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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2200805

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2200805

lundi 2 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2200805
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantLUBAKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 janvier 2022, Mme C A, représentée par Me Lubaki, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 31 000 euros, à parfaire en considération de l'évolution de sa situation, en réparation du préjudice résultant de l'inexécution de l'obligation par le préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à son relogement.

2°) d'ordonner au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à la désignation d'une association agréée dans le cadre du dispositif d'Accompagnement vers et dans le logement (AVDL) financée selon les modalités prescrites par l'article L. 302-7 du code de la construction et de l'habitation afin que soit établi un diagnostic social et que soit mis en œuvre un contrat d'accompagnement vers le logement.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- la carence fautive de l'autorité préfectorale dans l'exécution de l'obligation de relogement engage la responsabilité de l'Etat ;

- elle subit un préjudice moral et un préjudice matériel dans ses conditions d'existence ;

- l'injonction demandée au tribunal relative à la désignation d'un référent dans le cadre du dispositif d'AVDL est compatible avec la nature du contentieux indemnitaire.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Lubaki, représentant Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 25 janvier 2019, désigné Mme A comme prioritaire et devant être logée en urgence. Par un courrier du 26 octobre 2020, elle a présenté au préfet de la Seine-Saint-Denis une demande indemnitaire tendant à la réparation du préjudice subi en raison de l'absence de relogement. Le préfet a, par le silence gardé, rejeté implicitement sa demande. Mme A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 31 000 euros en réparation du préjudice résultant de l'inexécution de l'obligation par le préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à son relogement.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

4. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a reconnu, le 25 janvier 2019, le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme A au motif qu'elle était hébergée dans un logement de transition. La persistance de cette situation, à compter du 25 juillet 2019, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, a causé à la requérante, qui vit toujours dans un logement de transition, des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence. Si Mme A produit des certificats médicaux et une ordonnance prescrivant une canne pour la marche, il ne résulte pas de l'instruction que les troubles anxio-dépressifs de l'intéressée, qui fut victime de violences conjugales, soient directement liés à ses conditions d'hébergement, aucun élément au dossier ne permettant non plus d'étayer le comportement agressif des autres résidents du foyer. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de la durée de cette carence, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en allouant à Mme A la somme de 1 050 euros.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à Mme A la somme de 1 050 (mille cinquante) euros.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Lorsque le juge administratif statue sur un recours indemnitaire tendant à la réparation d'un préjudice imputable à un comportement fautif d'une personne publique et qu'il constate que ce comportement et ce préjudice perdurent à la date à laquelle il se prononce, il peut, en vertu de ses pouvoirs de pleine juridiction et lorsqu'il est saisi de conclusions en ce sens, enjoindre à la personne publique en cause de mettre fin à ce comportement ou d'en pallier les effets.

7. Il ne résulte pas de l'instruction que la désignation d'une association agréée dans le cadre du dispositif d'AVDL serait de nature à mettre fin ou à pallier les effets de la carence de l'État. Par suite, les conclusions présentées par Mme A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme A la somme de 1 050 (mille cinquante) euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

S. B

La greffière,

S. Desplan

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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