lundi 2 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2200765 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | BROCHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 janvier 2022, Mme A D, agissant en son nom propre et au nom de ses six enfants, représentée par Me Brochard, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 56 000 euros, arrêtée au mois de décembre 2021 et à actualiser au jour du jugement, au titre de la réparation des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence résultant du manquement à une obligation de logement prononcée par la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande préalable ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de présenter, dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, son dossier de demande de logement social aux commissions d'attribution prévues à l'article L. 441-2 du code de la construction et de l'habitation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors que la commission de médiation du droit au logement opposable les a reconnus prioritaires le 27 février 2019 ;
- la famille est composée d'une une mère isolée, âgée de 47 ans, et de six enfants, âgés de 5 ans, 8 ans, 10 ans, 12 ans, 17 ans et 19 ans, le logement dans lequel ils vivent étant indécent et d'une superficie de 56 m², soit 8 m² par personne ;
- elle subit des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence ;
- au regard du caractère indécent du logement et de ses conséquences pour la santé et la scolarité de ses enfants, il convient d'enjoindre au préfet, afin de mettre fin à la carence de l'Etat, de présenter, dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, son dossier de demande de logement social aux commissions d'attribution.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 novembre 2021.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que le bénéficiaire d'une décision favorable de la commission de médiation n'est pas recevable à présenter dans la même demande des conclusions indemnitaires et des conclusions tendant à ce qu'il soit ordonné à l'Etat d'assurer son logement ou son relogement conformément à la décision de la commission de médiation, de telles conclusions en injonction ne pouvant être portées que devant le tribunal administratif statuant dans les conditions prévues par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code général des impôts ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation du département de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 27 février 2019, désigné Mme D comme prioritaire et devant être logée en urgence. Par un courrier du 10 décembre 2020, elle a présenté au préfet de la Seine-Saint-Denis une demande indemnitaire tendant à la réparation du préjudice subi en raison de l'absence de relogement. Le préfet a, par le silence gardé, rejeté implicitement sa demande. Mme D, en son nom propre et au nom de ses enfants, demande au tribunal de condamner l'État à leur verser la somme totale de 56 000 euros.
Sur les conclusions d'injonction et d'astreinte :
2. Il résulte de l'instruction que Mme D a été reconnue prioritaire par une décision de la commission de médiation du 27 février 2019. Il n'appartient pas au juge, saisi de conclusions indemnitaires fondées sur la carence fautive de l'Etat à lui proposer un relogement conformément à la décision de la commission de médiation, de prononcer une nouvelle injonction, en dépit de la persistance de la carence de l'Etat à la date à laquelle il statue. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées dans le cadre de la présente requête indemnitaire, qui relèvent de la voie de recours prévue par de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur la responsabilité :
3. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
4. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.
5. Doivent être considérées comme personnes vivant au foyer le ou les titulaires du bail, ainsi que leur concubin notoire ou leur partenaire d'un PACS, mais aussi les personnes figurant sur les avis d'imposition de ces titulaires et les personnes réputées à charge au sens du code général des impôts. A cet égard, sont réputées à charge au sens des articles 194, 196, 196 A bis et 196 B du code général des impôts, les enfants majeurs de moins de 21 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal, les enfants de moins de 25 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal et justifient du statut d'étudiant et, enfin, les enfants de tout âge s'ils sont atteints d'une infirmité.
6. D'une part, la carence fautive de l'Etat à assurer le logement du bénéficiaire de la décision de la commission de médiation dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur au titre des troubles dans les conditions d'existence qu'elle a entraînés pour ce dernier. Il résulte de ce qui vient d'être dit que les conclusions indemnitaires présentées par Mme D au nom de ses enfants doivent être rejetées.
7. D'autre part, la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a reconnu, le 27 février 2019, le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme D au motif que le logement qu'elle occupait avec ses six enfants était sur-occupé, cette décision valant pour sept personnes. Si Mme D se prévaut de la présence continue à son domicile de ses six enfants, nés en 2002, 2004, 2009, 2011, 2013 et 2016, il ne résulte pas de l'instruction, en particulier des avis d'impôt sur le revenu, de l'attestation de la caisse d'allocations familiales, que ses deux filles, B, née en 2002, qui n'habite plus chez sa mère depuis novembre 2020 ainsi que l'atteste le certificat de scolarité produit, et Fatima, née en 2004, devenues majeures, seraient à la charge de la requérante. Dès lors, le logement, dont la superficie s'élève à 56 m², n'était plus sur-occupé à compter du 31 novembre 2020 au sens de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. Il ne résulte pas en outre de l'instruction, notamment des certificats médicaux, du rapport de l'inspectrice de salubrité du service d'hygiène de la commune de Clichy-sous-Bois et du rapport de l'assistante sociale que le logement de la requérante, s'il présente des traces d'humidité, serait indécent ou insalubre. La période d'indemnisation s'étend donc du 27 août 2019, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, au 31 novembre 2020. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu notamment de la durée de cette carence et du nombre de personnes vivant au foyer pendant la période d'indemnisation en cause, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par Mme D en lui allouant la somme de 2 200 euros.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à Mme D la somme de 2 200 (deux mille deux cents) euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Brochard, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Brochard la somme de 1 080 (mille quatre-vingts) euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme D la somme de 2 200
(deux mille deux cents) euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 080 (mille quatre-vingts) euros à Me Brochard en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Brochard et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
S. C
La greffière,
S. Desplan
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026