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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2203840

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2203840

mercredi 29 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2203840
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCP PIWNICA MOLINIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 mars, 27 juillet et

23 septembre 2022, la fondation Jérôme Lejeune, représentée par Me Hourdin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 octobre 2021 par laquelle l'Agence de la biomédecine a renouvelé, pour une durée de cinq ans, l'autorisation accordée à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (CHU de Nantes, Structure fédérative de Recherche François Bonamy) pour mettre en œuvre, sous la responsabilité du professeur C A, un protocole de recherche sur l'embryon humain et les cellules souches embryonnaires humaines (CSEh) ayant pour finalité l'étude de la dérivation de nouveaux types de CSEh et de la comparaison de leur métabolisme avec les CSEh WA-01 et WA-09 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'est pas signée ;

- il n'est pas établi que cette décision ait été précédée de l'avis du conseil d'orientation prévu par les dispositions de l'article R. 2151-1 du code de la santé publique ;

- la décision attaquée, qui est rédigé de manière stéréotypée, ne satisfait pas à l'obligation posée par les dispositions de l'article L. 211-3 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les mentions de la décision attaquée et les différents rapports produits en défense dont beaucoup de formules sont stéréotypées et non étayées ne peuvent suffire à établir que, conformément aux dispositions de l'article R. 2151-2 du code de la santé publique, l'agence a effectué une inspection dans les locaux et s'est assurée que l'équipe de recherche serait à même de pouvoir mettre en œuvre le protocole de recherche, que les moyens financiers étaient réunis pour assurer la réalisation du projet et que la pérennité du projet était assurée ;

- la procédure est irrégulière au regard des dispositions du III de l'article L. 2151-5 du code de la santé publique et de la charte de déontologie approuvé par le décret n° 2013-413 du 21 mai 2013 dès lors que l'agence ne produit pas les formulaires de déclaration d'intérêts des experts, ce qui ne permet pas vérifier le respect du principe d'indépendance des experts et l'absence de conflit d'intérêts avec les membres de l'équipe de recherche ; les déclarations publiques d'intérêts, qui ont été créées les 19 août et 2 septembre 2022, ont été établies pour les besoins de la cause ;

- cette décision méconnaît les dispositions des 1° et 3° du I de l'article L. 2151-5 du code de la santé publique.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 juillet et 7 septembre 2022, l'Agence de la biomédecine, représentée par la SCP Piwnica et Molinié, avocats aux Conseils, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la fondation Jérôme Lejeune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée et de la méconnaissance des dispositions du III de l'article L. 2151-5 du code de la santé publique prévoyant que l'agence diligente des inspections comprenant un ou des experts n'ayant aucun lien avec l'équipe de recherche sont inopérants ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale qui n'a pas présenté de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2013-413 du 21 mai 2013 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Guiral,

- les conclusions de M. B,

- et les observations de Me Hourdin, représentant Fondation Jérôme Lejeune, et celles de Me De Cenival, représentant l'Agence de la biomédecine.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 4 octobre 2021, l'Agence de la biomédecine a renouvelé, pour une durée de cinq ans, l'autorisation accordée à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (CHU de Nantes, Structure fédérative de Recherche François Bonamy) en vue de mettre en œuvre, sous la responsabilité du professeur C A, un protocole de recherche sur l'embryon humain et les cellules souches embryonnaires humaines (CSEh) ayant pour finalité l'étude de la dérivation de nouveaux types de CSEh et de la comparaison de leur métabolisme avec les CSEh WA-01 et WA-09. La fondation Jérôme Lejeune demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision attaquée a été signée par Mme D E, directrice générale de l'Agence de la biomédecine. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse ne comporterait pas, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, la signature de son auteur doit être écarté comme manquant en fait.

3. Les dispositions de l'article L. 2151-5 du code de la santé publique, dans leur rédaction applicable, prévoient qu'aucune recherche sur l'embryon humain ne peut être entreprise sans autorisation et fixent les critères de délivrance de cette autorisation. Ainsi, la décision par laquelle l'Agence de la biomédecine délivre cette autorisation ne constitue pas une dérogation à des règles générales fixées par la loi ou le règlement au sens des dispositions de l'article L. 211-3 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, une telle décision n'entre dans aucune des catégories de décisions devant être motivées en application de l'article L. 211-2 du même code, et aucune disposition du code de la santé publique, ni aucun principe général, n'impose une telle obligation. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté comme inopérant. Au demeurant, la décision attaquée, qui énonce les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

4. Il ressort des pièces du dossier que le conseil d'orientation de l'agence a émis un avis favorable au projet de recherche en cause lors de sa délibération du 16 septembre 2021. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure faute d'avoir été précédée d'un tel avis, en méconnaissance de l'article R. 2151-1 du code de la santé publique, doit être écarté comme manquant en fait.

5. Aux termes de l'article L. 1451-1 du code de la santé publique, dans sa version applicable : " I. - Les membres () des instances collégiales, des commissions, des groupes de travail et conseils des autorités et organismes mentionnés aux articles ()

L. 1418-1 () du présent code () sont tenus, lors de leur prise de fonctions, d'établir une déclaration d'intérêts () ". L'article L. 1452-2 du même code dispose : " Une charte de l'expertise sanitaire, approuvée par décret en Conseil d'Etat, s'applique aux expertises réalisées dans les domaines de la santé et de la sécurité sanitaire à la demande du ministre chargé de la santé ou à la demande des autorités et des organismes mentionnés au I de l'article L. 1451-1. Elle précise les modalités de choix des experts, le processus d'expertise et ses rapports avec le pouvoir de décision, la notion de lien d'intérêts, les cas de conflit d'intérêts, les modalités de gestion d'éventuels conflits et les cas exceptionnels dans lesquels il peut être tenu compte des travaux réalisés par des experts présentant un conflit d'intérêts ". La charte prévue par ces dispositions a été approuvée par décret du 21 mai 2013. Elle prévoit notamment au 4ème alinéa de son I : " L'organisme chargé de la réalisation de l'expertise s'assure que les experts retenus disposent des compétences, de l'expérience ainsi que de l'indépendance nécessaires pour réaliser les travaux d'expertise demandés, en s'appuyant notamment sur l'analyse de leurs curriculums vitae, de leurs compétences professionnelles, de leurs productions scientifiques et de leurs déclarations d'intérêts. Un expert ne doit pas accepter une mission pour laquelle il n'est pas ou ne s'estime pas être compétent, ou pour laquelle il n'est pas ou n'estime pas être suffisamment indépendant au regard de l'objet de l'expertise ". Elle dispose au A de son III : " La notion de lien d'intérêts recouvre les intérêts ou les activités, passés ou présents, d'ordre patrimonial, professionnel ou familial, de l'expert en relation avec l'objet de l'expertise qui lui est confiée. / Les liens d'intérêts que l'organisme chargé de la réalisation de l'expertise demande aux experts de déclarer sont détaillés dans le document type de la déclaration publique d'intérêts prévu par l'article R. 1451-2 du code de la santé publique. / Un conflit d'intérêts naît d'une situation dans laquelle les liens d'intérêts d'un expert sont susceptibles, par leur nature ou leur intensité, de mettre en cause son impartialité ou son indépendance dans l'exercice de sa mission d'expertise au regard du dossier à traiter ".

6. La fondation requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions du quatrième alinéa du III de l'article L. 2151-5 du code de la santé publique, lesquelles, relatives aux inspections réalisées par l'Agence de la biomédecine après qu'une autorisation de recherche a été accordée aux fins de vérifier le respect de ladite autorisation, ne régissent pas les conditions d'instruction des demandes d'autorisation de recherche. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des déclarations publiques d'intérêts produites par l'agence en défense, que les deux experts ayant établi les rapports des 3 et 6 août 2021 seraient liés, de quelque manière que ce soit, avec les membres de l'équipe de recherche dirigée par le professeur C A. La fondation Jérôme Lejeune ne fait d'ailleurs elle-même état d'aucun conflit d'intérêts ni n'apporte aucun élément susceptible de faire douter de l'indépendance desdits experts. Elle ne saurait enfin sérieusement soutenir que ces déclarations publiques d'intérêts, signées les 28 mai et 5 juillet 2021 par les deux experts, auraient été établies pour les besoins de la cause au seul motif que les dates de création et de modification qui figurent dans les propriétés des documents versés aux débats sous le format " .pdf " seraient postérieures à la date de signature des déclarations en cause. Ces éléments, qui ne font qu'attester la date de création et de modification de ces fichiers informatiques au format " .pdf " en vue de leur production à l'instance, ne sauraient révéler le caractère insincère desdites déclarations ni, en tout état de cause, l'existence d'un conflit d'intérêt. Par suite, le moyen tiré du défaut d'indépendance et d'impartialité des experts doit être écarté.

7. Aux termes de l'article R. 2151-2 du code de la santé publique alors applicable : " Outre la vérification des conditions fixées à l'article L. 2151-5, l'agence de la biomédecine s'assure de la faisabilité du protocole et de la pérennité de l'organisme et de l'équipe de recherche. Elle prend en considération les titres, diplômes, expérience et travaux scientifiques du responsable de la recherche et des membres de l'équipe. En outre, l'agence de la biomédecine tient compte des locaux, des matériels, des équipements ainsi que des procédés et techniques mis en œuvre par le demandeur. Elle évalue les moyens et dispositifs garantissant la sécurité, la qualité et la traçabilité des embryons et des cellules souches embryonnaires ".

8. Le rapport de la mission d'inspection du 30 juin 2021 sur les conditions matérielles et techniques, qui, notamment, décrit, de manière précise et détaillée, les locaux, les matériels, les équipements et les procédés mis en œuvre par l'équipe de recherche à laquelle l'autorisation est délivrée par la décision litigieuse, permet de tenir pour établi que, contrairement à ce qui est soutenu par la fondation, une visite d'inspection a été effectuée. Il ressort en outre des pièces du dossier, notamment de la motivation de la décision attaquée et des rapports d'expertise scientifique des 3 et 6 août 2021, du rapport de la mission d'inspection précité et des rapports d'instruction des 4 et 10 septembre 2021, dont le contenu n'est aucunement stéréotypé, que l'agence a vérifié, outre les conditions fixées à l'article L. 2151-5, la faisabilité du protocole ainsi que la pérennité de l'équipe de recherche, au regard notamment des titres, des diplômes, de l'expérience de l'ensemble de l'équipe de recherche, de leurs travaux scientifiques et des conditions de financement du projet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 2151-2 doit être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 2151-5 du code de la santé publique, dans sa rédaction issue de la loi n° 2021-1017 du 2 août 2021 relative à la bioéthique : " I.-Aucune recherche sur l'embryon humain ne peut être entreprise sans autorisation. Un protocole de recherche conduit sur un embryon humain ne peut être autorisé que si : 1° La pertinence scientifique de la recherche est établie ; / () / 3° En l'état des connaissances scientifiques, cette recherche ne peut être menée sans recourir à des embryons humains ". Il résulte de ces dispositions que l'autorisation par l'Agence de la biomédecine d'un protocole de recherche conduit sur un embryon humain est subordonnée à la satisfaction de l'ensemble des conditions posées au I de l'article L. 2151-5 du code de la santé publique. Chacune de ces conditions est distincte des autres, sa portée devant cependant être appréciée au vu de l'objectif poursuivi par le législateur. La condition, figurant au 1° de ce I, selon laquelle la pertinence scientifique de la recherche doit être établie, impose que l'utilité d'entreprendre la recherche et sa qualité scientifique, notamment méthodologique, soient établies. Elle ne se confond pas avec la condition, figurant au 3° de ce I, selon laquelle la recherche ne doit pas pouvoir, en l'état des connaissances scientifiques, être menée sans recourir à des embryons, qui comporte la vérification du moment et de l'étendue du recours projeté par le protocole à l'embryon humain, ce recours devant être différé et limité autant qu'il demeure scientifiquement pertinent de le faire.

10. Il ressort des termes de la décision attaquée que le protocole de recherche en cause, qui est en lien direct avec les résultats obtenus dans le cadre de la précédente autorisation, inclut la dérivation de nouvelles cellules, à savoir les cellules souches trophoblastiques (à l'origine du placenta) et les cellules souches de l'endoderme primitif (à l'origine de la vésicule vitelline), ainsi que l'analyse métabolique et transcriptomique de ces cellules. L'objectif poursuivi est d'obtenir des lignées de CSEh qui aient conservé, dans la mesure du possible, les propriétés des cellules pluripotentes du bouton embryonnaire (ou cellules de l'épiblaste), soit en dérivant de nouvelles lignées de CSEh à partir d'embryons, soit en tentant de reprogrammer ou de convertir des CSEh ou des iPS pour " Induced pluripotent stem ", c'est-à-dire des cellules souches pluripotentes induites, " amorcées ", en cellules " naïves ".

11. La fondation requérante, qui conteste la pertinence scientifique du projet en cause, soutient que la nécessité de procéder à la dérivation d'une lignée de CSEh depuis de nouveaux embryons et de poursuivre la comparaison des lignées de CSEh avec les lignées WA01 et WA09 et les iPS ne serait pas démontrée. Il ressort des pièces du dossier, notamment des rapports d'expertise et d'instruction cités plus haut dont le contenu scientifique n'est pas contesté, que le protocole en cause s'inscrit dans la continuité du projet autorisé le 2 novembre 2015. Alors même que l'ensemble des objectifs n'a pas été atteint, ce projet a donné des résultats concluants en ce que l'équipe de recherche a réussi, ce que ne conteste pas la fondation, à dériver et à mettre en culture des cellules pluripotentes à l'état naïf à l'aide de molécules chimiques inhibitrices et à obtenir, par reprogrammation cellulaire, des cellules souches trophoblastiques dont la caractérisation a montré qu'elles correspondaient à l'équivalent de cellules à l'état post-implantatoire. Le rapport d'expertise du 3 août 2021, qui souligne, comme l'ensemble des autres rapports précités, la pertinence scientifique du projet portée par le professeur C A, précise à cet égard qu'obtenir des CESh du trophectoderme reste tout à fait pertinent et permettrait d'avoir un modèle cellulaire complémentaire permettant de mieux comprendre le développement de ce lignage essentiel à l'embryon. Ce même document relève également l'importance de l'analyse des données transcriptomiques sur la connaissance des voies de signalisation actives dans l'embryon. Dans ces conditions, le protocole de recherche litigieux, qui présente une pertinence scientifique, remplit la condition prévue au 1° du I de l'article L. 2151-5 du code de la santé publique. La circonstance alléguée à cet égard par la fondation que la décision attaquée ne mentionne pas le nombre d'embryons utilisés ne permet pas utilement de remettre en cause la pertinence scientifique de la recherche en cause au sens du 1° du I de l'article L. 2151-5 du code de la santé publique. Au demeurant, ainsi que le précisent le rapport d'expertise du 6 août 2021 et le rapport d'instruction du 4 septembre 2021, le protocole de recherche prévoit l'utilisation d'environ 100 embryons.

12. La fondation requérante expose, pour contester l'utilisation d'embryons humains, que la décision querellée autorise deux méthodes différentes qui ne sont pas équivalentes et que la technique de reprogrammation constitue une alternative scientifique permettant de limiter le recours aux embryons humains. Il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment des rapports d'expertise et d'instruction cités plus haut, qu'en l'absence de modèle reflétant le développement embryonnaire humain, la recherche envisagée ne peut être menée que sur des embryons humains. Par ailleurs, s'il est effectivement prévu dans le cadre du protocole de reprogrammer des iPS " amorcées ", cette technique ne peut pas, ainsi que le précise unanimement l'ensemble des rapports, non contestés sur ce point, se substituer totalement à la recherche sur l'embryon humain et les CESh. Il résulte à cet égard des pièces du dossier, et plus particulièrement du rapport d'expertise du 3 août 2021, que, si l'équipe de recherche, pour limiter l'utilisation d'embryons, projette de recourir à des cellules somatiques reprogrammées et à des cellules embryonnaires souches naïves déjà importées pour mettre au point un nouveau protocole de dérivation de cellules du trophectoderme ou de nouvelles cellules naïves, l'utilisation d'embryons reste nécessaire. En effet, comme le mentionne le rapport d'expertise du 3 août 2021, les cellules souches du trophectoderme obtenues directement à partir d'embryons peuvent être différentes de celles qui seraient obtenues en reprogrammant des cellules souches pluripotentes et les modifications des conditions de culture en vue d'obtenir des cellules pluripotentes naïves doivent être testées à partir d'embryons afin d'obtenir des cellules avec un nombre de passages peu élevé. Le protocole en cause fixe en outre, ainsi qu'il a été dit ci-dessus et contrairement à ce qui est soutenu, le nombre d'embryons que prévoit d'utiliser l'équipe de recherche. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le recours aux embryons humains ne serait pas aussi limité qu'il est scientifiquement pertinent de le faire.

13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 9 à 12 que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du 1° et 3° de l'article L. 2151-5 du code de la santé publique doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la fondation Jérôme Lejeune n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 4 octobre 2021 de l'Agence de la biomédecine.

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est la partie perdante, la somme demandée par la fondation Jérôme Lejeune au titre des frais qu'elle a exposés dans la présente instance. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la fondation requérante le versement à l'agence d'une somme de 1 500 euros au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la fondation Jérôme Lejeune est rejetée.

Article 2 : La fondation Jérôme Lejeune versera à l'Agence de la biomédecine la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la fondation Jérôme Lejeune, à l'Agence de la biomédecine et à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Gauchard, président,

- Mme Caron-Lecoq, première conseillère,

- M. Guiral, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.

Le rapporteur,

S. Guiral

Le président,

L. Gauchard

La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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