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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204046

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204046

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204046
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation9ème chambre
Avocat requérantRAYMONDJEAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I/ Par une requête, enregistrée le 14 mars 2022 sous le n° 2204046, la société Challancin Accueil et Services, représentée par Me Raymondjean, demande au tribunal d'annuler la décision du 17 février 2022 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a prononcé à son encontre un avertissement et une pénalité de 1 000 euros.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- plusieurs des manquements qui lui sont reprochés étaient régularisés à la date à laquelle la CLAC puis la CNAC ont statué ;

- la décision attaquée est entachée d'inexactitude matérielle des faits dès lors que les opérations de contrôle réalisées par la délégation territoriale Nord du CNAPS sont insuffisantes et ne permettent pas de démontrer les manquements allégués et leur imputabilité à la société Challancin Accueil et Services ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que les deux hôtesses d'accueil, dont les missions ont été contrôlées par le CNAPS, ne peuvent être regardées comme ayant exercé des activités de surveillance et de gardiennage au sens de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2022, le CNAPS conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.

II/ Par une requête enregistrée le 14 mars 2022, sous le n° 2204056, Mme B A, représentée par Me Raymondjean, demande au tribunal d'annuler la décision du 17 février 2022 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a prononcé à son encontre un avertissement.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- plusieurs des manquements qui lui sont reprochés étaient régularisés à la date à laquelle la CLAC puis la CNAC ont statué ;

- la décision attaquée est entachée d'inexactitude matérielle des faits dès lors que les opérations de contrôle réalisées par la délégation territoriale Nord du CNAPS sont insuffisantes et ne permettent pas de démontrer les manquements allégués et leur imputabilité à la société Challancin Accueil et Services ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que les deux hôtesses d'accueil, dont les missions ont été contrôlées par le CNAPS, ne peuvent être regardées comme ayant exercé des activités de surveillance et de gardiennage au sens de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2022, le CNAPS conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nour,

- et les conclusions de M. Combes, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A est la dirigeante de la société Challancin accueil et services, qui exerce des prestations de service pour le compte de sociétés. Cette société a fait l'objet de contrôles du CNAPS, les 6 et 27 février 2020, alors qu'elle assurait l'accueil sur un site de fabrication de produits chimiques appartenant à la société SI GROUP France, établissement classé Seveso " seuil haut ". A la suite de ces contrôles, le directeur du CNAPS a saisi la CLAC Nord, laquelle a prononcé à l'encontre de la société Challancin accueil et services un avertissement et une pénalité financière de 1 000 euros par une délibération du 17 février 2022 et à l'encontre de Mme A un avertissement par une délibération du même jour. La société Challancin accueil et services et Mme A demandent l'annulation de ces décisions.

Sur la jonction des requêtes :

2. Les requêtes n° 224046 et n° 224056 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes () ". Aux termes de l'article L. 612-9 du même code : " L'exercice d'une activité mentionnée à l'article L. 611-1 est subordonné à une autorisation distincte pour l'établissement principal et pour chaque établissement secondaire. " Les personnes qui exercent une activité privée de surveillance et de gardiennage doivent, en vertu de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, être titulaires d'une carte professionnelle délivrée par le Conseil national des activités privées de sécurité.

4. Pour prononcer la sanction en litige, le CNAPS s'est fondé sur la circonstance que deux salariées de la société Challancin accueil et service, chargées de l'accueil sur le site de l'usine de production de produits chimiques exploitée par la société SI GROUPE France, exerçaient des activités de surveillance et de gardiennage sans disposer d'une carte professionnelle en méconnaissance de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure. Le CNAPS a en outre relevé que la société n'avait pas remis un exemplaire du code de déontologie à l'une des salariées, en méconnaissance de l'article R. 631-3 code de la sécurité intérieure et ne s'était pas acquittée du paiement de la contribution sur les activités privées de sécurité prévue à l'article 1609 quintricies du code général des impôts, en méconnaissance de l'article R. 631-4 du code de la sécurité intérieure. Ainsi, le CNAPS a estimé que ces manquements justifiaient le prononcé d'un avertissement à l'encontre de Mme A.

5. En premier lieu, il ressort des termes du compte-rendu du contrôle individuel du 6 février 2020, signé par l'une des salariées, que celle-ci a précisé qu'elle procédait au filtrage des intervenants et à la surveillance par des moyens vidéos. Cet élément est confirmé par les termes du compte-rendu intitulé " constats sur le site de la prestation ", établi le même jour par les agents du CNAPS. La circonstance que ces missions aient été demandées à cette salariée à l'initiative de la société SI GROUP France, sans en avoir avisé la société Challancin accueil et service, est sans incidence sur la matérialité des manquements constatés. Est de même sans incidence la circonstance que le compte-rendu de visite du 27 février 2020 mentionne qu'il " semble " que cette salariée exerce les missions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits doit être écarté.

6. En deuxième lieu, les missions de filtrage des véhicules et des visiteurs à l'entrée du site et de télésurveillance exercées par les salariées sont constitutives d'une activité de surveillance et de sécurité au sens de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure. Par suite, le CNAPS n'a commis aucune erreur d'appréciation en estimant que la société Challancin accueil et services exerçait une activité de sécurité privée au sens des dispositions précitées sans disposer des autorisations requises par les articles L. 612-9 et L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.

7. En dernier lieu, il est constant que le CNAPS a, par deux décisions des 26 août et 2 septembre 2020, fait droit à la demande de ces deux salariées tendant à ce que leur soit délivrée une telle carte. Ainsi, à la date à laquelle la délibération a été prise, le manquement reproché n'était plus constitué et il n'y a pas lieu de le retenir.

8. Toutefois, aux termes de l'article R. 613-1 du code de la sécurité intérieure : " Les employés des entreprises de surveillance, gardiennage et transport de fonds ainsi que ceux des services internes de sécurité mentionnés à l'article L. 612-25 sont, dans l'exercice de leurs fonctions, revêtus d'une tenue qui ne doit pas prêter à confusion avec les uniformes définis par les textes réglementaires () ". Aux termes de l'article R. 613-4 du même code :" Les agents exerçant une activité mentionnée au 1° de l'article L. 611-1 doivent porter, dans l'exercice de leurs fonctions, une tenue particulière sur laquelle est apposé de façon visible un numéro d'identification individuel et comprenant un ou plusieurs éléments d'identification communs, selon des modalités déterminées par arrêté du ministre de l'intérieur. Celle-ci ne doit entraîner aucune confusion avec les tenues des agents des services publics, notamment de la police nationale, de la gendarmerie nationale, des douanes et des polices municipales ". Aux termes de l'article R. 631-3 du même code : " () Un exemplaire [du code de déontologie des personnes physiques ou morales exerçant des activités privées de sécurité.] est remis par son employeur à tout salarié, à son embauche, même pour une mission ponctuelle (). ". Aux termes de l'article R. 631-4 du code de la sécurité intérieure : " Respect des lois. / Dans le cadre de leurs fonctions, les acteurs de la sécurité privée respectent strictement la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, la Constitution et les principes constitutionnels, l'ensemble des lois et règlements en vigueur, notamment le code de la route et la législation professionnelle et sociale qui leur est applicable. ". Aux termes de l'article 1609 quintricies du code général des impôts : " I. - Il est institué une contribution sur les activités privées de sécurité mentionnées au titre III du livre VI du code de la sécurité intérieure. / II. - Sont redevables de la contribution mentionnée au I : 1° les personnes morales et physiques qui effectuent en France à titre onéreux des activités privées de sécurité mentionnées aux titres Ier et II du livre VI du code de la sécurité intérieure ; () ".

9. La société requérante ne conteste pas les motifs au fondement de la décision attaquée selon lesquels elle n'a pas remis un exemplaire du code de déontologie à l'une des salariées en méconnaissance de l'article R. 631-3 précité du code de la sécurité intérieure, la tenue d'une des salariées ne comportait pas de signe distinctif permettant d'identifier la société Challancin accueil et services en méconnaissance des articles R. 613-1 et R. 613-4 précités du code de la sécurité intérieure et ne s'est pas acquittée du paiement de la contribution sur les activités privées de sécurité prévue à l'article 1609 quintricies du code général des impôts, en vigueur à la date à laquelle les factures consultées par les agents de contrôle ont été établies par la société requérante, de sorte qu'elle a méconnu l'article R. 631-4 précité du code de la sécurité intérieure. Ainsi, ces trois manquements sont établis et suffisent à justifier le prononcé de la sanction en litige.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité des requêtes, que les conclusions à fin d'annulation présentées par la société Challancin accueil et service et par Mme A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2204046 et 2204056 de la société Challancin accueil et services et de Mme B A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Challancin accueil et services, à Mme B A et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La rapporteure,

C. Nour

La présidente,

J. JimenezLe greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2204046

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