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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2200413

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2200413

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2200413
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantANSLAW AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2022, M. A D, représenté par le cabinet Anslaw avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2021 par lequel le maire de la commune de Bobigny a refusé de lui délivrer un permis de construire modificatif pour la création d'un projet de construction de trois logements supplémentaires sur un terrain sis 50 rue Léo Lagrange, sur le territoire de sa commune, ensemble la décision rejetant implicitement son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Bobigny de lui délivrer l'autorisation sollicitée dans un délai de 5 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bobigny la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les motifs tirés de la méconnaissance des articles I 1.c et III 1.e du plan local d'urbanisme intercommunal d'Est Ensemble relatifs aux règles de stationnement sont entachés d'une erreur de droit en ce qu'ils ont été pris en méconnaissance de l'article L. 151-36-1 du code de l'urbanisme ;

- le motif tiré de la méconnaissance de l'article III 1.e du plan local d'urbanisme intercommunal d'Est Ensemble relatif à la collecte et la gestion des déchets est entaché d'erreur de droit et d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2022, la commune de Bobigny conclut au rejet de la requête.

Elle soutient, d'une part, que les moyens ne sont pas fondés, et, d'autre part, que le projet litigieux, qui modifiait la nature du projet initial, a été déposé dans des conditions frauduleuses.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Weidenfeld, présidente-rapporteure,

- les conclusions de M. Löns, rapporteur public ;

- et les observations de M. D et de Mme C, représentant la commune de Bobigny.

Une note en délibéré a été enregistrée pour le requérant le 15 mars 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D est propriétaire d'un terrain situé sis 50, rue Léo Lagrange, pour l'aménagement duquel il a obtenu le 9 mars 2020 un permis de démolition et de construction d'un pavillon comprenant deux logements pour une surface de plancher de 140 m2. Le 17 juin 2021, il a déposé une demande de modification de ce permis tendant à l'aménagement de trois logements supplémentaires sans création de surface de plancher. Par la présente requête, M. D sollicite l'annulation de la décision du 9 septembre 2021 par laquelle le maire de la commune de Bobigny a refusé de lui délivrer l'autorisation sollicitée, ensemble la décision rejetant son recours gracieux.

2. Pour rejeter la demande de permis de construire modificatif présentée par M. D, le maire de la commune de Bobigny s'est fondé sur les motifs tirés, d'une part, de la méconnaissance des règles relatives aux obligations de stationnement prévues par le plan local d'urbanisme et, d'autre part, de l'absence de local réservé à la gestion des déchets.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-36-1 du code de l'urbanisme : " Nonobstant toute disposition du plan local d'urbanisme, l'obligation de réaliser des aires de stationnement n'est pas applicable aux travaux de transformation ou d'amélioration effectués sur des logements existants qui n'entraînent pas de création de surface de plancher supplémentaire, lorsque ces logements sont situés dans une commune appartenant à une zone d'urbanisation continue de plus de 50 000 habitants figurant sur la liste prévue à l'article 232 du code général des impôts ou dans une commune de plus de 15 000 habitants en forte croissance démographique figurant sur la liste prévue au dernier alinéa du II de l'article L. 302-5 du code de la construction et de l'habitation ".

4. Pour contester le motif tiré de la méconnaissance des règles relatives à la localisation des places de stationnement, M. D soutient qu'il bénéficiait de la dérogation à l'obligation de réaliser des aires de stationnement prévue par l'article L. 151-36-1 du code de l'urbanisme. Toutefois, il résulte des dispositions précitées de cet article que celui-ci s'applique aux travaux de transformation ou d'amélioration effectués sur des logements existants, et non aux travaux de création de logements. Par suite, dès lors qu'il est constant que la demande de permis de construire modificatif portait sur la création de trois logements supplémentaires, le moyen de la requête dirigé contre le motif selon lequel le projet envisagé méconnaissait l'article III 1.e du plan local d'urbanisme intercommunal d'Est Ensemble doit être écarté.

5. En second lieu, d'une part, aux termes du III de l'article 1 h du plan local d'urbanisme intercommunal d'Est Ensemble : " Tout projet d'aménagement doit prendre en compte la note des préconisations techniques pour la collecte et la gestion des déchets ménagers et assimilés d'Est Ensemble, présente en annexe du règlement, et les éventuels règlements communaux ". Il s'ensuit que les prescriptions énoncées par cette annexe doivent être regardées comme étant des normes impératives à valeur règlementaire que doivent respecter les projets de constructions. Enfin, il est constant que cette note prévoit, pour les habitations collectives, l'obligation de créer des locaux spécifiques pour l'entreposage des bacs pour les ordures ménagères.

6. D'autre part, l'administration ne peut assortir une autorisation d'urbanisme de prescriptions qu'à la condition que celles-ci, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau projet, aient pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect. En outre, pour l'application des dispositions du code de l'urbanisme ou du plan local d'urbanisme qui prévoient expressément la possibilité pour l'administration de n'accepter le projet que sous réserve de prescriptions spéciales, un permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet de M. D, qui comprend cinq logements, aurait prévu la création d'un local spécifique pour l'entreposage des déchets ménagers et qu'eu égard à ce qui a été dit au paragraphe précédent, des prescriptions spéciales auraient permis de remédier à cette lacune. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit ou de fait que le maire de Bobigny s'est fondé sur la méconnaissance du III du 1.h du PLUI pour refuser le permis de construire modificatif sollicité.

8. Au surplus, l'autorité compétente, saisie d'une demande en ce sens, ne peut délivrer au titulaire d'un permis de construire en cours de validité un permis modificatif, tant que la construction que ce permis autorise n'est pas achevée, que si les modifications envisagées n'apportent pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

9. Il ressort des pièces du dossier que la demande litigieuse portait sur la création de trois logements supplémentaires, au sein d'une maison individuelle dont le permis de construire initial, délivré le 9 mars 2020, avait autorisé la construction. Il s'ensuit que les modifications envisagées avaient pour effet de transformer une construction individuelle en un bâtiment collectif. Elles apportaient, par suite, un bouleversement au projet qui en changeait la nature même. Par conséquent, les modifications prévues par la demande ne pouvaient faire l'objet d'un permis de construire modificatif. Il s'ensuit que la commune de Bobigny aurait également pu, ainsi qu'elle le soutient dans ses écritures en défense, refuser pour ce motif la demande présentée par M. D.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la commune de Bobigny.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Weidenfeld, présidente-rapporteure,

- Mme Jasmin-Sverdlin, première conseillère,

- Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023,

La présidente-rapporteure,

K. Weidenfeld

La première assesseure,

I. Jasmin-Sverdlin

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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