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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2201321

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2201321

lundi 4 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2201321
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCABINET F NAIM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 27 janvier 2022 et 20 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Naïm, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- n'étant pas résidant fiscal en France, il ne pouvait faire l'objet d'un examen fiscal de sa situation personnelle ;

- pour le même motif, il est imposable en France uniquement sur les loyers des biens immobiliers qu'il possède en France ;

- en application des articles 4 et 10 de la convention conclue le 27 novembre 1987 entre la République française et la République populaire du Congo, il doit être regardé comme un résident fiscal congolais et les dividendes perçus ne peuvent être imposés en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2023, le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 16 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention conclue le 27 novembre 1987 entre la République française et la République populaire du Congo en vue d'éviter les doubles impositions et de prévenir l'évasion fiscale en matière d'impôts sur le revenu, d'impôts sur les successions, de droits d'enregistrement et de droits de timbre ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tahiri,

- et les conclusions de Mme Nguër, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. A l'issue d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle, l'administration fiscale a estimé que M. B, ressortissant congolais, avait son domicile fiscal en France et l'a assujetti, au titre des années 2014 et 2015, à l'impôt sur le revenu, à la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et aux contributions sociales selon la procédure contradictoire pour les revenus de capitaux mobiliers et selon la procédure de taxation d'office prévue à l'article L. 69 du livre des procédures fiscales pour des revenus d'origine indéterminée. M. B demande au tribunal de prononcer la décharge de ces cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et de contributions sociales.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable aux impositions litigieuses : " Dans les conditions prévues au présent livre, l'administration des impôts peut procéder à l'examen contradictoire de la situation fiscale des personnes physiques au regard de l'impôt sur le revenu, qu'elles aient ou non leur domicile fiscal en France, lorsqu'elles y ont des obligations au titre de cet impôt ".

3. Il est constant qu'au titre des années 2014 et 2015, M. B avait en France des obligations au titre de l'impôt sur le revenu, ayant notamment déposé une déclaration de revenus dans laquelle il a mentionné, en ce qui concerne l'année 2014, des revenus imposables nuls, et en ce qui concerne l'année 2015, la somme de 14 575 euros en raison de revenus fonciers. Par suite, à supposer même qu'il n'aurait pas son domicile fiscal en France, l'administration pouvait régulièrement, au titre de ces années, procéder à l'examen de sa situation fiscale personnelle.

Sur le bien-fondé des impositions :

4. Si une convention bilatérale conclue en vue d'éviter les doubles impositions peut, en vertu de l'article 55 de la Constitution, conduire à écarter, sur tel ou tel point, la loi fiscale nationale, elle ne peut pas, par elle-même, directement servir de base légale à une décision relative à l'imposition. Par suite, il incombe au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative à une telle convention, de se placer d'abord au regard de la loi fiscale nationale pour rechercher si, à ce titre, l'imposition contestée a été valablement établie et, dans l'affirmative, sur le fondement de quelle qualification. Il lui appartient ensuite, le cas échéant, en rapprochant cette qualification des stipulations de la convention, de déterminer - en fonction des moyens invoqués devant lui ou même, s'agissant de déterminer le champ d'application de la loi, d'office - si cette convention fait ou non obstacle à l'application de la loi fiscale.

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

5. Aux termes de l'article 4 A du code général des impôts : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus " et le 1 de l'article 4 B du même code précise que : " Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A : / - a) Les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal () ".

6. Il résulte de l'instruction que M. B a acquis en 2012 un pavillon situé 14 bis rue Brenetière à Aulnay-sous-Bois, adresse correspondant à celle qu'il a mentionnée dans ses déclarations d'impôt sur le revenu établies au titre des années 2014 et 2015. Il résulte également des extraits d'actes de naissance que le requérant a produits qu'il a eu trois enfants avec Mme E C, né pour le premier en 2008 au Congo et pour les deux autres en 2010 et en 2014 en France, l'extrait d'acte de naissance établi en 2014 à la mairie du Blanc-Mesnil indiquant en outre que les deux parents sont domiciliés 14 bis rue Brenetière à Aulnay-sous-Bois et que Mme E C a acquis la nationalité française par naturalisation en mars 2018. En outre, le requérant précise dans ses écritures que les deux premiers enfants qu'il a eus avec Mme E C sont scolarisés en France. Par suite, alors même qu'il exerce son activité professionnelle au Congo, où résident les enfants qu'il a eus avec d'autres compagnes, nés entre 1995 et 2001 puis à compter de 2017, M. B doit être regardé, au cours de la période en cause, comme ayant son foyer et donc son domicile fiscal en France au sens des dispositions précitées. Dès lors, il est passible de l'impôt sur le revenu, à moins qu'il n'établisse son droit à se prévaloir de la convention conclue entre la France et la République populaire du Congo en vue d'éviter les doubles impositions.

En ce qui concerne l'application de la convention conclue entre la France et la République populaire du Congo en vue d'éviter les doubles impositions :

7. Aux termes de l'article 4 de la convention conclue le 27 novembre 1987 entre la France et la République populaire du Congo en vue d'éviter les doubles impositions et de prévenir l'évasion fiscale en matière d'impôts sur le revenu, d'impôts sur les successions, de droits d'enregistrement et de droits de timbre : " 1. Au sens de la présente Convention, l'expression " résident d'un Etat " désigne toute personne qui, en vertu de la législation de cet Etat, est assujettie à l'impôt dans cet Etat, en raison de son domicile, de sa résidence, de son siège de direction ou de tout autre critère de nature analogue. Toutefois, cette expression ne comprend pas les personnes qui ne sont assujetties à l'impôt dans cet Etat que pour les revenus de sources situées dans cet Etat. 2. Lorsque, selon les dispositions du paragraphe 1, une personne physique est un résident des deux Etats, sa situation est réglée de la manière suivante : a. Cette personne est considérée comme un résident de l'Etat où elle dispose d'un foyer d'habitation permanent ; si elle dispose d'un foyer d'habitation permanent dans les deux Etats, elle est considérée comme un résident de l'Etat avec lequel ses liens personnels et économiques sont les plus étroits (centre des intérêts vitaux) ; b. Si l'Etat où cette personne a le centre de ses intérêts vitaux ne peut pas être déterminé, ou si elle ne dispose d'un foyer d'habitation permanent dans aucun des Etats, elle est considérée comme un résident de l'Etat où elle séjourne de façon habituelle ; c. Si cette personne séjourne de façon habituelle dans les deux Etats ou si elle ne séjourne de façon habituelle dans aucun d'eux, elle est considérée comme un résident de l'Etat dont elle possède la nationalité ; d. Si cette personne possède la nationalité des deux Etats ou si elle ne possède la nationalité d'aucun d'eux, les autorités compétentes des Etats tranchent la question d'un commun accord () ".

8. Il résulte de ces stipulations que, lorsqu'une personne qui entre dans leur champ d'application a un foyer d'habitation permanent en France et au Congo, elle est imposable dans celui de ces deux Etats où elle a, en outre, le centre de ses intérêts vitaux ou bien, si ce centre est situé dans les deux Etats, dans celui où elle séjourne habituellement.

9. Il résulte de l'instruction qu'au cours de la période en litige, M. B était également assujetti au Congo à l'impôt sur le revenu des personnes physiques. Il pouvait donc être regardé comme résident de France et résident de la République du Congo, au sens de l'article 4, paragraphe 1, de la convention fiscale entre la France et le Congo. Dès lors que, comme il a été dit au point 6, son domicile fiscal, au sens de l'article 4 A du code général des impôts, se situe en France, il a également la qualité de résident français au sens de la convention. Il y a donc lieu de faire application des dispositions précitées du 2 de l'article 4 de celle-ci pour régler sa situation.

10. M. B étant propriétaire d'une habitation en France et au Congo, il peut être regardé comme disposant d'un foyer d'habitation permanent dans chacun des deux Etats. Si, au cours de la période en litige, il ressort des éléments rappelés au point 6 que ses liens personnels étaient plus étroits en France, ses liens économiques étaient quant à eux plus étroits avec le Congo où se trouve notamment le siège effectif de ses activités économiques, au travers des sociétés qu'il dirige et dont il perçoit l'essentiel des revenus dont il dispose. Il résulte toutefois de l'instruction que les dépenses relevées concernant ses consommations d'électricité, d'eau, de gaz et de téléphone attestent, au cours de la période en litige, d'une présence habituelle en France. Si le requérant fait valoir qu'il n'a résidé en France que 41 jours pendant les années 2014 et 2015, en produisant des billets d'avions confirmant sa présence en France du 1er au

8 septembre 2014, du 23 décembre 2014 au 9 janvier 2015 et du 10 au 24 août 2015 ainsi qu'un billet d'avion attestant seulement d'un trajet de Paris vers Brazzaville le 31 mai 2014, ces éléments ne suffisent pas à remettre en cause les éléments relevés par l'administration alors que l'intéressé ne produit pas la copie intégrale de son passeport et qu'il n'apporte aucune explication aux opérations constatées sur ses comptes bancaires en dehors des 41 jours de présence qu'il reconnait, tels qu'une remise de chèque effectuée le 2 juin 2015, le retrait par carte bancaire réalisé le 26 juin 2015, l'achat par carte bancaire constaté le 8 octobre 2015 ou encore, ainsi qu'il ressort de l'extrait d'acte de naissance produit, la reconnaissance de son enfant à la mairie de Villepinte le 26 mai 2014. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme ayant eu, au sens des stipulations du b) du 2 de l'article 4 de la convention conclue entre la France et le Congo, son lieu de séjour habituel en France et comme étant ainsi résident en France au sens de ces mêmes stipulations.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015, ainsi que des pénalités correspondantes. Par suite, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'il a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Charret, président,

Mme Tahiri et Mme D, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2024.

Le rapporteur,

S. Tahiri

Le président,

J. CharretLa greffière,

L. Valcy

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, et au ministre chargé du budget et des comptes publics, chacun en ce qui les concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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