mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2200748 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | ATHON-PEREZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 18 janvier 2022, 21 novembre 2023 et 4 avril 2024, Mme A E, représentée par Me Athon-Perez, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 novembre 2021 par laquelle le maire de la commune de Saint-Ouen-sur-Seine a refusé de régulariser ses traitements pour la période du 1er juin 2019 au 27 avril 2020 ;
2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Ouen-sur-Seine de régulariser ses traitements pour la période du 13 mars 2019 au 27 avril 2020 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de condamner la commune de Saint-Ouen-sur-Seine à lui verser la somme de 34 700 euros en réparation de ses préjudices et d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter de la date de sa demande indemnitaire préalable, ainsi que de leur capitalisation ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Ouen-sur-Seine la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée du 18 novembre 2021 est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne comporte aucune motivation en droit ;
- elle aurait dû être maintenue en congé pour invalidité temporaire imputable au service à plein traitement jusqu'à sa reprise de fonctions le 28 avril 2020 en application de l'alinéa 2 de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la responsabilité pour faute de la commune de Saint-Ouen-sur-Seine est engagée du fait de l'illégalité fautive de la décision du maire de la commune du 18 novembre 2021 ;
- la responsabilité sans faute de la commune de Saint-Ouen-sur-Seine est engagée du fait de ses pathologies, la tendinite de De Quervain au poignet gauche et le syndrome anxiodépressif réactionnel, reconnus imputables au service ;
- elle a subi un déficit fonctionnel temporaire qu'elle évalue à un montant de 6 900 euros ;
- elle a subi un préjudice tiré des souffrances endurées temporaires qu'elle évalue à un montant de 3 500 euros ;
- elle a subi un préjudice esthétique temporaire qu'elle évalue à un montant de 1 000 euros ;
- elle a subi un déficit fonctionnel permanent qu'elle évalue à un montant de 19 000 euros ;
- elle a subi un préjudice tiré des souffrances endurées permanentes qu'elle évalue à un montant de 3 500 euros ;
- elle a subi un préjudice esthétique permanent qu'elle évalue à un montant de 800 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 18 juillet 2023 et 22 mars 2024, la commune de Saint-Ouen-sur-Seine, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les conclusions à fin d'annulation de la décision du 18 novembre 2021 doivent en réalité être regardées comme étant dirigées contre les deux décisions du 4 novembre 2019 du maire de la commune de Saint Ouen-sur-Seine et sont tardives ;
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables du fait de leur tardiveté ;
- les conclusions indemnitaires fondées sur la responsabilité sans faute de la commune sont irrecevables dès lors qu'il n'existe pas de lien de connexité suffisant entre ces conclusions et le reste de la requête ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 5 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,
- les conclusions de M. Colera, rapporteur public,
- les observations de Me Achard, substituant Me Athon-Perez, représentant Mme E,
- et les observations de Mme B, représentant la commune de Saint-Ouen-sur-Seine.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E a été affectée en 2012 à la commune de Saint-Ouen-sur-Seine en tant qu'adjointe d'animation titulaire. Après un détachement à compter du 20 janvier 2016 au sein de la Ville de Paris en tant qu'auxiliaire de puériculture, elle a été réintégrée au sein de la commune de Saint-Ouen-sur-Seine le 28 février 2018. Par une décision du 4 novembre 2019, le maire de la commune de Saint-Ouen-sur-Seine a reconnu comme étant imputable au service la tendinite de De Quervain au poignet gauche qui lui a été diagnostiquée le 16 août 2016. Par une autre décision du 4 novembre 2019, la même autorité a reconnu comme étant imputable au service le syndrome anxiodépressif réactionnel développé par l'intéressée au cours de l'année 2017. Par un courrier du 24 septembre 2021, Mme E a sollicité auprès de la commune de Saint-Ouen-sur-Seine, d'une part, la régularisation de ses traitements sur la période du 1er juin 2019 au 27 avril 2020 et, d'autre part, le versement de la somme totale de 34 700 euros en réparation des préjudices subis, ainsi que la somme de 3 500 euros correspondant à ses frais d'avocat. Par une décision du 18 novembre 2021, le maire de la commune de Saint-Ouen-sur-Seine a rejeté les demandes de Mme E. Mme E demande au tribunal, d'une part, l'annulation de la décision du 18 novembre 2021 du maire de la commune de Saint-Ouen-sur-Seine, ainsi que la régularisation de ses traitements sur la période du 13 mars 2019 au 27 avril 2020 et, d'autre part, la condamnation de la commune de Saint-Ouen-sur-Seine à lui verser la somme de 34 700 euros en réparation de ses préjudices.
Sur les fins de non-recevoir soulevées en défense :
2. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la commune de Saint-Ouen-sur-Seine, les conclusions présentées par Mme E à fin d'annulation de la décision du 18 novembre 2021 en tant qu'elle rejette sa demande de prise en charge au titre du congé pour invalidité temporaire imputable au service de ses arrêts et soins pour la période du 1er juin 2019 au 27 avril 2020 et la régularisation de ses traitements ne peuvent pas être regardées comme étant dirigées contre les deux lettres du 4 novembre 2019 du maire de la commune de Saint-Ouen-sur-Seine informant la requérante des conclusions de la commission de réforme du
21 octobre 2019. Les conclusions à fin d'annulation de la décision 18 novembre 2021 du maire de la commune de Saint-Ouen-sur-Seine, enregistrées le 18 janvier 2022, ne sont pas tardives. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être rejetée.
3. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été exposé au point précédent, les conclusions indemnitaires présentées par Mme E ne sont pas fondées sur l'illégalité des décisions du 4 novembre 2019, ni davantage sur celle de la décision implicite de rejet né du silence gardé par la commune sur le courrier du 19 novembre 2019, adressé par Mme E à la commune, mais sont fondées sur l'illégalité de la décision du 18 novembre 2021. Dans ces conditions, la décision de rejet de la demande indemnitaire préalable de la requérante étant intervenue le 18 novembre 2021, les conclusions indemnitaires, présentées dans la requête introductive d'instance enregistrées le 18 janvier 2022, ne sont pas tardives. La fin de non-recevoir présentée à ce titre doit, par suite, être rejetée.
4. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par la même décision du 18 novembre 2021, le maire de la commune de Saint-Ouen-sur-Seine a, d'une part, rejeté la demande de régularisation des traitements présentées par Mme E au titre de ses maladies professionnelles et, d'autre part, rejeté les demandes indemnitaires de l'intéressée tendant à la réparation des préjudices subis du fait de ces pathologies. Ainsi, contrairement à ce que soutient la commune, les demandes de la requérante présentent à juger un lien suffisant et les conclusions présentées par l'intéressée, par une requête unique sont recevables. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée à ce titre doit être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version alors en vigueur : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. () ".
6. Il résulte de ces dispositions que le fonctionnaire en activité a droit à des congés de maladie à plein traitement, pendant une durée de trois mois, en cas de maladie dûment constatée le mettant dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Au-delà de cette période, il a droit à des congés de maladie à demi-traitement, pendant une durée de neuf mois, s'il lui est toujours impossible d'exercer ses fonctions. Toutefois, si la maladie est imputable au service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service. Le droit, prévu par ces dispositions, de conserver l'intégralité du traitement est soumis à la condition que la maladie mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'accomplir son service soit en lien direct, mais non nécessairement exclusif, avec l'exercice des fonctions.
7. D'une part, si la date de consolidation correspond au moment où les lésions se fixent et prennent un caractère permanent, ce qui permet d'apprécier un taux d'incapacité physique permanente, elle ne constitue pas pour autant nécessairement la fin des soins nécessités par l'accident ni la disparition de toute séquelle et, encore moins, la guérison du fonctionnaire concerné et son aptitude à reprendre ses fonctions. D'autre part, lorsque l'état d'un fonctionnaire est consolidé postérieurement à un accident imputable au service, le bénéfice des dispositions précitées de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 est subordonné non pas à l'existence d'une rechute ou d'une aggravation de sa pathologie, mais à l'existence de troubles présentant un lien direct et certain, mais non nécessairement exclusif, avec un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de ses fonctions.
8. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que pour refuser de faire droit à la demande de l'intéressée de régularisation de ses traitements sur la période du 1er juin 2019 au 27 avril 2020 en lui accordant un plein traitement, le maire de la commune de Saint-Ouen-sur-Seine a estimé que les arrêts de travail de Mme E pour cette période relevaient d'un congé de maladie ordinaire, dès lors que la commission de réforme du 21 octobre 2021, a fixé la date de consolidation des pathologies de l'intéressée le 30 novembre 2017 pour la tendinite de De Quervain et le 12 mars 2019 pour le syndrome anxiodépressif, qu'elle a été déclarée apte à certaines fonctions à la suite du rapport du docteur D du 5 novembre 2019 et de l'avis du comité médical du 9 janvier 2020 et que lesdits arrêts étant sans lien avec les maladies professionnelles reconnues imputables au service.
9. D'une part, il ressort des conclusions d'expertise du docteur D du 20 novembre 2019 qu'à la suite de l'expertise médicale du 5 novembre 2019, celui-ci a estimé que Mme E était inapte définitivement aux fonctions d'auxiliaire de puériculture, mais qu'elle n'était pas inapte à toute fonction. Par ailleurs, en séance du 9 janvier 2020, le comité médical interdépartemental, saisi d'une demande de reclassement par la voie du détachement, a, concernant l'intéressée, donné un avis favorable à l'inaptitude définitive aux fonctions d'auxiliaire de puériculture et d'adjoint animation et à l'aptitude des fonctions à temps plein sur un poste administratif, sans port de charge. Il ressort des pièces du dossier que Mme E, qui a ensuite été informée le 27 janvier 2020 de son droit à bénéficier d'une période de reclassement et qui a conclu avec la commune le 21 avril 2020 une convention de mise en œuvre de la période de préparation au reclassement, n'a été placée en période de préparation au reclassement, qui correspond à une position d'activité, que le 28 avril 2020 et qu'elle n'a été reclassée qu'au mois de juin 2021. Toutefois, contrairement à ce que soutient la commune, la circonstance que Mme E a été déclarée apte à certaines fonctions antérieurement au 28 avril 2020 est sans incidence sur l'imputabilité au service de ses arrêts de travail avant cette date.
10. D'autre part, il ressort des écritures en défense que la commune de Saint-Ouen-sur-Seine a mis fin au congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS) de Mme E et l'a placée en congé de maladie ordinaire à compter du 12 mars 2019 dès lors que la décision du 4 novembre 2019 prévoit une date de consolidation de sa seconde maladie professionnelle, à savoir son syndrome anxiodépressif, au 12 mars 2019. Or, ayant épuisée les quatre-vingt-dix jours de congé de maladie ordinaire rémunérés à plein traitement au 12 juin 2019, la commune ne conteste pas ne lui avoir accordé qu'un demi traitement à compter de cette date et jusqu'au 27 avril 2020, l'intéressée ayant été placée en période de préparation au reclassement (PPR) à compter du 28 avril 2020. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé aux points 6 et 7, d'une part, le bénéfice des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 est lié à l'existence de troubles présentant un lien direct et certain avec un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de ses fonctions et, d'autre part, la date de consolidation ne constitue pas nécessairement la fin des soins nécessités par l'accident et le droit. Ainsi, le motif tiré de ce que Mme E devait être placée en congé de maladie ordinaire, et non plus en CITIS, dès lors que la date de consolidation de son syndrome anxiodépressif a été fixé au 12 mars 2019 est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983.
11. Enfin, si la commune demande qu'il soit substitué au motif tiré de la consolidation des pathologies de Mme E, le motif tiré de l'absence de lien direct entre la maladie professionnelle concernée et les arrêts de travail à compter soit du 30 novembre 2017, soit du 12 mars 2019, il n'y a toutefois pas lieu de se prononcer sur cette demande, dès lors que ce dernier motif figure déjà dans la décision attaquée du 18 novembre 2021. À cet égard, il ressort des pièces du dossier que les arrêts de travail de Mme E sont justifiés par la tendinite de De Quervain et un " état dépressif majeur réactionnel " de l'intéressée. En se bornant à faire valoir que la tendinite de De Quervain et le syndrome anxiodépressif réactionnel ont été considérés comme consolidés respectivement les 30 novembre 2017 et 12 mars 2019, la commune n'apporte aucun élément de nature à établir que ces arrêts de travail ne seraient pas en lien avec la pathologie reconnue imputable au service par les décisions du 4 novembre 2019. Par suite, Mme E est fondée à soutenir que la décision du 18 novembre 2021 du maire de la commune de Saint-Ouen-sur-Seine est entachée d'une erreur d'appréciation.
12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête, que Mme E est fondée à demander l'annulation de la décision du 18 novembre 2021 du maire de la commune de Saint-Ouen-sur-Seine.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
13. Le motif de l'annulation de la décision du 18 novembre 2021 tel qu'il ressort des points 5 à 12 du présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la régularisation des traitements de Mme E pour la période du 1er juin 2019 au 27 avril 2020. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Ouen-sur-Seine d'y procéder dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne l'illégalité fautive née de l'absence de reconnaissance de l'imputabilité au service des arrêts et soins du 1er juin 2019 au 27 avril 2020 :
14. L'illégalité de la décision du 18 novembre 2021 est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de la commune. Toutefois, Mme E ne se prévaut d'aucun préjudice en lien avec cette faute. Il n'y a dès lors pas lieu de condamner la commune de Saint-Ouen-sur-Seine à verser une indemnisation à ce titre.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute en raison des maladies professionnelles de Mme E :
15. Si les dispositions applicables aux fonctionnaires déterminent forfaitairement la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d'un accident de service ou atteint d'une maladie professionnelle peut prétendre, au titre de l'atteinte qu'il a subie dans son intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions, elles ne font cependant obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d'agrément, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, distincts de l'atteinte à l'intégrité physique, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien incombait à celle-ci.
16. Il est constant que les pathologies dont souffre Mme E, constituées d'une tendinite de De Quervain au poignet gauche et d'un syndrome anxiodépressif réactionnel, ont été reconnues comme étant imputables au service. Ainsi, Mme E est fondée à demander à son employeur, la commune de Saint-Ouen-sur-Seine, même en l'absence de faute de celle-ci, la réparation des préjudices personnels qu'elle a subi en lien direct et certain avec ces maladies professionnelles.
17. Il résulte de l'instruction, d'une part, que la tendinite de De Quervain de
Mme E a été constatée médicalement le 16 août 2016 et qu'elle a été considérée comme étant consolidée au 30 novembre 2017 avec un taux d'incapacité permanente partielle (IPP) de
4 %, et, d'autre part que son syndrome anxiodépressif réactionnel été constatée le 30 mai 2017 et a été considéré comme étant consolidé au 12 mars 2019 avec un taux d'IPP de 10 %.
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
18. Il résulte de l'instruction que, du fait de ses pathologies reconnues imputables au service, Mme E a été placée en arrêt maladie du 14 avril 2017 au 3 février 2020. Par ailleurs, avant la date de consolidation de ses pathologies, il résulte de l'instruction, d'une part, qu'en raison de sa tendinite, Mme E a dû suivre des séances de rééducation du poignet et, d'autre part, s'agissant de son état dépressif, l'intéressée a déclaré lors de son examen le
12 décembre 2018 par un psychiatre agréé qu'elle était anxieuse, faisait des cauchemars, qu'elle pleurait beaucoup et n'avait plus d'activités de loisirs. Dans ces conditions, il sera ainsi alloué à la requérante une somme de 850 euros en réparation de son déficit fonctionnel temporaire.
S'agissant des souffrances endurées :
19. Ainsi qu'il a été exposé au point précédent, il résulte de l'instruction que Mme E a souffert de douleurs au poignet en raison de sa tendinite et qu'elle a également souffert de troubles du sommeil résultant de son syndrome anxiodépressif réactionnel. Compte tenu des éléments précités relatifs à l'état de santé de Mme E, il sera fait une juste appréciation de son préjudice tiré des souffrances endurées en lui allouant la somme de 3 500 euros.
S'agissant du préjudice esthétique :
20. Si Mme E soutient qu'elle a dû porter une orthèse au membre supérieur gauche et qu'elle doit encore la porter ponctuellement, cela ne résulte d'aucune pièce produite au dossier. Dès lors, le préjudice esthétique qu'elle invoque n'est pas établi et elle n'est pas fondée à en demander l'indemnisation.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
21. Il résulte des pièces médicales versées au dossier que même après la date de consolidation de ses pathologies, Mme E a continué à présenter, du fait de sa tendinite, des douleurs quotidiennes au poignet qui l'empêchent de réaliser des ports de charge, ainsi que des gênes dans ses gestes. Par ailleurs, malgré les traitements, l'intéressée continue également de souffrir d'anxiété, d'insomnies, d'asthénie et de phénomènes hallucinatoires. La commission de réforme a estimé que le taux d'IPP dû à la tendinite de De Quervain était de 4 % et celui lié au syndrome anxiodépressif à 10 %. Ainsi, compte tenu de l'âge de la requérante, née le 1er janvier 1958, aux dates de consolidation non contestées de ses maladies et des éléments médicaux précités, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui allouant une indemnité de 18 000 euros.
22. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Saint-Ouen-sur-Seine doit être condamnée à verser à Mme E une indemnité de 22 350 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis.
Sur les intérêts et la capitalisation :
23. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. / Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". La demande de capitalisation des intérêts prend effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière.
24. Mme E a droit aux intérêts au taux légal sur la somme qui lui est due à compter du 27 septembre 2021, date de réception de sa réclamation préalable. La capitalisation des intérêts a été demandée lors de l'introduction de la requête le 18 janvier 2022. Il y a donc lieu de faire droit à cette demande à compter du 27 septembre 2022, date à laquelle il était dû au moins une année d'intérêts ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
25. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Ouen-sur-Seine une somme de 1 500 euros à verser à Mme E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 18 novembre 2021 du maire de la commune de Saint-Ouen-sur-Seine est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Saint-Ouen-sur-Seine de procéder à la régularisation des traitements de Mme E pour la période du 1er juin 2019 au 27 avril 2020 dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Saint-Ouen-sur-Seine est condamnée à verser à Mme E une indemnité de 22 350 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 27 septembre 2021 et de leur capitalisation à compter du 27 septembre 2022 ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Article 4 : La commune de Saint-Ouen-sur-Seine versera à Mme E une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et à la commune de Saint-Ouen-sur-Seine.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Deniel, présidente,
Mme Bazin, conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
La rapporteure,La présidente,Mme BazinMme DenielLa greffière,Mme C
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2200748
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026