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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2117743

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2117743

lundi 21 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2117743
TypeDécision
Formation11ème chambre
Avocat requérantBORIES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 24 décembre 2021 sous le n° 2117743 et un mémoire complémentaire enregistré le 16 août 2022, M. C A, représenté par Me Bories, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête, au motif que ses moyens sont infondés.

Vu les pièces complémentaires produites par M. A, enregistrées le 5 septembre 2022.

La clôture de l'instruction a été fixée au 5 septembre 2022.

II. Par une requête enregistrée le 16 mai 2022 sous le n° 2207765, M. C A, représenté par Me Bories, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 mars 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de regroupement familial, présentée au bénéfice de son épouse et de ses deux enfants ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d'autoriser le regroupement familial sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 19 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 octobre 2022 :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me Bories, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant égyptien né en 1987, s'est vu délivré une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " salarié " le 16 juin 2017, renouvelée une première fois le 15 juin 2019, dont il a de nouveau sollicité le renouvellement le 14 juin 2019. M. A a en outre sollicité, le 16 août 2020, le regroupement familial au bénéfice de son épouse et de ses deux enfants nés le 15 décembre 2019. Par un arrêté du 23 novembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande de titre de séjour de l'intéressé et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et, par une décision du 14 mars 2022, il a rejeté sa demande de regroupement familial. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2117743 et n° 2207765 présentées pour M. A, concernent la situation d'un même ressortissant étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 23 novembre 2021 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination :

3. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail / () ". Aux termes de l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au terme d'une première année de séjour régulier en France accompli au titre d'un visa de long séjour tel que défini au 2° de l'article L. 411-1 ou, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 433-5, d'une carte de séjour temporaire, l'étranger bénéficie, à sa demande, d'une carte de séjour pluriannuelle dès lors que : / 1° Il justifie de son assiduité, sous réserve de circonstances exceptionnelles, et du sérieux de sa participation aux formations prescrites par l'Etat dans le cadre du contrat d'intégration républicaine conclu en application de l'article L. 413-2 et n'a pas manifesté de rejet des valeurs essentielles de la société française et de la République ; / 2° Il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire ".

4. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande de M. A au seul motif qu'en l'absence de réponse à la demande de pièces complémentaires qui lui a été adressée par pli du 22 juillet 2021, revenu en préfecture avec la mention " avisé et non réclamé ", l'intéressé ne justifie pas remplir les conditions prévues aux articles L. 421-1 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A, entré en France en 2012 selon ses déclarations, s'est vu délivrer, le 16 juin 2017, une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " salarié ", renouvelée une première fois jusqu'au 15 juin 2019. M. A verse à l'instance son contrat de travail à durée indéterminée signé le 29 janvier 2016, au titre duquel ses précédents titres de séjour lui ont été délivrés, et prouve son exécution toujours en cours à la date de la décision attaquée par la production de bulletins de salaire. Par suite, le requérant justifie qu'il remplit la condition énoncée au 2° de l'article L. 433-4 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, M. A, qui produit deux certificats de suivi avec sérieux et assiduité de la formation civique et une attestation de dispense de la formation linguistique mentionnés à l'article R. 413-3 du même code, dans le cadre de son contrat d'intégration républicaine, justifie également remplir les conditions du 1° de l'article L. 433-4. Il suit de là que, contrairement à ce qu'a pu estimer le préfet qui ne disposait pas de toutes les pièces justificatives, le requérant remplit, à la date de la décision attaquée, les conditions de délivrance de la carte de séjour pluriannuelle prévues à l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il en résulte que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 23 novembre 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 mars 2022 portant refus de regroupement familial :

7. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ".

8. Il résulte des points 3 à 6 du présent jugement que la décision de rejet de la demande de regroupement familial de M. A, prise au seul motif que l'intéressé ne remplissait plus la condition de régularité de séjour en France, est entachée d'une erreur de fait qui a nécessairement eu une incidence sur l'appréciation portée par le préfet.

9. Il s'en suit que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis du 14 mars 2022.

Sur les conclusions aux fin d'injonction et d'astreinte :

10. D'une part, eu égard au motif d'annulation de l'arrêté du 23 novembre 2021 retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Seine-Saint-Denis délivre à M. A une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié ". Il y a lieu de faire application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

11. D'autre part, eu égard au motif d'annulation de la décision du 14 mars 2022, et dès lors que les conditions de ressources et de logement n'ont pas été remises en cause par le préfet ni dans le cadre de la décision attaquée, prise après avis de l'office français de l'immigration et de l'intégration, ni dans le cadre de la présente instance, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Seine-Saint-Denis autorise le regroupement familial sollicité au bénéfice l'épouse et des deux enfants de M. A. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés dans les présentes instances par M. A, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 23 novembre 2021 et la décision du 14 mars 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. A une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d'autoriser le regroupement familial au profit de l'épouse et des deux enfants de M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera à M. A la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.

La rapporteure,

S. D

Le président,

C. Tukov La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision., 2207765

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