vendredi 9 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2201289 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 9ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | ZINSOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 janvier 2022, M. A C et Mme B D, représentés par Me Zinsou, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser la somme de 9 800,31 euros en réparation des préjudices subis du fait de la destruction du véhicule de Mme D à la suite d'une mise en fourrière ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Ils soutiennent que :
- la responsabilité de l'Etat pour faute est engagée dès lors que le véhicule de Mme D ne pouvait être regardé comme abandonné en l'absence de mise en demeure préalablement à sa destruction et compte tenu de leurs nombreuses sollicitations auprès des services du commissariat et de la fourrière pour en obtenir la restitution ;
- la destruction du véhicule de Mme D leur a causé un préjudice financier d'un montant de 6 800,31 euros compte tenu de la valeur du véhicule et de leurs charges d'assurance ainsi qu'un préjudice moral qu'ils évaluent à la somme de 3 000 euros ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- aucune faute ne saurait être reprochée à l'Etat ; à supposer l'existence d'une telle faute, le comportement des requérants a largement contribué à la situation dont ils se plaignent ;
- les préjudices matériel et moral ne sont pas établis.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Jimenez en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jimenez, magistrate désignée ;
- et les conclusions de M. Combes, rapporteur public.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Le 26 juin 2021, M. C est arrêté par les services de police d'Epinay-sur-Seine au volant du véhicule automobile de sa compagne Mme D pour conduite sans permis français et défaut d'immatriculation française du véhicule. Après l'immobilisation du véhicule, les services de police ont procédé à son placement en fourrière. Le 28 juillet 2021, M. C et Mme D sont informés de sa destruction. Par un courrier du 23 novembre 2021, ils ont sollicité l'indemnisation de leurs préjudices auprès du préfet de la Seine-Saint-Denis. Cette demande est restée sans réponse.
Sur la faute :
2. Aux termes de l'article R. 325-12 du code de la route : " I.- La mise en fourrière est le transfert d'un véhicule en un lieu désigné par l'autorité administrative ou judiciaire en vue d'y être retenu jusqu'à décision de celle-ci, aux frais du propriétaire de ce véhicule () " ; Aux termes de l'article L. 325-1-2 du même code : " I.- Les officiers ou agents de police judiciaire peuvent, avec l'autorisation préalable donnée par tout moyen du représentant de l'Etat dans le département où l'infraction a été commise, faire procéder à titre provisoire à l'immobilisation et à la mise en fourrière du véhicule dont l'auteur s'est servi pour commettre l'infraction : 2° En cas de conduite d'un véhicule sans être titulaire du permis de conduire correspondant à la catégorie du véhicule considéré ; / () ". Aux termes de l'article L. 325-7 du code de la route dans sa version applicable à la date du dommage : " Sont réputés abandonnés les véhicules laissés en fourrière à l'expiration d'un délai de quinze jours à compter de la mise en demeure faite au propriétaire d'avoir à retirer son véhicule. () / La notification est valablement faite à l'adresse indiquée par le traitement automatisé mis en œuvre pour l'immatriculation des véhicules. () / Si le propriétaire ne peut être identifié, le délai précité court du jour où cette impossibilité a été constatée. Le délai prévu au premier alinéa est réduit à dix jours en ce qui concerne les véhicules estimés d'une valeur marchande insuffisante, compte tenu de leurs caractéristiques techniques, de leur date de première mise en circulation et, le cas échéant, des motifs de leur mise en fourrière s'il s'agit de ceux mentionnés au deuxième alinéa de l'article L. 325-1 et au troisième alinéa de l'article L. 325-12, dans les conditions fixées par arrêté conjoint du ministre chargé de la sécurité routière et du ministre chargé du domaine. / Les véhicules visés à l'alinéa précédent sont, à l'expiration du délai de dix jours, livrés à la destruction ". Aux termes de l'article R. 325-30 du même code : " I. - L'autorité dont relève la fourrière classe le véhicule dans l'une des deux catégories suivantes : () 2° Véhicule à livrer à la destruction, à l'expiration du délai d'abandon prévu au quatrième alinéa de l'article L. 325-7 ". Aux termes de l'article R. 325-31 dudit code : " La mise en fourrière est notifiée par l'auteur de la mesure ou, pour son compte, par le ministre chargé de la sécurité routière lorsque les données sont enregistrées dans le système d'information prévu à l'article R. 325-12-1 à l'adresse relevée, soit sur le traitement automatisé mis en œuvre pour l'immatriculation des véhicules, soit sur le procès-verbal d'infraction ou le rapport de mise en fourrière () ". Aux termes de l'article R.325-32 du code de la route : " I.- Cette notification s'effectue par lettre recommandée avec demande d'accusé de réception, dans le délai maximal de cinq jours ouvrables suivant la mise en fourrière du véhicule. / II.- Cette notification comporte les mentions obligatoires suivantes : / 1° Indication de l'auteur de la prescription, du motif de la prescription, de la fourrière désignée et de l'autorité dont relève cette fourrière ; / 2° Décision de classement prise en application de l'article R. 325-30 ; / 3° Autorité qualifiée pour donner mainlevée de la mise en fourrière ; / 3° bis Présentation par le propriétaire ou le conducteur, afin d'obtenir la décision de mainlevée, de l'attestation d'assurance prévue à l'article R. 211-14 du code des assurances couvrant le véhicule et du permis de conduire en cours de validité correspondant à la catégorie du véhicule concerné ; / 4° Injonction au propriétaire du véhicule, s'il est soumis à immatriculation, de remettre immédiatement, sous peine d'encourir l'amende prévue pour les contraventions de la quatrième classe, le certificat d'immatriculation à l'autorité qualifiée pour donner mainlevée de la mise en fourrière. / 5° Mise en demeure au propriétaire de retirer son véhicule avant l'expiration d'un délai : / a) De dix jours à compter de la date de notification pour un véhicule à livrer à la destruction ; / b) De quinze jours à compter de la date de notification pour un véhicule à remettre à l'administration chargée des domaines en vue de son aliénation ; / c) De sept jours à compter de la date de notification pour un véhicule ayant servi à commettre l'infraction prévue à l'article L. 236-1. / 6° Avertissement au propriétaire que son absence de réponse dans les délais impartis vaudra abandon de son véhicule et que ledit véhicule sera, dans les conditions prévues par décret, soit remis à l'administration chargée des domaines en vue de son aliénation, soit livré à la destruction ; () ".
3. M. C et Mme D soutiennent que la responsabilité de l'Etat pour faute est engagée dès lors que le véhicule de Mme D ne pouvait être regardé comme abandonné en l'absence de mise en demeure préalablement à sa destruction. Le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui ne conteste pas l'absence de mise en demeure, fait valoir qu'à défaut pour les requérants d'avoir procédé à l'enregistrement du véhicule dans le système d'immatriculation des véhicules, la destruction pouvait légalement intervenir sans information préalable des propriétaires. Toutefois, il ressort des dispositions précitées de l'article R. 325-31 du code de la route que la mise en fourrière doit être notifiée à l'adresse relevée " soit sur le traitement automatisé mis en œuvre pour l'immatriculation des véhicules, soit sur le procès-verbal d'infraction " et que cette notification comporte, à titre de mention obligatoire, la mise en demeure au propriétaire de retirer son véhicule avant l'expiration d'un délai de dix jours à compter de la date de notification pour un véhicule à livrer à la destruction. Il résulte de l'instruction que M. C a été arrêté par les services de police d'Epinay-sur-Seine au volant de la voiture de sa compagne, Mme D, pour conduite sans permis français et défaut d'immatriculation française du véhicule et qu'un procès-verbal d'infraction a été dressé, de sorte que l'adresse des requérants était nécessairement connue des services de fourrière. En l'absence de mise en demeure, ce véhicule ne pouvait être regardé comme étant abandonné en application des dispositions de l'article L. 325-7 du code de la route. Dans ces conditions, en procédant à la destruction du véhicule de la requérante sans qu'il soit en état d'abandon, le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'Etat.
Sur les préjudices :
4. En premier lieu, les requérants ne démontrent pas l'existence d'un préjudice moral résultant de la destruction du véhicule.
5. En deuxième lieu, le préjudice résultant du paiement de cotisations d'assurance est sans lien direct avec la destruction fautive du véhicule et ne saurait ouvrir droit à réparation.
6. En dernier lieu, s'agissant du préjudice financier résultant de la destruction du véhicule, M. C, qui n'est pas le propriétaire de l'automobile détruite n'est pas fondé à demander une quelconque réparation à ce titre. En revanche, il résulte de l'instruction, notamment de la facture d'achat du véhicule en date du 19 décembre 2019, que Mme D a acquis ce véhicule mis en circulation pour la première fois en 2004 pour un montant de 1 800 euros. Il sera fait une juste appréciation du préjudice matériel subi par Mme D du fait de la destruction de son véhicule en l'évaluant à la somme de 1 200 euros.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D est seulement fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 1 200 euros en réparation du préjudice matériel résultant de la destruction de son véhicule.
Sur les frais de l'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme D et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme D la somme de 1 200 euros en réparation du préjudice matériel résultant de la destruction de son véhicule.
Article 2 : L'Etat versera à Mme D la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. A C, à Mme B D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.
La magistrate désignée,
J. Jimenez
Le greffier,
C. Chauvey
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026