lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2202791 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | NICOLAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 février 2022 et 2 septembre 2022, Mme C E, agissant en qualité de représentante légale de Mme D F A, représentée par Me Nicolas, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2021 par laquelle le recteur de l'académie de Créteil a rejeté sa demande indemnitaire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en réparation du préjudice subi par Mme D F A du fait de sa carence fautive dans l'organisation du service public de l'enseignement public ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 9 décembre 2021 rejetant sa réclamation préalable a été signée par une autorité incompétente ;
- sa fille a été privée de 125 heures d'enseignement durant l'année scolaire 2018-2019 et cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- sa fille a subi un préjudice du fait des heures d'enseignement non assurées, dès lors qu'elle a été privée d'accompagnement et de connaissances nécessaires à son développement et à son épanouissement, qu'elle sera, tôt ou tard, amenée à se trouver être comparée avec des élèves ayant bénéficié d'un enseignement complet ou " moins amputé ", qu'elle a subi un retard dans son parcours scolaire et que ses efforts scolaires sont déconsidérés. Elle est ainsi bien fondée à demander l'allocation de la somme de 1 500 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2022, le recteur de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive et, comme telle, irrecevable ;
- en tout état de cause, les moyens de la requête sont mal fondés.
Par ordonnance du 14 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au
6 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier,
Vu :
- le code de l'éducation ;
- l'arrêté du 19 mai 2015 relatif à l'organisation des enseignements dans les classes de collège ;
- l'arrêté du 17 juillet 2017 fixant le calendrier scolaire de l'année 2018-2019 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Gauchard, vice-président, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gauchard,
- les conclusions de M. Terme, rapporteur public,
- et les observations de Me Nicolas, représentant M. B.
Le recteur de l'académie de Créteil n'était pas présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E dont la fille, D, était scolarisée en classe de sixième au collège Fabien de Saint-Denis au cours de l'année 2018-2019, a sollicité du ministre chargé de l'éducation nationale l'indemnisation du préjudice subi par son enfant en raison d'heures de cours non dispensées. Cette demande a été rejetée par une décision du recteur de l'académie de Créteil du
9 décembre 2021. Par la présente requête, elle demande la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 1 500 euros en réparation des préjudices subis par sa fille à raison de la carence fautive de l'Etat dans l'organisation du service public de l'enseignement public.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".
3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.
4. Pour soutenir que la requête de Mme E est tardive, le recteur de l'académie de Créteil se prévaut de trois accusés de réception d'envois recommandés, dont deux, adressés à des tiers, comportent des numéros différents de celui porté en en-tête de la décision rectorale du 9 décembre 2021 évoquée au point 1et le troisième, qui supporte un n ° AR 1A 192 474 4855 1, identique au numéro figurant en en-tête de ladite décision, doit seul être regardé comme correspondant au pli contenant ladite décision. Or, il est constant que ce dernier accusé de réception, s'il comporte une signature attestant de sa distribution effective, ne comporte aucune date. Partant, cet accusé de réception n'est pas de nature à faire preuve de la notification effective à Mme E, le 10 décembre 2021, comme le fait valoir le recteur, de la décision précitée du 9 décembre 2021. Ainsi, l'autorité administrative n'établit pas dans la présente instance la date à laquelle cette décision a été régulièrement notifiée à l'intéressée. Il suit de là que la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
5. La décision du 9 décembre 2021 a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de la requérante, qui, en formulant les conclusions sus-analysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 9 décembre 2021 ne peuvent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :
6. Aux termes de l'article L. 122-1-1 du code de l'éducation : " La scolarité obligatoire doit garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l'acquisition d'un socle commun de connaissances, de compétences et de culture, auquel contribue l'ensemble des enseignements dispensés au cours de la scolarité. Le socle doit permettre la poursuite d'études, la construction d'un avenir personnel et professionnel et préparer à l'exercice de la citoyenneté. Les éléments de ce socle commun et les modalités de son acquisition progressive sont fixés par décret, après avis du Conseil supérieur des programmes ". L'article D. 332-1 du même code dispose que : " Le collège accueille tous les élèves ayant suivi leur scolarité élémentaire. Il leur assure, dans le cadre de la scolarité obligatoire, la formation qui sert de base à l'enseignement secondaire et les prépare ainsi aux voies de formation ultérieures ". L'article D. 332-4 du même code prévoit que : " I. - Les enseignements obligatoires dispensés au collège se répartissent en enseignements communs à tous les élèves et en enseignements complémentaires définis par l'article L. 332-3. / Les programmes des enseignements communs, le volume horaire des enseignements communs et complémentaires, ainsi que les conditions dans lesquelles ce dernier peut être modulé par les établissements, sont fixés par arrêté du ministre chargé de l'éducation () ". L'arrêté du
19 mai 2015 visé ci-dessus fixe les volumes horaires des enseignements obligatoires dispensés au collège.
7. La mission d'intérêt général d'enseignement qui lui est confiée impose au ministre de chargé de l'éducation nationale l'obligation légale d'assurer l'enseignement de toutes les matières obligatoires inscrites aux programmes d'enseignement tels qu'ils sont définis par les dispositions législatives et réglementaires en vigueur selon les horaires réglementaires prescrits. Le manquement à cette obligation légale qui a pour effet de priver, en l'absence de toute justification tirée des nécessités de l'organisation du service, un élève de l'enseignement considéré pendant une période appréciable, est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État.
8. D'une part, si Mme E soutient que sa fille a été privée de 125 heures d'enseignement au cours de l'année scolaire 2018-2019, elle ne produit aucune pièce au soutien d'une telle allégation. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas que sa fille a été privée d'heures d'enseignement en 2018-2019.
9. D'autre part, les observations de défense du recteur de l'académie de Créteil selon lesquelles la fille de la requérante a été privée, en 2018-2019, de 46 heures d'enseignement, en ce compris des enseignements non obligatoires, ne permettent pas de tenir pour établi que Mme D F A aurait, au cours de ladite année scolaire, été privée, globalement, d'enseignements obligatoires pendant une période appréciable au sens de ce qui a été dit point 4. Toutefois, selon les propres écritures du recteur, Mme D F A a notamment été privée de 13 heures d'enseignements en arts plastiques. Or, il résulte de la combinaison des dispositions des arrêtés des 19 mai 2015 et 17 juillet 2017 susvisés que le volume horaire annuel d'enseignement obligatoire dans cette matière en classe de sixième s'établit à 36 heures. Ainsi il résulte de l'instruction que la fille de la requérante a été privée de plus du tiers de cet enseignement obligatoire, ce qui constitue une période appréciable au sens et pour l'application de la règle rappelée au point 4. Dans ces conditions, en l'absence de toute justification tirée des nécessités de l'organisation du service et alors que l'autorité administrative ne peut utilement faire valoir qu'elle aurait accompli toutes les diligences pour pallier les absences des enseignants, le manquement à l'obligation légale d'assurer l'enseignement de toutes les matières obligatoires inscrites aux programmes d'enseignement est, en l'espèce, constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État. Il sera fait une juste appréciation du préjudice de la fille de la requérante résultant de ce qu'elle a été privée d'accompagnement et de connaissances nécessaires à son développement personnel et intellectuel en arts plastiques en allouant à Mme E une somme de 150 euros.
Sur le surplus :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat versera à Mme E une somme de 150 euros en réparation des préjudices de Mme D F A.
Article 2 : L'Etat versera à Mme E une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E et à la ministre de l'éducation et de la jeunesse.
Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Créteil.
Délibéré après l'audience du 29 avril 2024,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.
Le magistrat désigné,
L. Gauchard
La greffière,
D. Bakouma
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026