mercredi 25 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2202161 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | BEKEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 février 2022, la société SARL Sen, représentée par Me Bekel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a fermé pour une durée de 38 jours l'établissement " Harmonie Café " qu'elle détient ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice financier qu'elle estime avoir subi du fait de la fermeture temporaire de son établissement ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision portant fermeture temporaire de son établissement est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits dès lors que les deux personnes présumées en situation de travail dissimulé n'ont pas été interrogées sur leur présence au sein de l'établissement " Harmonie Café " et que la gestion du café-bar ne nécessitait pas, à la date du contrôle des services de police, la présence de quatre serveuses ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la sanction prononcée est manifestement disproportionnée par rapport aux faits qui l'ont fondée ;
- elle méconnaît le principe non bis in idem.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir, d'une part, que les conclusions indemnitaires sont irrecevables dès lors qu'aucune décision liant le contentieux est née à la suite d'une demande indemnitaire préalable et, d'autre part, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, et notamment son préambule ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bernabeu ;
- les conclusions de Mme Parent, rapporteure publique.
La société SARL Sen et le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présents ni représentés.
Considérant ce qui suit :
1. La société SARL Sen exploite un café-bar sous l'enseigne " Harmonie Café " à Pantin. Lors d'un contrôle des services de police le 10 novembre 2021, il a été constaté que l'établissement " Harmonie Café " employait deux serveuses n'ayant pas fait l'objet d'une déclaration préalable à l'embauche. Après avoir eu connaissance du procès-verbal relevant une infraction prévue au 1° de l'article L. 8211-1 du code du travail, le préfet de la Seine-Saint-Denis a, par un courrier du 16 décembre 2021, informé la société SARL Sen de son intention de prononcer la fermeture administrative temporaire de l'établissement " Harmonie Café " et l'a invitée à présenter ses observations dans un délai de 15 jours. Par un arrêté du 31 janvier 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé la fermeture administrative de l'établissement précité pour une durée de 38 jours. Par la présente requête, la société SARL Sen demande l'annulation de cet arrêté et la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité de l'arrêté contesté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 8272-2 du code du travail : " Lorsque l'autorité administrative a connaissance d'un procès-verbal relevant une infraction prévue aux 1° à 4° de l'article L. 8211-1 ou d'un rapport établi par l'un des agents de contrôle mentionnés à l'article L. 8271-1-2 constatant un manquement prévu aux mêmes 1° à 4°, elle peut, si la proportion de salariés concernés le justifie, eu égard à la répétition ou à la gravité des faits constatés, ordonner par décision motivée la fermeture de l'établissement ayant servi à commettre l'infraction, à titre temporaire et pour une durée ne pouvant excéder trois mois. Elle en avise sans délai le procureur de la République [] ". Aux termes de l'article L. 8211-1 du code précité : " Sont constitutives de travail illégal, dans les conditions prévues par le présent livre, les infractions suivantes : 1° Travail dissimulé [] ". Aux termes de l'article L. 8221-5 du code précité : " Est réputé travail dissimulé par dissimulation d'emploi salarié le fait pour tout employeur : 1° Soit de se soustraire intentionnellement à l'accomplissement de la formalité prévue à l'article L. 1221-10, relatif à la déclaration préalable à l'embauche [] ". Aux termes de l'article R. 8272-8 du code du travail : " Le préfet tient compte, pour déterminer la durée de fermeture d'au plus trois mois du ou des établissements ayant servi à commettre l'infraction conformément à l'article L. 8272-2, de la nature, du nombre, de la durée de la ou des infractions relevées, du nombre de salariés concernés ainsi que de la situation économique, sociale et financière de l'entreprise ou de l'établissement ".
3. En premier lieu, il ressort de la lecture de l'arrêté litigieux que ce dernier, qui vise l'article L. 8272-2 du code du travail et fait état, lors du contrôle du 10 novembre 2021, de la présence de deux personnes en situation de travail n'ayant pas fait l'objet d'une déclaration préalable à l'embauche auprès des organismes de protection sociale, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, la société SARL Sen ne saurait sérieusement soutenir que la décision litigieuse serait fondée sur des faits matériellement inexacts dès lors qu'il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal du 3 décembre 2021, que son gérant a reconnu les faits sur lesquels le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé pour prononcer la sanction litigieuse et pour lesquels il a fait l'objet d'un rappel à la loi.
5. En troisième lieu, si la société requérante soutient que la durée retenue par le préfet est disproportionnée dès lors qu'elle n'a jamais fait l'objet d'une verbalisation pour une infraction à la législation du travail antérieurement à la sanction litigieuse, il résulte toutefois de l'instruction que deux des quatre serveuses contrôlées le 10 novembre 2021 n'avaient pas fait l'objet de déclarations préalables à l'embauche, sans qu'il soit possible d'établir la date à laquelle elles ont débuté leur emploi. Dans ces conditions, eu égard à la gravité des faits ainsi qu'à la proportion des salariées recrutées en méconnaissance de la législation du travail, la sanction litigieuse n'est pas disproportionnée au regard des faits pour lesquels elle a été prise.
6. En dernier lieu, l'avertissement du 16 décembre 2021 émis à l'encontre de la société requérante porte sur la législation relative aux débits de boisson et, plus exactement, sur la méconnaissance de l'interdiction de fumer dans les lieux affectés à un usage collectif. Il s'ensuit que cet avertissement, pris en application de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, qui n'est au demeurant pas une sanction administrative, porte sur des faits différents de ceux ayant justifié la sanction litigieuse. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas méconnu le principe de non bis in idem en la prononçant.
Sur les conclusions indemnitaires :
7. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. /Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
8. Il résulte de l'instruction que la société requérante n'a pas formé de demande indemnitaire préalable auprès du préfet de la Seine-Saint-Denis avant de présenter ses conclusions indemnitaires, demande susceptible de faire naître une décision liant le contentieux. Par suite, il y a lieu de faire droit à la fin de non-recevoir opposée par le préfet en défense et de rejeter, pour ce motif, les conclusions indemnitaires.
Sur les frais d'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de la société SARL Sen est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société SARL Sen et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Baffray, président,
M. Marias, premier conseiller,
M. Bernabeu, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.
Le rapporteur,
S. Bernabeu
Le président,
J.-F. Baffray
La greffière,
A. Macaronus
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
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01/06/2026