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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2201808

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2201808

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2201808
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème chambre
Avocat requérantCOUHAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er février 2022 et le 28 septembre 2022, Mme A B, représentée par Mes Couhault et Capel, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles son foyer fiscal a été assujetti au titre des années 2007 et 2008 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- sa requête n'est pas tardive dès lors qu'elle n'a pas été destinataire des avis d'imposition ;

- elle ne pouvait faire l'objet d'une imposition commune avec son ancien époux, dont elle était séparé de biens et avec lequel elle ne vivait pas au cours des années en cause, et avec lequel elle a été autorisée à avoir une résidence séparée à compter du 27 mars 2008 et dont elle a en outre divorcé le 27 novembre 2008 ;

- la solidarité de paiement ne s'applique pas aux prélèvements sociaux ;

- elle ne peut être tenue au paiement de la majoration pour manquement délibéré qui tend à réprimer le comportement de son ancien époux ;

- les majorations et frais de la mise en demeure de payer les impositions litigieuses sont infondés.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 20 juillet 2022 et le 15 novembre 2023, le directeur chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la réclamation préalable du 23 décembre 2021 est tardive ;

-les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une lettre du 23 janvier 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité de la requête, en raison de la tardiveté de la réclamation préalable présentée, en admettant que les avis d'imposition portant sur les années 2007 et 2008 n'aient pas mentionné les voies et délais de recours, en tout état de cause postérieurement à l'expiration du délai prévu par l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales prolongé d'un an, à compter au plus tard de la décision du Conseil d'Etat n° 389842 du 31 mars 2017.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre,

- et les conclusions de M. Khiat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B et son ancien époux ont déclaré communément leurs revenus annuels jusqu'à ceux perçus au titre de la période du 1er janvier au 27 novembre 2008, date de leur divorce. A l'issue d'une vérification de comptabilité d'une société dont l'intéressé était dirigeant et associé majoritaire, ils se sont vu notifier des propositions de rectification en date du 20 décembre 2010 et portant sur l'année 2007 et du 18 mars 2011 et portant sur la période du 1er janvier au 27 novembre 2008, à la suite desquelles ont été émis à leur encontre des avis d'imposition complémentaire à l'impôt sur le revenu au titre de ces deux périodes. Mme B, ayant présenté le 16 décembre 2021 une réclamation préalable rejetée le 27 décembre 2021 suivant, demande au Tribunal la décharge de ces impositions.

2. Aux termes de l'article L. 54 A du livre des procédures fiscales : " () chacun des époux a qualité pour suivre les procédures relatives à l'impôt dû à raison de l'ensemble des revenus du foyer. Les déclarations, les réponses, les actes de procédure faits par l'un des conjoints ou notifiés à l'un d'eux sont opposables de plein droit à l'autre ". L'article L. 54 A du livre des procédures fiscales précité institue une présomption irréfragable de représentation mutuelle entre les personnes soumises à imposition commune pour la procédure de contrôle de l'impôt dû au titre des revenus perçus au cours de la période d'imposition commune. Lorsque deux personnes précédemment soumises à imposition commune font l'objet, alors qu'elles sont désormais soumises à imposition distincte, d'un contrôle au titre de leur période d'imposition commune, ces dispositions autorisent l'administration à ne conduire la procédure de contrôle ainsi engagée qu'avec l'une d'entre elles, qui bénéficie alors seule des droits et garanties afférents à cette procédure.

3. Aux termes de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : / a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement () ". Par ailleurs, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. Dans le cas où le recours juridictionnel doit obligatoirement être précédé d'un recours administratif, celui-ci doit être exercé, comme doit l'être le recours juridictionnel, dans un délai raisonnable. Le recours administratif préalable doit être présenté dans le délai prévu par les articles R. 196-1 ou R. 196-2 du livre des procédures fiscales, prolongé, sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le contribuable, d'un an. Dans cette hypothèse, le délai de réclamation court à compter de l'année au cours de laquelle il est établi que le contribuable a eu connaissance de l'existence de l'imposition.

4. Il résulte de l'instruction que les avis d'imposition litigieux ont été notifiés au plus tard à l'ancien époux de Mme B le 2 octobre 2013, date à laquelle l'intéressé a présenté une réclamation à leur encontre auprès de l'administration fiscale, qui a au demeurant été rejetée, de même que les recours contentieux de l'intéressé en dernier lieu par décision du Conseil d'Etat en date du 30 mars 2018. Dans ces conditions, à supposer que les avis d'imposition n'aient pas comporté la mention des voies et délais de recours et que les dispositions précitées du a de l'article 196-1 du livre des procédures fiscales ne s'opposent pas par elles-mêmes à la présentation d'un nouveau recours, dès lors que l'intéressé devait être regardé comme ayant eu au plus tard connaissance le 2 octobre 2013 de l'imposition litigieuse, il pouvait présenter une nouvelle réclamation au plus tard dans le délai raisonnable mentionné au point 3, soit dans le délai, prévu par l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales, prolongé d'un an, à compter au plus tard de la décision du Conseil d'Etat n° 389842 du 31 mars 2017, par laquelle le Conseil d'Etat a défini le délai raisonnable dans lequel doivent être présentées les recours administratifs en matière d'assiette. Dans ces conditions, il avait au plus tard jusqu'au 31 décembre 2020 pour présenter une nouvelle réclamation. Il résulte par ailleurs des dispositions de l'article L. 54 A du livre des procédures fiscales que le même délai était nécessairement opposable à la requérante, avec qui avait il avait ainsi qu'il a été dit communément déclaré les revenus au titre des périodes litigieuses. Dans ces conditions, la réclamation adressée par Mme B à l'administration fiscale le 16 décembre 2021 était tardive et n'avait pu lier le contentieux, de telle sorte que sa requête est irrecevable. Dès lors, sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de la requête, celle-ci doit rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 22 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Garzic, président,

Mme Syndique, première conseillère,

Mme Fabre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

La rapporteure,

A.-L. Fabre

Le président,

P. Le Garzic Le greffier,

S. Werkling

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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