lundi 26 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2116809 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | COHEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 décembre 2021, M.et Mme A, représentés par Me Cohen, demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu et prélèvements sociaux, assorties des majorations et intérêts de retard, auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 et 2014.
Ils soutiennent que :
- la procédure a méconnu l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales dès lors que l'administration ne les a pas tenus informés de la teneur et l'origine des documents obtenus de tiers et n'a pas adressé les pièces et documents obtenus dans le cadre de son droit de communication malgré leur demande formulée par courrier du 19 septembre 2016 ;
- la comptabilité de la société He Feng ne révélait que des imperfections formelles ne justifiant pas son rejet ;
- la méthode de reconstitution de recettes est viciée, radicalement sommaire ou à tout le moins insuffisante et aboutit à des résultats exagérés ;
- les majorations pour manquement délibéré ne sont pas fondées ;
- M. A ne dispose pas de la qualité de maître de l'affaire de la société He Feng dès lors qu'il n'en est pas le gérant mais un associé non majoritaire et salarié, qu'il n'était pas le seul à disposer de la signature sur le compte bancaire de la société, qu'il n'a pas été l'interlocuteur principal lors du contrôle fiscal de la société et que la gérante été nommé aux fonctions de liquidateur et a signé plusieurs documents engageant la société.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 octobre 2023, le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. et Mme A n'est fondé.
Par une ordonnance du 19 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Courneil,
- et les conclusions de Mme Therby-Vale, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société He Feng, qui exerce une activité d'aménagement intérieur pour des restaurants, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices clos le 31 mars 2013, le 31 mars 2014 et le 31 mars 2015 pour l'impôt sur les sociétés et au titre de la période du 1er février 2012 au 31 mars 2015 pour la TVA. A l'issue de ce contrôle, l'administration a écarté sa comptabilité comme non-probante et procédé à une reconstitution de son chiffre d'affaires à la suite de quoi lui a été notifiée une proposition de rectification en date du 22 février 2016 rehaussant ses résultats imposables. Par un jugement n° 2126081 du 27 décembre 2023, le tribunal administratif de Paris a rejeté les conclusions aux fins de décharge de ces impositions présentées par la société He Feng. Par ailleurs, M. A, salarié et associé à 50 % de la société He Feng, et son épouse, ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces au terme duquel leur a été notifiée une proposition de rectification en date du 23 février 2016 qui rehausse le montant des cotisations d'impôts sur le revenu pour les années 2013 et 2014, en droits, intérêts et pénalités, pour des montants respectifs de 107 845 et 27 561 euros. Dans le cadre de la présente instance, M. et Mme A demandent la décharge de ces cotisations supplémentaires.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. ".
3. M. et Mme A soutiennent que les services fiscaux ont méconnu les dispositions précitées dès lors que leur a été refusée la transmission des pièces et documents obtenus dans le cadre de l'exercice d'un droit de communication. Les requérants précisent à cet égard que le compte-rendu du recours hiérarchique, établi le 6 septembre 2016, mentionne que " l'examen des chèques émis par la société He Feng au cours de la période vérifiée, a confirmé votre désignation par l'administration comme maître de l'affaire ", chèques que l'administration a refusé de transmettre aux intéressés à la suite de leur demande formulée à cette fin le 19 septembre 2016. Il résulte toutefois de l'instruction que ces documents ont été invoqués pour la première fois par l'administration uniquement au stade de l'interlocution, pour justifier que les sommes en litige avaient été à juste titre imposées dans les mains de M. A en sa qualité de maître de l'affaire. Ces documents n'ayant ainsi pas été utilisés pour fonder les redressements en litige, mais seulement en corroborer le bien-fondé, il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales doit être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions supplémentaires de la société He Feng :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration ". Les dispositions de l'article 242 nonies A.-I.8° de l'annexe II au CGI prévoient que la facture délivrée par les assujettis à la TVA doit obligatoirement faire apparaître " Pour chacun des biens livrés ou des services rendus, la quantité, la dénomination précise, le prix unitaire hors taxe et le taux de taxe sur la valeur ajoutée légalement applicable ou, le cas échéant, le bénéfice d'une exonération ".
5. M. et Mme A soutiennent que le service vérificateur a rejeté à tort la comptabilité de la société He Feng au motif qu'elle serait irrégulière et non probante. Tout d'abord, si les requérants entendent justifier l'absence des factures, issues de carnet souche, portant les numéros 2, 4 et 6 en alléguant qu'elles ont été annulées avant d'être utilisées, une telle circonstance n'est établie par aucune pièce justificative telle que, notamment, lesdites factures portant la mention selon laquelle elles auraient été annulées. Au demeurant, l'administration fait valoir en défense sans être contredite qu'aucune souche n'a été présentée aux services et que la numérotation des factures était chronologiquement incohérente, la facture n° 5 étant par exemple datée du 8 juillet 2013 tandis que la facture n° 7 était du 21 avril 2013. Ensuite, les requérants ne contestent pas que les factures tenues sur support informatique à compter du mois de juillet 2013 n'ont pas été numérotées et ne mentionnent pour certaines qu'un seul prix global, sans distinction entre le coût des prestations de main d'œuvre réalisées et celui des matériaux ou équipements fournis, faisant ainsi obstacle à la possibilité de rattacher d'importants achats, pour un montant de 48 074 euros en 2014 et 116 837 euros en 2015, à une refacturation auprès des clients. Enfin, contrairement à ce que soutiennent les requérants, l'administration n'a pas écarté la comptabilité en raison de manquements aux règles de facturation, notamment celles afférentes au droit à déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée acquittée, mais au regard de l'absence de caractère probant des factures émises. Dans ces conditions, les irrégularités relevées par l'administration étaient d'une gravité suffisante pour justifier le rejet de la comptabilité.
6. En deuxième lieu, M. et Mme A soutiennent que la méthode employée par les services vérificateurs pour reconstituer les recettes de la société He Feng est viciée, radicalement sommaire ou à tout le moins insuffisante et a abouti à des résultats exagérés. Tout d'abord, si les requérants font grief aux services de n'avoir employé qu'une seule méthode de reconstitution, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'administration de reconstituer des bases imposables selon plusieurs méthodes de reconstitution. Ensuite, si les requérants soutiennent que la méthode employée par l'administration est radicalement viciée, ils se bornent à faire valoir que la comptabilité de la société He Feng était suffisamment probante, alors que, ainsi qu'il vient d'être dit, c'est à bon droit que sa comptabilité a été écartée par le service comme non probante. Enfin, les requérants soutiennent que la méthode employée, qui consiste en l'application des coefficients de marge ressortant de la monographie professionnelle des entreprises du bâtiment aux montants des salaires productifs auxquelles ont été ajoutés les achats de marchandises, est excessivement sommaire dès lors qu'elle ne repose pas sur des données concrètes et propres à la société He Feng. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, en l'absence de comptabilité régulière et probante, que ladite société aurait mis à la disposition des services des données précises permettant de reconstituer ses résultats ni proposé une autre méthode de reconstitution. Par suite, le moyen tiré du caractère vicié et sommaire de la méthode de reconstitution doit être écarté.
Sur le bien-fondé des pénalités infligées à la société He Feng :
7. Si M. et Mme A soutiennent que la pénalité infligée à la société He Feng sur le fondement de l'article 1 729 du code général des impôts est infondée, un tel moyen se rapporte aux seules pénalités appliquées à ladite société sans que celles-ci n'aient d'influence sur les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu en litige. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions supplémentaires de M. et Mme A :
8. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () "
9. Le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.
10. Les requérants soutiennent que M A ne peut être regardé comme maître de l'affaire au sein de la société He Feng. Tout d'abord, s'il soutient qu'il n'était pas le gérant de ladite société tandis que la personne désignée comme telle a signé de " nombreux documents ", il produit au soutien de cette allégation uniquement le contrat de domiciliation commerciale signé en février 2012 par la gérante, préalablement à la création de la société, sans aucun acte postérieur, alors que l'administration a relevé que M. A, véritable animateur de la société, disposait d'une procuration sur le compte bancaire de la société, qu'il avait signé la totalité des 59 chèques correspondant aux débits bancaires les plus importants et qu'il a déclaré à la vérificatrice être le recruteur du personnel et être en contact avec les clients et fournisseurs. En outre, la seule circonstance que la gérante ait été nommée aux fonctions de liquidateur de la société, postérieurement au contrôle fiscal de celle-ci, n'ôte pas à M. A la qualité de véritable animateur de celle-ci pendant la période vérifiée. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme rapportant la preuve, par un faisceau d'indices suffisant, que M. A disposait seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, était en mesure d'user sans contrôle de ses biens, devant ainsi être regardé comme seul maître de l'affaire. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur le bien-fondé des pénalités infligées à M. et Mme A :
11. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ".
12. Eu égard au rejet de la comptabilité ni probante ni sincère de la société He Feng et de la reconstitution de recettes ayant relevé d'importantes minorations de son chiffre d'affaires, l'administration a pu à bon droit caractériser le manquement délibéré de M. A, en sa qualité de maître de l'affaire. Par suite, le moyen contestant les pénalités infligées sur le fondement des dispositions précitées doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. et Mme A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme C A et au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 5 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Charret, président,
Mme Courcet-Desvaux, première conseillère,
Mme Courneil, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 26 février 2024.
La rapporteure,
L. Courneil
Le président,
J. CharretLa greffière,
D. Ferreira
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026