mercredi 30 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2200270 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | AKNIN EROVIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 janvier 2022, la société à responsabilité limitée
Egg Factory, représentée par la société d'avocats Qualiens Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 juillet 2021 par laquelle le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS)
d'Ile-de-France lui a demandé de procéder au remboursement de la somme de 19 090 euros qui lui a été versée au titre du dispositif d'activité partielle durant l'épidémie de covid-19, ainsi que la décision implicite rejetant le recours hiérarchique formé auprès du ministre le 3 septembre 2021, réceptionné le 7 septembre 2021 ;
2°) de la décharger du paiement de la somme de 19 090 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure est irrégulière, la société n'ayant eu connaissance de la procédure qu'à compter du 1er mars 2021, date à laquelle la société s'est vue notifiée une première décision portant recouvrement intégral des sommes perçues par la société, à hauteur de 23 214,73 euros ; à la suite de cette décision, la société a adressé les éléments demandés et transmis des informations complémentaires le 6 juillet 2021 ; en estimant que la réponse de la société du 2 mars 2021 était un recours gracieux, le DRIEETS a privé la société de son droit à une procédure contradictoire ; la décision du 21 juillet 2021 est intervenue sans le moindre échange avec la société sur les éléments reprochés ;
- les décisions sont entachées d'une erreur d'appréciation dès lors, d'une part, que la société n'a pas été interrogée sur le point de savoir si les jours fériés étaient habituellement chômés ou travaillés et, d'autre part, la loi relative à l'activité partielle ne conditionne pas le recours au chômage partiel aux seuls cas de fermeture administrative ; le recours au télétravail a grandement impacté son activité ; à partir de la crise sanitaire et lors de la réouverture des restaurants en mai 2020, son chiffre d'affaires a beaucoup diminué ; elle a dû en outre faire appel aux différentes plateformes de livraison qui lui imposent une marge de 30 %. Le chômage partiel se justifie par une réelle baisse de l'activité de vente sur place ; il ne suffit pas de comparer le chiffre d'affaires global de l'année pour déterminer la réelle baisse.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2022, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
Il soutient que :
- l'administration a transmis l'ensemble des courriels correspondant à la procédure à l'adresse électronique de contact enregistrée lors de la demande d'activité partielle formulée par la société ;
- la société a eu toute possibilité de faire part de son désaccord lors de la procédure de contrôle ayant abouti, tout d'abord à une décision de recouvrement totale, puis à une décision de recouvrement partiel ; dans le cadre de son recours gracieux, le respect du principe du contradictoire n'est pas obligatoire ;
- l'administration ne disposait d'aucun élément avant sa décision du 21 juillet 2021 lui permettant de connaître les éventuels jours fériés travaillés ;
- la société n'a pas réagi aux demandes de l'administration lors de la procédure contradictoire, si bien qu'elle ne disposait d'aucun autre document que les chiffres d'affaires des années 2018, 2019, 2020 et 2021, ainsi que de la période de fermeture administrative, lui permettant d'apprécier le critère de la baisse d'activité ; elle a tenu compte de l'absence de restrictions pour la période de juin à octobre 2020 et de la possibilité pour les entreprises du secteur de la restauration de continuer une activité de vente à emporter entre les mois de novembre et juin 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- l'ordonnance n° 2020-346 du 27 mars 2020, modifiée par l'ordonnance n° 2020-460 du 22 avril 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Gaullier-Chatagner,
-les conclusions de M. Bernabeu, rapporteur public,
- et les observations de Me Aknin Erovic, avocate de la société requérante.
Considérant ce qui suit :
1. La société Egg Factory, société spécialisée dans la restauration et la vente de plats cuisinés sur place, à emporter, ou en livraison, a déposé à compter du 31 mars 2020 plusieurs demandes de mise en activité partielle correspondant à la période de crise sanitaire liée à la
covid-19. Par un courrier électronique du 10 septembre 2020, la société a été informée par les services de la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS) d'Ile-de-France de ce qu'elle faisait l'objet d'un contrôle sur pièces. A défaut de réponse à ce courrier, ainsi qu'à une relance adressée le 6 février 2021, la société a été informée, par un courrier électronique du 17 février 2021, de l'ouverture d'une procédure contradictoire en vue du recouvrement des sommes qu'elle avait perçues au titre de l'activité partielle. Par une décision du 1er mars 2021, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a sollicité auprès de la société le remboursement de la somme de 23 214,73 euros, qui lui avait été versée au titre du dispositif d'activité partielle mis en place en raison de l'épidémie de covid-19. Un recours gracieux a été présenté à l'encontre de cette décision le 2 mars 2021. A la suite du réexamen de sa situation, ainsi que des nouvelles pièces transmises à la demande de l'administration le 7 juillet 2021, une nouvelle décision mettant à la charge de la société remboursement de la somme de 19 090 euros lui a adressée par un courrier électronique du 21 juillet 2021. La société a formé un recours hiérarchique le 3 septembre 2021 contre cette décision auprès du ministre du travail, qui est resté sans réponse. La société Egg Factory sollicite l'annulation de la décision du 21 juillet 2021 ne faisant que partiellement droit à son recours gracieux et de la décision implicitée née du silence gardé par le ministre du travail sur son recours hiérarchique formé le 3 septembre 2021, ainsi que la décharge de son obligation de payer la somme de 19 090 euros.
Sur le cadre du litige :
2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la société requérante doivent être regardées comme tendant à l'annulation de la décision initiale du 1er mars 2021 mettant à sa charge la somme de 23 214,73 euros, de la décision du 21 juillet 2021 rejetant partiellement son recours gracieux et mettant à sa charge la somme de 19 090 euros, indûment perçue au titre de l'activité partielle, ainsi que de la décision née du silence gardé par le ministre du travail sur son recours hiérarchique du 3 septembre 2021.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :
4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".
5. D'autre part, en cas de désaccord entre l'administration et un usager au sujet de la réception d'un échange électronique émanant de l'une ou de l'autre, et dans l'hypothèse où cet échange n'aurait pas emprunté une voie permettant de certifier les envois et réceptions de messages et documents, mais aurait pris la forme d'un simple courriel transitant entre l'adresse de contact par voie électronique de l'usager ou son conseil et l'adresse de contact mentionnée par l'administration, il y a lieu de considérer qu'un rapport de suivi de courriel émis par le serveur informatique hébergeant l'adresse de contact de l'envoyeur mentionnant la délivrance au serveur hébergeant l'adresse de contact du destinataire permet d'établir la réalité de l'envoi du courriel et de présumer sa réception par le destinataire. Il revient en effet au destinataire de s'assurer de la remise effective, par le serveur gérant sa boîte aux lettres électronique, des courriels qui lui sont adressés.
6. Il résulte de l'instruction que la société Egg Factory a été informée par plusieurs courriers électroniques adressés à l'adresse électronique renseignée par ses soins sur le site Apart, dédié aux demandes d'autorisation d'activité partielles, de ce qu'elle faisait d'un contrôle sur pièces, puis que le défaut de réponse aux demandes de l'administration conduirait à la mise en œuvre d'une procédure en vue du recouvrement des sommes perçues au titre du dispositif de l'activité partielle. Si l'administration ne produit pas d'accusé de réception électronique du courriel du 17 février 2021 mettant en œuvre la procédure contradictoire en vue du recouvrement des sommes perçues au titre du dispositif de l'activité partielle, elle verse aux débats un rapport de suivi attestant de la remise de ce courriel, le même jour, à l'adresse électronique de la société renseignée comme valide dans son dossier. Par ailleurs, la société se borne à indiquer que les différents courriers électroniques adressés par l'administration ont certainement été classés en courriers indésirables dans sa boîte de messagerie. Dans ces conditions, alors que le rapport de suivi produit permet d'établir la réalité de l'envoi du courriel et de présumer de sa réception par la société, qui ne fait état d'aucun élément de nature à renverser cette présomption, la société n'est pas fondée à soutenir que la procédure ayant précédé la décision du 6 février 2021, mettant initialement à sa charge le remboursement de la somme de 23 214,73 euros, serait entachée d'une méconnaissance du principe du contradictoire et d'un vice de procédure.
7. Si la société soutient également qu'en estimant que son courrier électronique du
2 mars 2021 constituait un recours gracieux, l'administration l'aurait privée de la possibilité de " répondre dans le cadre d'une procédure contradictoire ", ce courrier étant postérieur à la prise de la décision initiale, il ne pouvait être qualifié autrement.
8. Enfin, à supposer que la requérante ait entendu soutenir que la décision prise à l'issue de l'examen de son recours gracieux serait elle-même entachée d'une méconnaissance du principe du contradictoire, il résulte des motifs développés au point 2 du présent jugement que les vices propres de la décision du 21 juillet 2021 ne sauraient être utilement invoqués à son encontre. Au demeurant, il résulte de l'instruction qu'à la réception de la décision initiale du 1er mars 2021, le comptable de la société a adressé des éléments à l'administration, laquelle a sollicité des documents complémentaires au mois de juillet 2021, transmis par la société.
9. Par suite, les moyens d'irrégularités de la procédure préalable aux décisions attaquées doivent être écartés.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 5122-1 du code du travail, dans sa version applicable au litige : " I. - Les salariés sont placés en position d'activité partielle, après autorisation expresse ou implicite de l'autorité administrative, s'ils subissent une perte de rémunération imputable : / soit à la fermeture temporaire de leur établissement ou partie d'établissement ; / soit à la réduction de l'horaire de travail pratiqué dans l'établissement ou partie d'établissement en deçà de la durée légale de travail. (). II. - Les salariés reçoivent une indemnité horaire, versée par leur employeur, correspondant à une part de leur rémunération antérieure dont le pourcentage est fixé par décret en Conseil d'Etat. L'employeur perçoit une allocation financée conjointement par l'Etat et l'organisme gestionnaire du régime d'assurance chômage. Une convention conclue entre l'Etat et cet organisme détermine les modalités de financement de cette allocation. () ". Aux termes de l'article R. 5122-1 du même code : " L'employeur peut placer ses salariés en position d'activité partielle lorsque l'entreprise est contrainte de réduire ou de suspendre temporairement son activité pour l'un des motifs suivants : 5° Toute autre circonstance de caractère exceptionnel ". Aux termes de l'article R. 5122-4 du même code : " La décision d'autorisation ou de refus, signée par le préfet, est notifiée à l'employeur dans un délai de quinze jours à compter de la date de réception de la demande d'autorisation. () La décision du préfet est notifiée par voie dématérialisée à l'employeur. () ". Aux termes de l'article R. 5122-10 du même code : " L'autorité administrative demande à l'employeur le remboursement à l'Agence de service et de paiement, dans un délai ne pouvant être inférieur à trente jours, des sommes versées au titre de l'allocation d'activité partielle en cas de trop perçu ou en cas de non-respect par l'entreprise, sans motif légitime, des engagements mentionnés au II de l'article R. 5122-9. () ".
11. De première part, en se bornant à faire état de ce que la DRIEETS ne l'a pas interrogée sur le point de savoir si les jours fériés étaient habituellement chômés ou travaillés au sein de l'entreprise, la société ne produit aucun élément démontrant le caractère prétendument erroné des volumes horaires qui auraient été pris en considération dans le cadre du dispositif d'activité partielle, alors que l'administration précise, quant à elle, n'avoir disposé d'aucun élément lui permettant de connaître les éventuels jours fériés travaillés.
12. De seconde part, il ressort de la décision du 21 juillet 2021 que pour déterminer le montant du trop-perçu dont le remboursement a été sollicité auprès de la société Egg Factory, la DRIEETS a, d'abord, procédé à une régularisation des demandes correspondant aux mois de novembre 2020 à mai 2021, à hauteur de la baisse de chiffre d'affaires constatée au vu des éléments fournis par la société, soit 43 % du temps de travail contractuel des salariés, hors jours fériés, et a, ensuite, procédé au recouvrement de la totalité des sommes perçues au titre du dispositif par la société au cours de la période courant du mois de juin 2020 à octobre 2020, en se fondant sur l'absence de fermeture administrative ou de restriction d'activité applicable au secteur de la restauration au cours de cette période. La société, en se bornant à faire état de ce qu'à compter de la réouverture des restaurants au mois de mai 2020, son chiffre d'affaires correspondant à la vente sur place est resté très inférieur à celui de la vente à emporter, alors qu'auparavant les deux activités étaient équivalentes, ne démontre ni erreur dans les éléments de calcul retenus par l'administration, ni l'absence de pertinence de la prise en compte du chiffre d'affaires réalisé par la société au cours des années 2018 à 2021 pour apprécier l'ampleur de sa réduction d'activité au cours de la période considérée, et donc l'étendue de ses droits dans les cadre du dispositif du chômage partiel, alors, au demeurant, que la DRIEETS fait valoir en défense, sans être contredite sur ce point, que la société ne lui a fourni aucun autre élément que les chiffres d'affaires des années en question pour lui permettre d'apprécier ses droits dans le cadre du dispositif.
13. Par suite, le moyen tiré de ce que la DRIEETS aurait porté une appréciation erronée sur la situation de la société en fixant à 19 090 euros la somme que la société devait rembourser au titre de la période courant du mois de juin 2020 à juin 2021 doit être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et de décharge présentées par la société Egg Factory ne sont en tout état de cause pas fondées et doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme sollicitée par la société requérante soit mise à ce titre à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la société Egg Factory est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Egg Factory et à la ministre du travail et de l'emploi.
Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Baffray, président,
Mme Lançon, première conseillère,
Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.
La rapporteure,
N. Gaullier-Chatagner
Le président,
J.-F. Baffray
La greffière,
S. Le Bourdiec
La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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