lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2200850 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | CABINET LECLERE ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 janvier 2022 et 30 juin 2022, Mme B D et M. A E, agissant en qualité de représentants légaux de Mme C E représentés par Me Nicolas, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 novembre 2021 par laquelle le recteur de l'académie de Créteil a rejeté leur demande indemnitaire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 620 euros en réparation du préjudice subi par Mme C E du fait de sa carence fautive dans l'organisation du service public de l'enseignement public ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision du 2 novembre 2021 rejetant sa réclamation préalable a été signée par une autorité incompétente ;
- leur fille a été privée de 135 heures d'enseignement durant l'année scolaire 2020-2021, soit plus de 14,4 % du volume horaire annuel total et cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- leur fille a subi un préjudice du fait des heures d'enseignement non assurées, dès lors qu'elle a été privée d'accompagnement et de connaissances nécessaires à son développement et à son épanouissement et qu'elle sera, tôt ou tard, amenée à se trouver être comparée avec des élèves ayant bénéficié d'un enseignement complet ou " moins amputé ". Ils sont ainsi bien fondés à demander l'allocation de la somme de 1 620 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2022, le recteur de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête sont mal fondés.
Par ordonnance du 25 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier,
Vu :
- le code de l'éducation ;
- l'arrêté du 19 mai 2015 relatif à l'organisation des enseignements dans les classes de collège ;
- l'arrêté du 26 juillet 2019 fixant le calendrier scolaire de l'année 2020-2021 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Gauchard, vice-président, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gauchard,
- les conclusions de M. Terme, rapporteur public,
- et les observations de Me Nicolas, représentant Mme D et M. E.
Le recteur de l'académie de Créteil n'était pas présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D et M. E dont la fille, C, était scolarisée en classe de sixième au collège Jacques Prévert de Noisy-le-Sec au cours de l'année 2020-2021, ont, par une lettre du 23 juillet 2021, sollicité du ministre chargé de l'éducation nationale l'indemnisation du préjudice subi par leur enfant en raison d'heures de cours non dispensées. Cette demande a été rejetée par une décision du recteur de l'académie de Créteil du 2 novembre 2021. Par la présente requête, ils demandent la condamnation de l'Etat à leur verser la somme de 1 620 euros en réparation des préjudices subis par leur fille à raison de la carence fautive de l'Etat dans l'organisation du service public de l'enseignement public.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. La décision du 2 novembre 2021 a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande des requérants, qui, en formulant les conclusions sus-analysées, ont donné à l'ensemble de leur requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit des intéressés à percevoir la somme qu'ils réclament, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de cette décision ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :
3. Aux termes de l'article L. 122-1-1 du code de l'éducation : " La scolarité obligatoire doit garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l'acquisition d'un socle commun de connaissances, de compétences et de culture, auquel contribue l'ensemble des enseignements dispensés au cours de la scolarité. Le socle doit permettre la poursuite d'études, la construction d'un avenir personnel et professionnel et préparer à l'exercice de la citoyenneté. Les éléments de ce socle commun et les modalités de son acquisition progressive sont fixés par décret, après avis du Conseil supérieur des programmes ". L'article D. 332-1 du même code dispose que : " Le collège accueille tous les élèves ayant suivi leur scolarité élémentaire. Il leur assure, dans le cadre de la scolarité obligatoire, la formation qui sert de base à l'enseignement secondaire et les prépare ainsi aux voies de formation ultérieures ". L'article D. 332-4 du même code prévoit que : " I. - Les enseignements obligatoires dispensés au collège se répartissent en enseignements communs à tous les élèves et en enseignements complémentaires définis par l'article L. 332-3. / Les programmes des enseignements communs, le volume horaire des enseignements communs et complémentaires, ainsi que les conditions dans lesquelles ce dernier peut être modulé par les établissements, sont fixés par arrêté du ministre chargé de l'éducation () ". L'arrêté du 19 mai 2015 visé ci-dessus fixe les volumes horaires des enseignements obligatoires dispensés au collège.
4. La mission d'intérêt général d'enseignement qui lui est confiée impose au ministre de chargé de l'éducation nationale l'obligation légale d'assurer l'enseignement de toutes les matières obligatoires inscrites aux programmes d'enseignement tels qu'ils sont définis par les dispositions législatives et réglementaires en vigueur selon les horaires réglementaires prescrits. Le manquement à cette obligation légale qui a pour effet de priver, en l'absence de toute justification tirée des nécessités de l'organisation du service, un élève de l'enseignement considéré pendant une période appréciable, est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État.
5. Mme D et M. E soutiennent que leur fille, Mme C E, a été privée de 135 heures d'enseignement, 2020-2021. Ils produisent les données issues du logiciel Pronote, desquelles il ressort que 115 heures d'enseignements n'ont pas été assurées du fait d'absence de professeurs dans des matières obligatoires.
6. Si le recteur de l'académie de Créteil reconnaît que 52 heures de cours n'ont pas été assurées il n'expose pas en quoi les données issues du logiciel Pronote seraient erronées, alors que, comme les requérants le relèvent à juste titre, rien ne permet de faire douter, en l'absence de précision, du caractère probant de ces données.
7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 6 que les requérants sont fondés à soutenir que leur fille a été privée de 115 heures d'enseignement obligatoire au cours de l'année scolaire 2020-2021, ce qui, compte tenu du volume horaire annuel global des enseignements obligatoires en classe de sixième, tel qu'il résulte de l'application des arrêtés susvisés des 19 mai 2015 et
26 juillet 2019, constitue une période appréciable au sens et pour l'application de la règle rappelée au point 4. De plus, il résulte de l'instruction et il ressort des données issues du logiciel précité que Mme C E a notamment été privée de 41 heures d'enseignements en mathématique, ce qui représente plus du quart du volume horaire annuel d'enseignement obligatoire de cette discipline fixé par les arrêtés précités. Dans ces conditions, en l'absence de toute justification tirée des nécessités de l'organisation du service et alors que l'autorité administrative ne peut utilement faire valoir qu'elle aurait accompli toutes les diligences pour pallier les absences des enseignants, le manquement à l'obligation légale d'assurer l'enseignement de toutes les matières obligatoires inscrites aux programmes d'enseignement est, en l'espèce, constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État. Il sera fait une juste appréciation du préjudice de la fille des requérants résultant de ce qu'elle a été privée d'accompagnement et de connaissances nécessaires à son développement personnel et intellectuel en allouant à Mme D et M. E une somme de 300 euros.
Sur le surplus :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat versera à Mme D et M. E une somme globale de 300 euros en réparation des préjudices de Mme C E.
Article 2 : L'Etat versera à Mme D et M. E une somme globale de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, première dénommée et au ministre de l'éducation et de la jeunesse.
Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Créteil.
Délibéré après l'audience du 29 avril 2024,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.
Le magistrat désigné,
L. Gauchard
La greffière,
D. Bakouma
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026