lundi 4 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2203800 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET TARAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 9 mars 2022 et 8 septembre 2023, M. D B et Mme A E, représentés par Me Taran, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à la charge de Mme E au titre des années 2015 et 2016 ;
2°) de condamner l'Etat à lui rembourser les sommes correspondantes, assorties des intérêts moratoires ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la requête n'est pas tardive, la décision rejetant leur réclamation du 8 décembre 2021 ne comportant pas la mention des délais et voies de recours ;
- les sommes en litige ne pouvaient être réclamées à Mme E, son mariage avec M. B ayant été célébré à l'étranger sans être transcrit en France ; en outre, l'article 4 de la convention de la Haye du 14 mars 1978 trouve à s'appliquer et, en vertu de la loi algérienne, le régime qui leur est applicable est celui de la séparation de biens ;
- à titre subsidiaire, Mme E n'est pas redevable de la somme de 12 899 euros correspondant aux prélèvements sociaux et majorations afférentes puisqu'ils procèdent de revenus réputés distribués à M. B et que ces prélèvements ne sont dus que par l'époux bénéficiaire des revenus ; en outre, l'article 1691 bis du code général des impôts ne prévoit aucune solidarité en matière de paiement des prélèvements sociaux.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 août 2023 et 19 septembre 2023, le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable puisque le courrier du 8 décembre 2021 s'analyse comme une demande de remise gracieuse ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 8 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention du 14 mars 1978 sur la loi applicable aux régimes matrimoniaux ;
- le code civil ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de Mme Nguër, rapporteure publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La société AM BAT, dont M. B est le gérant et l'associé à 50 %, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité de ses exercices clos en 2015 et en 2016, faisant apparaitre une insuffisance de bénéfice de 51 080 euros correspondant à des revenus distribués à
M. B, regardé comme seul maître de l'affaire. Par une proposition de rectification du
18 juillet 2018 tirant les conséquences de cette vérification, l'administration a mis à la charge de M. B et Mme E, son épouse, des suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales en application du 1° de l'article 109-1 du code général des impôts. Pour obtenir le recouvrement de ces impositions, le comptable du pôle de recouvrement spécialisé de Seine-Saint-Denis a notifié à Mme B un avis à tiers détenteur le 4 novembre 2021. Par un courrier du 8 décembre 2021, adressé au pôle de recouvrement spécialisé de Seine-Saint-Denis, M. B a sollicité la main levée de la saisie bancaire opérée sur les comptes de Mme B, en contestant la prise en compte de son mariage non transcrit en France, ainsi que la mise en place d'un échéancier. Par leur requête, M. B et Mme E demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à leur charge au titre des années 2015 et 2016.
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 du code général des impôts : " 1. Chaque contribuable est imposable à l'impôt sur le revenu, tant en raison de ses bénéfices et revenus personnels que de ceux de ses enfants et des personnes considérés comme étant à sa charge au sens des articles 196 et 196 A bis.() / Sauf application des dispositions du 4 et du second alinéa du 5, les personnes mariées sont soumises à une imposition commune pour les revenus perçus par chacune d'elles et ceux de leurs enfants et des personnes à charge mentionnés au premier alinéa ; cette imposition est établie au nom de l'époux, précédée de la mention " Monsieur ou Madame ". () / 4. Les époux font l'objet d'impositions distinctes : a. Lorsqu'ils sont séparés de biens et ne vivent pas sous le même toit ; ()".
3. D'autre part, l'article 171-1 du code civil dispose : " Le mariage contracté en pays étranger entre Français, ou entre un Français et un étranger, est valable s'il a été célébré dans les formes usitées dans le pays de célébration et pourvu que le ou les Français n'aient point contrevenu aux dispositions contenues au chapitre Ier du présent titre. () " et aux termes de l'article 171-5 du même code : " Pour être opposable aux tiers en France, l'acte de mariage d'un Français célébré par une autorité étrangère doit être transcrit sur les registres de l'état civil français. En l'absence de transcription, le mariage d'un Français, valablement célébré par une autorité étrangère, produit ses effets civils en France à l'égard des époux et des enfants. () ".
4. Les requérants font valoir qu'ils auraient dû faire l'objet d'une imposition distincte dès lors qu'ils se sont mariés en Algérie et que ce mariage n'a pas produit d'effet à l'égard de l'administration fiscale faute d'avoir été transcrit en France. Toutefois, étant tous deux de nationalité algérienne, ils ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions précitées du code civil qui régissent uniquement la situation des ressortissants français ayant célébré leur mariage à l'étranger. En outre, s'ils soutiennent être soumis au régime matrimonial de la séparation de biens prévu par la loi algérienne qui leur serait seule applicable en vertu de la convention de la Haye du 14 mars 1978 sur la loi applicable aux régimes matrimoniaux, les requérants ne contestent pas résider ensemble et avoir établi des déclarations mentionnant leurs deux noms en cochant la case " marié " figurant sur leurs déclarations. Par suite, alors même qu'ils seraient séparés de biens, ils ne remplissent pas les conditions cumulatives précitées prévues à l'article 6, 4-a du code général des impôts, tenant au mariage sous le régime de la séparation de biens et à l'absence de vie commune, pour que les époux puissent faire l'objet d'impositions distinctes à l'impôt sur le revenu. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration fiscale a pris en compte leur mariage.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale dans sa rédaction applicable au litige : " I.-Les personnes physiques fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts sont assujetties à une contribution sur les revenus du patrimoine assise sur le montant net retenu pour l'établissement de l'impôt sur le revenu () / III.- La contribution portant sur les revenus mentionnés aux I à II, à l'exception du e bis du I, est assise, contrôlée et recouvrée selon les mêmes règles et sous les mêmes sûretés, privilèges et sanctions que l'impôt sur le revenu. () ". Aux termes de l'article 1600-0 C du code général des impôts : " La contribution sociale généralisée sur les revenus du patrimoine est établie, contrôlée et recouvrée conformément aux dispositions de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article 15 de l'ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Il est institué une contribution perçue à compter de 1996 et assise sur les revenus du patrimoine définis au I de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale () II. - La contribution est mise en recouvrement et exigible en même temps, le cas échéant, que la contribution sociale instituée par l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale () ". Aux termes de l'article 1600-0 G du code général des impôts : " La contribution pour le remboursement de la dette sociale assise sur les revenus du patrimoine est établie, contrôlée et recouvrée conformément à l'article 15 de l'ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale ". Aux termes de l'article 1600-0 F bis du code général des impôts, alors applicable : " I. - Le prélèvement social sur les revenus du patrimoine est établi conformément aux dispositions de l'article L. 245-14 du code de la sécurité sociale () ". Aux termes de l'article 1600-0 S du code général des impôts, alors applicable : " I. - Il est institué : / 1° Un prélèvement de solidarité sur les revenus du patrimoine mentionnés à l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale ; () / II. - Le prélèvement de solidarité mentionné au 1° du I est assis, contrôlé et recouvré selon les mêmes règles et sous les mêmes sûretés, privilèges et sanctions que la contribution mentionnée à l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale. () ".
6. Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu'en prévoyant, au III de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale, que la contribution sur les revenus du patrimoine est assise selon les mêmes règles que l'impôt sur le revenu, le législateur a rendu applicable à cette contribution sociale, ainsi qu'à celles qui sont mentionnées par les autres dispositions citées au point précédent, le principe de l'imposition commune entre époux prévu par l'article 6 du code général des impôts. Par suite, il n'y a pas lieu de distinguer entre les revenus des deux époux et Mme E pouvait faire l'objet d'une imposition commune à ces contributions avec M. B.
7. Enfin, les requérants ne sauraient utilement se prévaloir des dispositions de l'article 1691 bis du code général des impôts dans le cadre du présent litige relatif au bien-fondé de l'impôt, dès lors que ces dispositions, qui instituent une obligation solidaire de paiement entre époux, ne peuvent être valablement invoquées que dans le cadre d'un contentieux de recouvrement.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les requérants ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016. Par suite, leurs conclusions à fin de décharge doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'ils présentent au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Enfin, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme demandée par l'administration au titre des frais exposés au cours de l'instance et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B et E est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administratives sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et Mme A E et au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Charret, président,
Mme C et Mme F, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2024.
Le rapporteur,
S. C
Le président,
J. CharretLa greffière,
L. Valcy
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie et au ministre chargé du budget et des comptes publics en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026