mardi 5 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2117568 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL REINHART MARVILLE TORRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 décembre 2021, 6 juillet et 10 octobre 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme A B, représentée par Me Lenoir, doit être regardée comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la région Ile-de-France à lui verser la somme de 202 114,33 euros, somme à parfaire, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;
2°) de mettre à la charge de la région Ile-de-France la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête tendant à la seule indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison des agissements de la région Ile-de France ne peut se voir opposée le délai de recours de deux mois dès lors qu'il ne concerne que les recours tendant à l'annulation d'une décision et qu'elle est seulement soumise au délai de prescription quadriennale ;
- le fait générateur relatif au manquement à l'obligation de sécurité et de santé au travail a été invoqué dans la seconde demande indemnitaire préalable adressée le 24 novembre 2022 et reçue par les services de la collectivité le 28 décembre 2022 ;
- elle a subi des faits de harcèlement moral de la part de ses supérieurs hiérarchiques ;
- la région Ile-de-France a manqué à son obligation de sécurité et de santé au travail dès lors qu'elle a méconnu les dispositions des articles 2 et suivants du décret n° 82-453 du 28 mai 1982, le principe général de prévention issu des articles L. 4121-1 et L. 4121-2 du code du travail et l'article 2-1 du décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;
- elle a subi une perte de gains professionnels à hauteur de la somme de 87 910,33 euros, un déficit fonctionnel temporaire évalué à la somme de 8 204 euros, des souffrances endurées qui peuvent être évaluées à la somme de 6 000 euros et un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence à hauteur de 100 000 eurs.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 novembre 2022 et 30 juillet 2024, la région Ile-de-France, représentée par Me Levain, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ; Mme B disposait d'un délai de deux mois pour introduire sa requête contre la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire, ce délai expirant le 10 août 2021, sa requête enregistrée le
17 décembre 2021 est tardive ;
- la décision implicite de rejet de sa seconde demande indemnitaire, confirmative de la décision du 9 juin 2021 n'a pas eu pour effet de rouvrir le délai de recours contentieux ; la jurisprudence citée par la requérante n'est pas de nature à remettre en cause la nouvelle rédaction de l'article R.421-3 du code de justice administrative à la suite à l'entrée en vigueur, le
1er janvier 2017, du décret du 2 novembre 2016 ; Mme B, dans sa seconde demande indemnitaire, ne fait état d'aucune circonstance de fait ou de droit nouvelle ni d'évolution de ses préjudices ; la décision rejetant implicitement la demande indemnitaire préalable du 9 avril 2021 est devenue définitive ;
- à titre subsidiaire, les faits relatés par Mme B ne sont pas assimilables à du harcèlement moral ;
- aucune des pièces produites ne permet d'établir que les propos tenus par ses supérieurs hiérarchiques auraient excédé les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique ;
- les courriels adressés par ses supérieurs hiérarchiques se bornent à lui communiquer des instructions précises et détaillées pour lui permettre de mener à bien ses missions ;
- le service de Mme B devait gérer des urgences sur des dossiers sensibles dès lors sa hiérarchie a pu adopter par écrit, à de rares occasions, un ton plus ferme mais sans excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique pour lui demander de rendre, dans les temps, le travail demandé ;
- dès lors que le harcèlement moral n'est pas établi, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la région a manqué à son obligation de sécurité et de protection de la santé des agents.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Biscarel,
- les conclusions de M. Colera, rapporteur public,
- les observations de Me Arvis, substituant Me Lenoir, représentant Mme B,
- et les observations de Me Gilavert, représentant la région Ile-de-France.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B a été recrutée du 9 mai 2017 au 8 mai 2020 par contrat à durée déterminée pour occuper les fonctions de responsable du service prospective et évaluation de la direction de la stratégie des territoires (DST) au sein du pôle développement économique, emploi et formation (DEEF) de la région Ile-de-France. Elle a présenté, par deux courriers reçus respectivement les 9 avril 2021 et 28 décembre 2022, une demande indemnitaire préalable.
Mme B demande au tribunal de condamner la région Ile-de-France à lui verser la somme totale de 202 114,33 euros, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis résultant d'agissements de harcèlement moral et du manquement à l'obligation de sécurité et de santé au travail.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la région Ile-de-France tirée de la tardiveté des conclusions indemnitaires :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / () ".
3. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation.
4. En revanche, si une fois expiré ce délai de deux mois, la victime saisit le juge d'une demande indemnitaire portant sur la réparation de dommages causés par le même fait générateur, cette demande est tardive et, par suite, irrecevable. Il en va ainsi alors même que ce recours indemnitaire indiquerait pour la première fois les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages, ou invoquerait d'autres chefs de préjudice, ou aurait été précédé d'une nouvelle décision administrative de rejet à la suite d'une nouvelle réclamation portant sur les conséquences de ce même fait générateur.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les dispositions de la présente sous-section ne sont pas applicables aux relations entre l'administration et ses agents ". Cette sous-section comprend l'article L. 112-3, aux termes duquel : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception () ", ainsi que l'article L. 112-6, qui dispose que : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation () ".
6. Aux termes de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : / () 5° Dans les relations entre l'administration et ses agents ". Aux termes de l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. () ".
7. Il résulte de l'instruction que Mme B a présenté une demande indemnitaire préalable auprès de la région Ile-de-France par un courrier en date du 7 avril 2021. Il ressort des termes de ce courrier qu'elle s'est prévalue de ce que la région Ile-de-France avait commis une faute tirée des faits de harcèlement moral subis dans le cadre de l'exercice de ses fonctions de la part du directeur général adjoint du pôle, de son adjoint et de la directrice de la stratégie et des territoires sur la période allant de janvier 2018 à janvier 2019 et de la carence et de " l'abstention " de la région Ile-de-France à mettre fin à ce harcèlement malgré la circonstance qu'elle a porté ces faits à la connaissance du services des ressources humaines à plusieurs reprises entre les mois de février à septembre 2019, notamment dans un courriel du 19 février 2019. Mme B a ainsi mentionné les faits générateurs à l'origine des préjudices dont elle a demandé la réparation en invoquant à la fois des faits de harcèlement moral et un manquement de la région à faire cesser cette situation, quand bien même elle n'en a pas précisé le fondement juridique, ce qu'elle n'était au demeurant pas tenue de faire au stade de la demande préalable. Dans ces conditions, la présentation d'une nouvelle demande indemnitaire, par lettre datée du
24 novembre 2022, reçue le 28 décembre 2022, par laquelle Mme B demande à la région de se prononcer sur ses demandes indemnitaires présentées au titre du manquement de la région à son obligation de sécurité et de santé au travail dont il ressort de la requête, à laquelle renvoie cette demande, qu'un tel manquement est tiré de l'absence de la prise de mesures par la région à la suite des faits de harcèlement dont elle a été victime, n'a pas eu pour effet de rouvrir un nouveau délai de recours contentieux, en vertu des principes rappelés au point 4. Ainsi, en application des dispositions citées aux points 5 et 6, le délai de recours de deux mois contre la décision implicite en litige a couru à compter du 9 juin 2021 et les conclusions indemnitaires de Mme B, enregistrées le 17 décembre 2021 sont tardives, sans qu'elle puisse utilement faire valoir qu'elle a présenté son recours dans le délai raisonnable d'un an à compter de la naissance implicite de la décision de rejet litigieuse. Par suite, la région Ile-de-France est fondée à soutenir que les conclusions indemnitaires de Mme B sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la région Ile-de-France qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme B, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par la région Ile-de-France, au même titre.
DE C I D E :
Article 1er: La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la région Ile-de-France sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la région Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Deniel, présidente,
Mme Bazin, conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.
La rapporteure,
B. BiscarelLa présidente,
C. DenielLa greffière,
A. Capelle
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026