lundi 26 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2201002 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET SAVIGNY |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés sous le numéro 2201002, respectivement le 21 janvier 2022 et le 12 juin 2023, la société civile de construction vente (SCCV) Huraut or promotion, représentée par Me Dacquin, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, d'une part, d'annuler la décision par laquelle le maire de Villemomble a implicitement rejeté sa demande, formulée le 27 septembre 2021, de dérogation à l'interdiction de circulation des véhicules de plus de 3,5 tonnes sur la rue Huraut à Villemomble (93) édictée par un arrêté n° 2019/220 ST du 11 juin 2019, d'autre part, d'annuler la décision par laquelle le maire de Villemomble a implicitement rejeté sa demande, formulée le
21 février 2022, d'abrogation des arrêtés n° 2019/218-ST, 2019/219-ST, 2019/221-ST, 2019/222-ST du 11 juin 2019 portant interdiction de circulation des véhicules de plus de 3,5 tonnes, respectivement, sur les voies : avenue du capitaine A, rue Henri Jousseaume, rue Mercière et rue Pottier, desservant la rue Huraut à Villemomble et de l'arrêté n° 2019/2020 ST et de prononcer l'abrogation de ces arrêtés ;
2°) à titre subsidiaire, d'une part, d'annuler la décision par laquelle le maire de Villemomble a implicitement rejeté sa demande, formulée le 27 septembre 2021, d'abrogation de l'arrêté n° 2019/220 ST du 11 juin 2019, et de prononcer l'abrogation de cet arrêté, d'autre part, d'annuler la décision par laquelle le maire de Villemomble a implicitement refusé sa demande formulée le 21 février 2022 de dérogation à l'interdiction de circulation des véhicules de plus de 3,5 tonnes édictée par les cinq arrêtés du 11 juin 2019 ;
3°) d'enjoindre au maire de Villemomble de lui accorder la dérogation à l'interdiction de circulation des véhicules de plus de 3,5 tonnes sollicitée, dans un délai de quinze jours sous astreinte de 1 500 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Villemomble une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions portant refus d'abrogation de l'arrêté n° 2019/2020-ST du 11 juin 2019 sont entachées d'incompétence ;
- en refusant les demandes de dérogation, le maire s'est cru à tort en situation de compétence liée par le jugement du tribunal administratif de Montreuil du 5 mai 2021 lequel ne se prononçait au surplus pas sur la légalité de l'arrêté du 20 juin 2019 ni sur la possibilité d'y déroger ; en l'absence de toute demande indemnitaire antérieure, la décision du
15 décembre 2021 était confirmative du refus implicite de déroger à l'arrêté du 20 juin 2019 ;
- les décisions portant refus d'abrogation des arrêtés n°s 2019/218-ST, 2019/219-ST, 2019/220-ST, 2019/221-ST, 2019/222-ST du 11 juin 2019 et de dérogation à ces interdictions sont illégales dès lors qu'elles sont fondées sur des faits matériellement inexacts ;
- les décisions portant refus d'abrogation de l'arrêté n° 2019/2020-ST du 11 juin 2019 et de dérogation à l'interdiction portent une atteinte excessive à son droit de propriété et au droit de desserte du riverain de la voie publique ;
- elles portent une atteinte grave à la liberté d'entreprendre et à la liberté du commerce et de l'industrie dès lors qu'elles rendent impossible la réalisation du projet de construction ;
- elles sont illégales en ce que l'interdiction est disproportionnée aux buts poursuivis dès lors qu'il n'existe aucun itinéraire alternatif pour desservir son terrain et que la sécurisation de la circulation dans cette rue, notamment du passage des piétons, peut être assurée par des mesures moins attentatoires aux aisances de voirie notamment par un aménagement dans le temps des rotations des camions ou encore une interdiction temporaire de stationnement ;
- elles méconnaissent les principes d'égalité de traitement des riverains de la voie publique et d'égalité devant les charges publiques ;
- elles sont entachées d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 mai 2023, la commune de Villemomble, représentée par Me Banel, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par la SCCV Huraut or promotion ne sont pas fondés.
II. Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés sous le numéro 2202990, respectivement le 21 février 2022, le 21 avril 2022 et le 12 juin 2023, la société civile de construction vente (SCCV) Huraut or promotion, représentée par Me Dacquin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de condamner la commune de Villemomble à réparer, à hauteur de 1 794 958 euros, les conséquences dommageables nées des refus fautifs du maire de Villemomble d'abroger l'arrêté du 11 juin 2019 portant interdiction de circulation des véhicules de plus de 3,5 tonnes sur la rue Huraut à Villemomble (Seine-Saint-Denis) et d'accorder une dérogation à cette interdiction de circulation ;
2°) à titre subsidiaire de condamner la commune de Villemomble à réparer à hauteur de 1 794 958 euros ces mêmes conséquences dommageables sur le fondement de la responsabilité sans faute du fait de la rupture d'égalité devant les charges publiques ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Villemomble une somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision portant refus d'abrogation de l'arrêté du 11 juin 2019 portant interdiction de circulation des véhicules de plus de 3,5 tonnes sur la rue Huraut à Villemomble et de la décision portant refus de dérogation à cette interdiction de circulation sont illégales ;
- l'illégalité de ces décisions est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de la commune de Villemomble ;
- l'atteinte à l'aisance de voirie qu'elle subit engage également la responsabilité sans faute de la commune de Villemomble ;
- les illégalités fautives et l'atteinte à l'aisance de voirie lui ont causé un préjudice financier et un préjudice moral évalués à la somme globale de 1 794 958 euros que la commune de Villemomble doit réparer.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 mai 2023, la commune de Villemomble, représentée par Me Banel, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les décisions en cause ne sont entachées d'aucune illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité ;
- la SCCV Huraut or promotion n'a pas été privée de son droit d'accès à sa propriété et qu'en tout état de cause l'interdiction de circulation aux véhicules de plus de 3,5 tonnes n'excède pas les sujétions qu'un riverain doit normalement supporter de sorte que la société requérante ne peut se prévaloir d'un préjudice anormal et spécial de nature à engager sa responsabilité sans faute ;
- la SCCV Huraut or promotion n'établit pas la réalité des préjudices matériel et moral allégués.
Par une décision du 22 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 17 juillet 2023.
Un mémoire complémentaire de la SCCV Huraut or promotion a été enregistré le
13 janvier 2024 qui n'a pas été communiqué.
III. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés sous le numéro 2209199, le 4 juin 2022 et le 12 juin 2023, la société civile de construction vente (SCCV) Huraut or promotion, représentée par Me Dacquin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, d'une part, d'annuler la décision par laquelle le maire de Villemomble a implicitement rejeté sa demande, formulée le 21 février 2022, d'abrogation des arrêtés n° 2019/218-ST, 2019/219-ST, 2019/220-ST, 2019/221-ST, 2019/222-ST du 11 juin 2019 par lesquels le maire a interdit la circulation des véhicules de plus de 3,5 tonnes sur la rue Huraut et sur les voies la desservant à Villemomble, d'autre part, de prononcer l'abrogation de ces arrêtés ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision par laquelle le maire de Villemomble a implicitement rejeté sa demande de dérogation à l'interdiction de circulation des véhicules de plus de 3,5 tonnes à Villemomble édictée par ces cinq arrêtés du 11 juin 2019 ;
3°) d'enjoindre au maire de Villemomble de lui accorder la dérogation à l'interdiction de circulation des véhicules de plus de 3,5 tonnes, dans un délai de quinze jours sous astreinte de 1 500 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Villemomble une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en refusant la demande de dérogation à l'interdiction de circulation édictée par l'arrêté n° 2019/2020- ST, le maire s'est cru à tort en situation de compétence liée par le jugement du tribunal administratif de Montreuil du 5 mai 2021 lequel ne se prononçait au surplus pas sur la légalité de l'arrêté du 20 juin 2019 ni sur la possibilité d'y déroger ;
- les décisions attaquées portent une atteinte excessive à son droit de propriété et au droit de desserte du riverain de la voie publique ;
- elles portent une atteinte grave à la liberté d'entreprendre et à la liberté du commerce et de l'industrie dès lors qu'elles rendent impossible la réalisation du projet de construction ;
- elles sont illégales dès lors que les arrêtés du 11 juin 2019 en cause sont fondés sur des faits matériellement inexacts ;
- elles sont illégales en ce que les interdictions édictées sont disproportionnées aux buts poursuivis dès lors qu'il n'existe aucun itinéraire alternatif pour desservir son terrain et que la sécurisation de la circulation dans ces voies, notamment du passage des piétons, peut être assurée par des mesures moins attentatoires aux aisances de voirie notamment par un aménagement dans le temps des rotations des camions ou encore une interdiction temporaire de stationnement ;
- elles méconnaissent les principes d'égalité de traitement des riverains de la voie publique et d'égalité devant les charges publiques ;
- elles sont entachés d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 mai 2023, la commune de Villemomble, représentée par Me Banel, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par la SCCV Huraut or promotion ne sont pas fondés.
IV. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés sous le
numéro 2206702, respectivement le 21 avril 2022 et le 12 juin 2023, la société civile de construction vente (SCCV) Huraut or promotion, représentée par Me Dacquin, demande au tribunal :
1°) à titre principal de condamner la commune de Villemomble à réparer à hauteur de
1 794 958 euros les conséquences dommageables nées des refus fautifs du maire de Villemomble de lui accorder une dérogation à l'interdiction de circulation des véhicules de plus de 3,5 tonnes sur la rue Huraut et sur l'avenue du capitaine A et les rues circulaire Henri Jousseaume, Mercière et Pottier, voies d'accès à la rue Huraut à Villemomble édictées, respectivement, par les arrêtés n ° 2019/220-ST, 2019/218-ST, 2019/219-ST, 2019/221-ST, 2019/222-ST du 11 juin 2019 et d'abroger ces arrêtés ;
2°) à titre subsidiaire de condamner la commune de Villemomble à réparer à hauteur de 1 794 958 euros ces mêmes conséquences dommageables sur le fondement de sa responsabilité sans faute du fait de la rupture d'égalité devant les charges publiques ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Villemomble une somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par une décision du 22 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 17 juillet 2023.
Un mémoire complémentaire de la SCCV Huraut or promotion a été enregistré le
13 janvier 2024 qui n'a pas été communiqué
Elle soutient que :
- la décision portant refus d'abroger les arrêtés n°s 2019/218-ST, 2019/219-ST, 2019/220-ST, 2019/221-ST, 2019/222-ST du 11 juin 2019 portant interdiction de circulation des véhicules de plus de 3,5 tonnes sur l'avenue du capitaine A et les rues circulaire Henri Jousseaume, Huraut, Mercier et Pottier à Villemomble et la décision refusant une dérogation à ces interdictions sont illégales ;
- l'illégalité de ces décisions est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de la commune de Villemomble ;
- l'atteinte à l'aisance de voirie qu'elle subit engage également la responsabilité sans faute de la commune de Villemomble ;
- les illégalités fautives et l'atteinte à l'aisance de voirie lui ont causé un préjudice financier et un préjudice moral évalués à la somme globale de 1 794 958 euros que la commune de Villemomble doit réparer.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 mai 2023, la commune de Villemomble, représentée par Me Banel, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- aucune faute n'a été commise de nature à engager sa responsabilité ;
- la SCCV Huraut or promotion n'a pas été privée de son droit d'accès à sa propriété et qu'en tout état de cause l'interdiction de circulation aux véhicules de plus de 3,5 tonnes n'excède pas les sujétions qu'un riverain doit normalement supporter de sorte que la société requérante ne peut se prévaloir d'un préjudice anormal et spécial de nature à engager sa responsabilité sans faute ;
- la SCCV Huraut or promotion n'établit pas la réalité des préjudices matériel et moral allégués.
Par un courrier du 19 janvier 2024, les parties ont été informés de ce que le tribunal est susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la SSCV Huraut or promotion, formulées dans sa requête n° 2201002, aux fins d'abrogation de l'arrêté
n° 2019/220-ST du 11 juin 2019 portant interdiction de circulation des véhicules de plus de 3,5 tonnes sur la voie Huraut à Villemomble dès lors qu'elles sont présentées à titre principal.
Des observations pour la société Huraut or promotion ont été enregistrées le
23 janvier 2024 qui ont été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la voirie routière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lamlih,
- les conclusions de M. Terme, rapporteur public,
- les observations de Me Savigny, représentant laSCCV Huraut or promotion,
- et, les observations de Me Capdebos, représentant la commune de Villemomble.
La SCCV Huraut or promotion a produit des notes en délibéré, enregistrées le
2 février 2024, pour chacune des quatre requêtes sus-analysées.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 23 octobre 2019, le maire de Villemomble a délivré à la société civile de construction vente (SCCV) Huraut or promotion, un permis autorisant la construction d'un immeuble d'habitation collectif composé de treize logements sur un terrain situé 8 rue Huraut, voie à sens unique, sur le territoire de ladite commune. Par un courrier du
27 septembre 2021 reçu par les services de la commune le 30 septembre suivant, la SCCV Huraut or promotion a formulé, d'une part, une demande de dérogation à l'interdiction applicable à la rue Huraut d'accès aux véhicules de plus de 3,5 tonnes énoncée par un arrêté n° 2019/220-ST du 11 juin 2019, pour permettre, à des heures déterminées, le passage d'engins de chantier et de transport de matériaux en vue de la réalisation des travaux de construction, d'autre part, et à titre subsidiaire, une demande d'abrogation dudit arrêté. Par un courrier du
21 février 2022, remis le même jour, en main propre, à un agent des services de la commune, la SCCV Huraut or promotion a sollicité, d'une part, une dérogation à l'interdiction, édictée par des arrêtés numérotés, respectivement, 2019/221-ST, 2019/219-ST, 2019/2020 ST, 2019/222-ST et 2019/218-ST du 11 juin 2019, d'accès aux véhicules de plus de 3,5 tonnes sur les voies Mercière, Henri Jousseaume, Pottier, Huraut et du capitaine A, d'autre part, et à titre subsidiaire, une demande d'abrogation desdits arrêtés d'interdiction. Par un courrier du 10 mars 2022, la SCCV Huraut or promotion a demandé au maire de Villemomble l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des refus d'abrogation de ces arrêtés et de dérogation aux interdictions qu'ils édictent. Le maire de Villemomble a implicitement rejeté cette demande. Par les requêtes sus-analysées n° 2201002, 2202990, 206702 et 2209199, la SCCV Huraut or promotion demande au tribunal, d'une part, l'annulation des décisions par lesquelles le maire de Villemomble a implicitement rejeté ses demandes d'abrogation des arrêtés n °s 2019/218-ST, 2019/219-ST, 2019/220-ST, 2019/221-ST, 2019/222-ST du 11 juin 2019 portant interdiction de circulation aux véhicules de plus de 3,5 tonnes, sur les voies précitées ainsi que les décisions par lesquelles le maire de Villemomble a également implicitement rejeté sa demande de dérogation à ces interdictions, d'autre part, d'abroger ces cinq arrêtés du 11 juin 2019 précités et enfin de mettre à la charge de la commune de Villemomble la somme de 1 794 958 euros en réparation des préjudices résultant de ses refus d'abrogation et de dérogation.
2. Les requêtes n° 2201002, 2202990, 2206702 et 2209199 présentent à juger des questions semblables. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur la requête n° 2209199 :
3. Aux termes de l'article R. 612-5-2 du même code : " En cas de rejet d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 au motif qu'il n'est pas fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision, il appartient au requérant, sauf lorsqu'un pourvoi en cassation est exercé contre l'ordonnance rendue par le juge des référés, de confirmer le maintien de sa requête à fin d'annulation ou de réformation dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce rejet. A défaut, le requérant est réputé s'être désisté. / Dans le cas prévu au premier alinéa, la notification de l'ordonnance de rejet mentionne qu'à défaut de confirmation du maintien de sa requête dans le délai d'un mois, le requérant est réputé s'être désisté () ". L'article R 414-1 de ce code dispose : " Lorsqu'elle est présentée par un avocat () la requête doit, à peine d'irrecevabilité, être adressée à la juridiction par voie électronique au moyen d'une application informatique dédiée accessible par le réseau internet. () ". Enfin, aux termes de l'article
R. 611-8-6 de ce code : " Les parties sont réputées avoir reçu la communication ou la notification à la date de première consultation du document qui leur a été adressé par voie électronique, certifiée par l'accusé de réception délivré par l'application informatique, ou, à défaut de consultation dans un délai de deux jours ouvrés à compter de la date de mise à disposition du document dans l'application, à l'issue de ce délai. Sauf demande contraire de leur part, les parties sont alertées de toute nouvelle communication ou notification par un message électronique envoyé à l'adresse choisie par elles. () ".
4. Par une ordonnance n° 2210573 du 20 juillet 2022, le juge des référés a notamment rejeté la demande, présentée par la société requérante sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspension de l'exécution des décisions attaquées sous le
n° 2209199, au motif qu'il n'était pas fait état d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de ces décisions. Le courrier de notification de cette ordonnance a été ouvert par le conseil de la société requérante le 20 juillet 2022 sur l'application mentionnée à l'article
R. 414-1 du code de justice administrative, comme cela ressort des mentions portées sur cette application. Ce courrier et l'ordonnance de référé doivent, dès lors, en vertu des dispositions précitées de l'article R. 611-8-6 du même code, être regardés comme ayant été notifiés à cette date. Ledit courrier informait la requérante qu'en application de l'article R. 612-5-2 dudit code, sauf pourvoi en cassation contre l'ordonnance précitée, elle serait réputée s'être désistée de la présente requête, à défaut d'avoir confirmé le maintien de cette requête dans le délai d'un mois expirant, en l'espèce, le 22 août 2022. Dans ces conditions, en l'absence de pourvoi en cassation formé contre l'ordonnance du juge des référés et à défaut d'avoir confirmé le maintien de sa requête enregistrée sous le n° 2209199 dans ce délai, la société requérante est, en vertu des dispositions précitées de l'article R. 612-5-2 du code de justice administrative, réputée s'être désistée de l'ensemble de ses conclusions Il y a lieu de donner acte de ce désistement.
Sur les requêtes n° 2201002, 2202990 et 2206702 :
S'agissant des conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la recevabilité des conclusions tendant à ce que le tribunal abroge les arrêtés n °s 2019/218-ST, 2019/219-ST, 2019/220-ST, 2019/221-ST, 2019/222-ST du
11 juin 2019 portant interdiction de circulation aux véhicules de plus de 3,5 tonnes, sur l'avenue du capitaine A et les rues circulaire Henri Jousseaume, Huraut, Mercier et Pottier présentées dans la requête n° 2201002 :
5. Lorsqu'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'un acte réglementaire, le juge de l'excès de pouvoir apprécie la légalité de cet acte à la date de son édiction. S'il le juge illégal, il en prononce l'annulation. Ainsi saisi de conclusions à fin d'annulation recevables, le juge peut également l'être, à titre subsidiaire, de conclusions tendant à ce qu'il prononce l'abrogation du même acte au motif d'une illégalité résultant d'un changement de circonstances de droit ou de fait postérieur à son édiction, afin que puissent toujours être sanctionnées les atteintes illégales qu'un acte règlementaire est susceptible de porter à l'ordre juridique. Il statue alors prioritairement sur les conclusions à fin d'annulation. Dans l'hypothèse où il ne ferait pas droit aux conclusions à fin d'annulation et où l'acte n'aurait pas été abrogé par l'autorité compétente depuis l'introduction de la requête, il appartient au juge, dès lors que l'acte continue de produire des effets, de se prononcer sur les conclusions subsidiaires. Le juge statue alors au regard des règles applicables et des circonstances prévalant à la date de sa décision. S'il constate, au vu des échanges entre les parties, un changement de circonstances tel que l'acte est devenu illégal, le juge en prononce l'abrogation. Il peut, eu égard à l'objet de l'acte et à sa portée, aux conditions de son élaboration ainsi qu'aux intérêts en présence, prévoir dans sa décision que l'abrogation ne prend effet qu'à une date ultérieure qu'il détermine.
6. En l'espèce, la SSCV Huraut or promotion demande uniquement l'annulation des décisions implicites rejetant ses demandes d'abrogation des arrêtés n°s 2019/218-ST,
2019/219-ST, 2019/220-ST, 2019/221-ST et 2019/222-ST du 11 juin 2019 2019 portant interdiction de circulation des véhicules de plus de 3,5 tonnes sur l'avenue du capitaine A et les rues circulaire Henri Jousseaume, Huraut, Mercier et Pottier ainsi que l'annulation des décisions rejetant implicitement ses demandes de dérogation à ces interdictions. La société requérante ne demande pas l'annulation desdits arrêtés d'interdiction eux-mêmes, ni ne présente, à titre subsidiaire, de conclusions aux fins d'abrogation de ces arrêtés Dans ces conditions, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que les conclusions de la société requérante, tendant à l'abrogation desdits arrêtés du 11 juin 2019, qui ne sont pas présentées subsidiairement à des conclusions à fin d'annulation de ces arrêtés, sont irrecevables et doivent, comme telles, être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation des décisions portant refus d'abrogation des arrêtés n °s 2019/218-ST, 2019/219-ST, 2019/221-ST, 2019/222-ST du
11 juin 2019 portant interdiction de circulation aux véhicules de plus de 3,5 tonnes, sur l'avenue du capitaine A et les rues circulaire Henri Jousseaume, Mercier et Pottier et refus de dérogation à ces interdictions :
7. La société requérante n'assortit, son moyen tiré de ce que les refus d'abrogation des mesures de police édictées par les arrêtés n°s 2019/218-ST, 2019/219-ST, 2019/221-ST, 2019/222-ST du 11 juin 2019 portant interdiction de circulation aux véhicules de plus de 3,5 tonnes, sur l'avenue du capitaine A et les rues circulaire Henri Jousseaume, Mercier et Pottier et de dérogation à ces interdictions sont entachées d'erreur de fait, d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité, les conclusions à fin d'annulation des décisions implicites de refus d'abrogation des arrêtés n°s 2019/218-ST, 2019/219-ST, 2019/221-ST, 2019/222-ST du 11 juin 2019 portant interdiction de circulation aux véhicules de plus de 3,5 tonnes, sur l'avenue du capitaine A et les rues circulaire Henri Jousseaume, Mercier et Pottier et de refus de dérogation à ces interdictions, doivent être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation des décisions implicites de refus d'abrogation de l'arrêté n °2019/220-ST du 11 juin 2019 portant interdiction de circulation aux véhicules de plus de 3,5 tonnes, sur la rue Huraut :
9. D'une part, aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs ". Aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques () ". Enfin, aux termes de l'article L. 2213-4 de ce même code : " Le maire peut, par arrêté motivé, interdire l'accès de certaines voies ou de certaines portions de voies ou de certains secteurs de la commune aux véhicules dont la circulation sur ces voies ou dans ces secteurs est de nature à compromettre () la tranquillité publique () / Dans ces secteurs, le maire peut, en outre, par arrêté motivé, soumettre à des prescriptions particulières relatives aux conditions d'horaires et d'accès à certains lieux et aux niveaux sonores admissibles les activités s'exerçant sur la voie publique, à l'exception de celles qui relèvent d'une mission de service public. / () ".
10. Il incombe au maire, dans l'exercice de ses pouvoirs de police, de prendre de manière proportionnée et adaptée les mesures strictement nécessaires au maintien de l'ordre public. Il doit fonder les restrictions qu'il édicte sur des faits constitutifs de troubles à l'ordre public. A défaut de toute disposition législative définissant les conditions auxquelles est soumise la légalité des décisions d'interdiction prises sur le fondement des dispositions précitées au point précédent, les restrictions apportées au pouvoir du maire résultent de la nécessité de concilier les intérêts généraux dont il a la charge, notamment la protection de l'ordre public, avec le respect dû aux libertés publiques. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une telle mesure, de rechercher si l'interdiction en litige est de nature à causer à ces intérêts un dommage justifiant l'atteinte portée aux libertés publiques.
11. D'autre part, aux termes de l'article R. 141-3 du code de la voirie routière : " Le maire peut interdire d'une manière temporaire ou permanente l'usage de tout ou partie du réseau des voies communales aux catégories de véhicules dont les caractéristiques sont incompatibles avec la constitution de ces voies, et notamment avec la résistance et la largeur de la chaussée ou des ouvrages d'art ". Le maire peut, dans le cadre des pouvoirs de police de la conservation des voies communales qu'il tient des dispositions précitées, limiter de façon temporaire ou permanente le tonnage des véhicules qui empruntent ces voies dès lors que cette mesure est rendue nécessaire par les risques de dégradation de celles-ci.
12. En premier lieu, par son arrêté n° 2019/2020 ST du 11 juin 2019, motivé par des considérations liées à la conservation du domaine publique ainsi qu'à la sécurité et la tranquillité publiques, le maire de Villemomble a interdit la circulation des véhicules d'une charge supérieure à 3,5 tonnes sur la rue Huraut, sauf aux véhicules des services publics et de dessertes locales. Cette mesure de police, ainsi que le relève la commune en défense, trouve son fondement légal dans les dispositions précitées des articles L. 2212-2 et L. 2213-4 du code général des collectivités territoriales et R. 141-3 du code de la voirie routière. Le moyen tiré de l'incompétence du maire de Villemomble doit donc être écarté.
13. En deuxième lieu, eu égard à son objet et à ses termes, le courrier du maire de Villemomble du 15 décembre 2021 de rejet d'une demande d'indemnisation de la société requérante, au demeurant non produite à l'instance, à hauteur de 1 700 000 euros, en réparation des préjudices subis du fait du refus d'abroger l'arrêté précité ° 2019/2020 ST du 11 juin 2019 ou d'octroyer une dérogation audit arrêté, ne peut s'analyser, contrairement à ce que soutient la SCCV Huraut or promotion, comme une décision confirmative du rejet implicite du maire à sa demande du 27 septembre 2021 tendant à obtenir, comme il a été dit au point 1, une dérogation à cet arrêté ou son abrogation. En tout état de cause, si ce courrier du maire de Villemomble du 15 décembre 2021 mentionne que " les différents recours portés à l'encontre de votre opération ont conduit le juge administratif à statuer sur une impossibilité d'accord de dérogation pour la circulation des véhicules de plus de 3,5 tonnes ", ces mentions ne permettent pas de faire considérer que le maire de Villemomble se serait cru, à tort, en situation de compétence liée par la décision du tribunal administratif de Montreuil du 5 mai 2021, laquelle, au demeurant, à un tout autre objet. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
14. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que : " l'existence d'itinéraires alternatifs qui permettent à un véhicule de rejoindre les artères principales par d'autres voies ". Dans ces conditions, alors que, comme il a été dit, ledit arrêté se rapporte à la rue Hurault et non au terrain d'assiette du projet de construction de la SCCV Huraut or promotion, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté serait entaché d'erreur de fait à raison de ce qu'il indiquerait à tort, qu'il existerait des itinéraires alternatifs pour desservir le chantier. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
15. En quatrième lieu, l'arrêté en litige a pour objet d'assurer la conservation du domaine public ainsi que la sécurité et la tranquillité publiques.
16. L'arrêté n° 2019/220-ST du 11 juin 2019 se fonde sur la circonstance que la structure de la chaussée n'est pas conçue pour supporter les passages et le poids des véhicules de plus de 3,5 tonnes. Si la commune de Villemomble se prévaut de l'avis du service voirie émis le 18 mars 2019 dans le cadre de l'instruction de la demande de permis de construire de la société requérante, les termes de cet avis, qui se borne à indiquer que " les poids lourds ne pourront pas tourner sans conséquence rue circulaire Henri Jousseaume angle [rue] Huraut pour la sécurité des usagers de la voie publique et risque très fortement de dégrader le domaine public " sont insuffisamment circonstanciés pour justifier une telle interdiction à ce titre alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de la rue Huraut est dégradé. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir que la nécessité de la mesure de police n'est pas justifiée par l'invocation d'un motif tiré des nécessités de la conservation du domaine public.
17. L'arrêté n° 2019/2020-ST du 11 juin 2019 se fonde également sur la présence de nombreuses écoles et " donc la présence de nombreux enfants empruntant les trottoirs " des voies en cause ainsi que sur la circonstance qu'il existe une circulation importante de véhicules qui desservent ces écoles. Si, ainsi que le fait valoir la commune en défense, il existe quatre établissements scolaires à proximité, aucun ne se situe rue Hurault et la SCCV Huraut Or Promotion soutient sans être contredite qu'il existe un itinéraire permettant d'éviter les voies comportant un établissement scolaire. En tout état de cause, la commune n'établit pas la nécessité d'une interdiction de circulation des véhicules de plus de 3,5 tonnes à toute heure du jour et de la nuit tous les jours de la semaine y compris les samedis et dimanches. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir que la nécessité de la mesure de police n'est pas justifiée par ce motif.
18. Toutefois, le maire de Villemomble s'est également fondé sur deux autres motifs tirés de ce que " la dimension de la voirie et la conception des intersections ne permettent pas la giration des véhicules de plus de 3,5 tonnes en garantissant la sécurité publique, tant pour les automobilistes que pour les piétons " et que " les nuisances générées par ces véhicules sont susceptibles de porter atteinte à la tranquillité publique ".
19. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de constat d'huissier du 5 juin 2023, que la rue Huraut, située dans un quartier pavillonnaire, est une voie à sens unique, que la largeur de la chaussée est au moins égale à 5,05 mètres et que des véhicules peuvent stationner sur un des côtés de cette voie. Il ressort également des pièces du dossier que la rue Huraut n'est elle-même accessible, pour les véhicules à moteur, que par la rue circulaire Henri Jousseaume, de dimensionnement comparable, elle-même interdite à la circulation pour les véhicules d'une charge supérieure à 3,5 tonnes et à sens unique et que les autres voies avoisinantes présentent les mêmes caractéristiques. Dans ces conditions, eu égard aux caractéristiques de la rue Huraut et des voies avoisinantes permettant d'y accéder, en interdisant la circulation aux véhicules d'un tonnage supérieur à 3,5 tonnes dans la rue Huraut, le maire de Villemonble a pu, sans entacher ces décisions d'illégalité, refuser, pour les deux motifs précités, d'abroger l'arrêté n° 2019/2020-ST.
20. Il résulte de l'instruction que le maire de Villemomble aurait édicté le même refus s'il s'était fondé seulement sur ces deux motifs tirés de la sécurité publique et de la tranquillité publique. Par suite, le moyen tiré de ce que les refus d'abrogation contestés seraient entachés d'erreur d'appréciation, doit être écarté.
21. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure de police en cause prive la SCCV Huraut or promotion de la faculté d'accéder à sa parcelle depuis le domaine public. Par suite, le moyen tiré de ce que les refus implicites d'abrogation de l'arrêté
n° 2019/2020-ST interdisant la circulation pour les véhicules de plus de 3,5 tonnes sur la rue Huraut portent une atteinte excessive au droit de propriété et au droit de desserte du riverain de la voie publique doit être écarté.
22. En sixième lieu, la société requérante soutient que les décisions en litige méconnaissent les principes d'égalité de traitement des usagers et d'égalité devant les charges publiques dès lors qu'il est institué une exception pour les véhicules de services publics de plus de 3,5 tonnes et pour les véhicules de dessertes locales. Le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général, pourvu que la différence de traitement qui en résulte soit, dans l'un comme l'autre cas, en rapport avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des différences de situation susceptibles de la justifier. Il ressort des pièces du dossier que l'interdiction de circulation des véhicules d'une charge supérieure à 3,5 tonnes est interdite sur la rue Huraut sauf aux véhicules des services publics et de dessertes locales et qu'aux termes de l'article 2 de l'arrêté n° 2019/2020 ST du 11 juin 2019, sont considérés comme véhicules de dessertes locales " ceux réservés au bon fonctionnement d'une habitation comme la livraison de fioul ou de bois, ou ceux nécessaires à un déménagement ". Les particuliers riverains ayant recours à des véhicules de desserte locale se trouvent dans une situation objectivement différente de celle dans laquelle se trouve la société requérante, qui, pour les besoins de travaux de démolition puis de construction d'un immeuble collectif de treize logements, se trouve devoir recourir à véhicules qui, compte tenu de leur encombrement de la voie publique et de la durée de cette dernière, ainsi que du nombre et de la fréquence de leurs rotations ne constituent pas des véhicules de desserte au sens de l'article 2 de l'arrêté n° 2019/2020 ST du 11 juin 2019. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une rupture d'égalité devant les charges publiques doit être écarté.
23. En septième lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.
24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions implicites de refus d'abrogation de l'arrêté n °2019/220-ST du 11 juin 2019 portant interdiction de circulation aux véhicules de plus de 3,5 tonnes, sur la rue Huraut doivent être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation des décisions implicites de refus de dérogation à l'arrêté n° 2019/220-ST du 11 juin 2019 portant interdiction de circulation aux véhicules de plus de 3,5 tonnes, sur la rue Huraut :
25. La commune de Villemonble en se bornant à rappeler, dans ses écritures de défense, les motifs en considération desquels elle a édicté l'interdiction de circulation aux véhicules de plus de 3,5 tonnes sur la rue Huraut, ne justifie pas des motifs en considération desquels elle a refusé d'accorder la dérogation sollicitée, à des heures déterminées et pour une période limitée aux travaux de construction. Dans ces conditions, la société Huraut or promotion est fondée à soutenir que les décisions rejetant implicitement ses demandes de dérogation sont entachées d'erreur d'appréciation.
26. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, les décisions par lesquelles le maire de Villemomble a implicitement rejeté les demandes de dérogation à l'interdiction de circulation édictée par l'arrêté n° 2019/220-ST du 11 juin 2019 doivent être annulées.
S'agissant des conclusions à fin d'indemnisation :
27. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 26 que la commune de Villemomble a commis une illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité.
28. En deuxième lieu, la SCCV Huraut or promotion soutient que les illégalités fautives lui ont causé, dès lors qu'elle a été dans l'impossibilité de réaliser son projet de construction, un préjudice financier constitué par la perte des investissements déjà réalisés et des dépenses exposées, et par le gain manqué correspondant à la perte du bénéfice attendu de l'opération immobilière projetée ainsi qu'un préjudice moral et un préjudice d'anxiété de ses dirigeants.
29. Pour établir ces préjudices, la SCCV Huraut Or Promotion produit un courrier de l'architecte du projet, dont les termes se bornent à indiquer que " tout autre moyen de construction avec des véhicules de livraisons ou d'évacuations plus petits () entrainera un accroissement des délais de construction de plusieurs mois ". Ainsi, la société requérante n'établit pas, comme le fait valoir la commune de Villemomble en défense, l'impossibilité pour elle de procéder à la construction du projet, alors qu'au surplus il résulte également des termes de ce courrier que la construction de l'immeuble est également soumise à une autorisation de voirie que la société requérante n'établit pas détenir. Dans ces conditions, la demande de la SCCV Huraut or promotion tendant à la réparation d'un préjudice financier, doit être écartée. Il en va de même, en l'absence de lien de causalité, de ses demandes présentées au titre de l'indemnisation de son préjudice moral, de la réparation de l'atteinte à son image, alors qu'il résulte de l'instruction qu'elle a été spécifiquement créée en vue de la réalisation de ce projet immobilier et du préjudice d'anxiété subi par ses dirigeants, personnes physiques qui ne sont d'ailleurs pas parties à l'instance.
30. Il résulte de ce qui a été dit aux points 27 à 29 que les conclusions indemnitaires de la SSCV Huraut or promotion doivent être rejetées.
S'agissant des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
31. Il résulte de l'instruction que le maire de Villemomble a par un arrêté du
30 mars 2023 refusé la demande de prorogation du délai de validité du permis de construire accordé à la société requérante le 23 octobre 2019 et la SCCV Huraut or promotion indique d'ailleurs que ce permis de construire est devenu caduc. Ce changement de circonstance fait ainsi obstacle à ce que le tribunal fasse droit aux conclusions à fin d'injonction et d'astreinte. Il y a lieu, par suite, de les rejeter.
S'agissant des frais d'instance :
32. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCCV Huraut Or Promotion, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Villemomble demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Villemomble une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SCCV Huraut Or Promotion et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement de la requête enregistrée sous le n° 2209199.
Article 2 : Les décisions implicites du maire de Villemomble refusant une dérogation à l'interdiction de circulation des véhicules de plus de 3,5 tonnes sur la rue Huraut édictée par l'arrêté n° 2019/220-ST du 11 juin 2019 sont annulées.
Article 3 : La commune versera à la SCCV Huraut Or Promotion la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions formulées par la commune de Villemomble au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes de la SCCV Huraut Or Promotion est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la SCCV Huraut Or Promotion et à la commune de Villemomble.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gauchard, président,
M. Guiral, conseiller,
Mme Lamlih, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2024.
La rapporteure,
D. Lamlih
Le président,
L. Gauchard La greffière,
S. Jarrin
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2, 2202990, 2206702 et 2209199
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026