à cette vérification de comptabilité fait état de la réception de ces pièces le 4 juillet 2017, en précise l'objet et la date avant d'exposer le motif pour lequel elles n'ont pas été regardées comme des justificatifs suffisants des écritures comptables litigieuses. Par suite, les sociétés requérantes n'établissent pas avoir été privées de la garantie d'un débat oral et contradictoire. En outre, elles ne soutiennent pas utilement en avoir été privées postérieurement à la notification de la proposition de rectification du 5 septembre 2017, dès lors que cette garantie est attachée à la vérification de comptabilité, qui s'achève à la date de la dernière intervention sur place du vérificateur.

Sur le bien-fondé des impositions :

4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 39 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux exercices en litige : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice. () Les provisions pour pertes afférentes à des opérations en cours à la clôture d'un exercice ne sont déductibles des résultats de cet exercice qu'à concurrence de la perte qui est égale à l'excédent du coût de revient des travaux exécutés à la clôture du même exercice sur le prix de vente de ces travaux compte tenu des révisions contractuelles certaines à cette date. S'agissant des produits en stock à la clôture d'un exercice, les dépenses non engagées à cette date en vue de leur commercialisation ultérieure ne peuvent, à la date de cette clôture, être retenues pour l'évaluation de ces produits en application des dispositions du 3 de l'article 38, ni faire l'objet d'une provision pour perte ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 38 ter de l'annexe III au code général des impôts : " Le stock est constitué par l'ensemble des marchandises, des matières premières, des matières et fournitures consommables, des productions en cours, des produits récupérés, qui sont la propriété de l'entreprise à la date de l'inventaire et dont la vente en l'état ou au terme d'un processus de production à venir ou en cours permet la réalisation d'un bénéfice d'exploitation. / Les productions en cours sont les biens ou les services en cours de formation au travers d'un processus de production ". Aux termes de l'article 38 nonies de cette annexe : " Les marchandises, matières premières, matières et fournitures consommables, emballages perdus, produits en stock et productions en cours au jour de l'inventaire sont évalués pour leur coût de revient () ". Enfin, aux termes de l'article 38 decies de la même annexe : " Si le cours à la date de l'inventaire des marchandises, matières premières, matières et fournitures consommables, produits intermédiaires, produits finis et emballages commerciaux perdus en stock au jour de l'inventaire est inférieur au coût de revient défini à l'article 38 nonies, l'entreprise doit constituer, à due concurrence, des provisions pour dépréciation ".

6. Il résulte de l'instruction que B, créée le 29 novembre 2006, avec pour objet la construction de 40 logements neufs divisés en 6 bâtiments et la réhabilitation d'un bâtiment sur un terrain sis sur la commune de Saint-Arnoult en vue de leur vente à des tiers, a acquis le 30 mai 2007, pour un prix de 850 000 euros HT, un terrain à bâtir comportant une maison et des bâtiments annexes sur la commune de Saint-Arnoult pour lequel elle bénéficiait d'un permis de construire délivré en 2006 et devenu caduc en 2008. En raison du retard pris pour la réalisation de son projet immobilier, B a comptabilisé et déduit de ses résultats, au titre d'exercices antérieurs prescrits, une provision pour dépréciation des matières premières pour un montant de 381 880,79 euros et une provision pour dépréciation des en cours de production pour un montant de 749 906 euros, et au titre des exercices clos en 2014 et en 2015, des provisions pour dépréciation des en cours de production à hauteur respectivement de 63 835 euros et 58 766 euros. A la suite de la vérification de comptabilité de la SCCV, l'administration fiscale a notamment estimé que ces provisions étaient sans objet depuis l'exercice clos en 2012 compte tenu de la délivrance d'un nouveau permis de construire en juillet 2012. Elle a réintégré le montant de celles constituées au titre d'exercices antérieurs prescrits et de celle constituée en 2014 dans les résultats imposables de l'exercice clos en 2014 et de celle constituée en 2015 dans les résultats imposables de l'exercice clos en 2015.

7. Pour justifier, d'une part, le maintien des provisions pour dépréciation des matières premières et des en cours de production constituées au titre des exercices antérieurs à l'exercice clos en 2014 et, d'autre part, la constitution de provisions pour dépréciation des en cours de production au titre des exercices clos en 2014 et en 2015, les sociétés requérantes font valoir que le permis de construire accordé en 2006 portant sur la parcelle en partie bâtie acquise par B en 2007 était devenu caduc en 2008 et que la SCCV a été, jusqu'en 2015, dans l'impossibilité de commencer les travaux durant la période de validité du nouveau permis de construire qui lui a été délivré le 2 juillet 2012. S'il résulte de l'instruction que ce nouveau permis de construire a fait l'objet d'un recours en annulation en décembre 2012, rejeté le

22 juillet 2013 par un jugement du tribunal administratif de Caen, les sociétés requérantes se bornent à soutenir, sans en justifier, que le commencement des travaux pendant la durée de validité de ce permis de construire a été compromis par l'absence de pré-vente des lots du projet immobilier destinée à financer les travaux, du fait de la publicité donnée au recours en annulation. Par conséquent, elles n'établissent pas le caractère probable du risque de dépréciation à raison duquel B a maintenu ou constitué des provisions dans les écritures des exercices clos au cours des années 2013 à 2015, tenant à l'éventualité d'une péremption du permis de construire délivré en 2012. La circonstance que la demande de prorogation de ce permis de construire présentée par SCCV du Prieuré a été rejetée le 21 novembre 2014 et qu'elle a sollicité un permis de construire modificatif qui ne lui a été délivré que le 25 août 2015 ne sont pas davantage de nature à établir le caractère probable du risque de péremption du permis de construire délivré en 2012, faute d'éléments quant au retard dans le commencement des travaux, une déclaration d'ouverture de chantier ayant au demeurant été déposée le 8 décembre 2014. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a considéré que ces provisions pour dépréciation constituées au titre des exercices antérieurs à l'exercice clos en 2014 étaient devenues sans objet et a, par suite, rapporté leur montant aux résultats du premier exercice non prescrit, soit l'exercice clos en 2014 et que les provisions pour dépréciation des en cours de production constituées au titre des exercices clos en 2014 et en 2015 n'étaient pas justifiées et a, par suite, rapporté leur montant aux résultats au bilan des exercices au cours desquels elles ont été irrégulièrement constituées.

8. En deuxième lieu, le point 10 de l'instruction référencée BOI-BIC-PROV-40-10-10 du 25 février 2013, relatif aux éléments à prendre en compte lorsqu'on réalise un test de dépréciation en présence d'indices de dépréciation d'une immobilisation, ne comporte aucune interprétation différente de la loi fiscale dont il a été fait application ci-dessus.

9. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que les rectifications en litige auraient donné lieu à une double imposition.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin de décharge présentées par les sociétés requérantes doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'elles ont présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Kilic et de B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Kilic, à la société civile de construction vente du Prieuré et au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Charret, président,

Mme Tahiri et Mme A, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2024.

La rapporteure,

S. Tahiri

Le président,

J. Charret

La greffière,

L. Valcy

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie et au ministre du budget, chargé des comptes publics, chacun en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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