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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204598

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204598

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204598
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation9ème chambre
Avocat requérantCABINET MATTEI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mars 2022, Mme A B, représentée par Me Mattei, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2017, ainsi que des pénalités et intérêts de retard correspondants ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- l'administration fiscale est mal fondée à imposer à son nom les sommes facturées et encaissées par la société Satisfactory ;

- il n'existe pas de preuve de virement concernant le paiement de la facture du 30 juin 2017 n°2017/0966 de 4 050 euros ;

- l'administration fiscale ne démontre pas qu'elle a exercé une activité professionnelle individuelle et indépendante en France justifiant son imposition dans la catégorie des bénéfices non commerciaux ;

- la méthode de reconstitution des recettes adoptée par le service vérificateur, qui s'est borné à réintégrer à ses bases imposables les montants facturés de 36 265 euros sans admettre aucune charge en déduction, est radicalement viciée ou excessivement sommaire ;

- l'administration a méconnu le fait générateur de l'impôt et le principe d'annualité de l'impôt.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2022, le directeur de contrôle fiscal d'Ile de France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 20 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 11 janvier 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Morisset,

- et les conclusions de Mme Nour, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle sur pièces de sa situation fiscale au titre des années 2016 et 2017, le service vérificateur a adressé à Mme B une proposition de rectification datée du 16 décembre 2019, par laquelle il a évalué d'office sa base imposable à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices non commerciaux au titre des années 2016 et 2017. Mme B a formé une réclamation contentieuse, qui a été rejetée par l'administration fiscale le 25 janvier 2022.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes du I de l'article 155 A du code général des impôts : " Les sommes perçues par une personne domiciliée ou établie hors de France en rémunération de services rendus par une ou plusieurs personnes domiciliées ou établies en France sont imposables au nom de ces dernières : / - soit, lorsque celles-ci contrôlent directement ou indirectement la personne qui perçoit la rémunération des services ; / - soit, lorsqu'elles n'établissent pas que cette personne exerce, de manière prépondérante, une activité industrielle ou commerciale, autre que la prestation de services ; / - soit, en tout état de cause, lorsque la personne qui perçoit la rémunération des services est domiciliée ou établie dans un Etat étranger ou un territoire situé hors de France où elle est soumise à un régime fiscal privilégié au sens mentionné à l'article 238 A ". Les prestations dont la rémunération est ainsi susceptible d'être imposée entre les mains de la personne qui les a effectuées correspondent à un service rendu pour l'essentiel par elle et pour lequel la facturation par une personne domiciliée ou établie hors de France ne trouve aucune contrepartie réelle dans une intervention propre de cette dernière, permettant de regarder ce service comme ayant été rendu pour son compte.

3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que les éléments obtenus lors de la vérification de comptabilité de la société Metric ont mis en lumière que cette société française avait signé, d'une part, une convention d'assistance technique avec la société Alteca aux termes de laquelle cette dernière ferait appel aux services de la société Metric pour la réalisation de prestations d'assistances techniques. D'autre part, la société Metric avait signé avec la société de droit marocain Satisfactory, le 2 janvier 2017, un contrat dénommé " convention de services ", qui stipule que la dernière pourrait proposer à la première le détachement de certains de ses collaborateurs pour des missions en France. Une annexe à ces contrats a prévu que Mme B, salariée de la société Satisfactory, réaliserait des prestations de services dans le domaine informatique, pour le compte des sociétés Alteca, Sodifrance Isis et API Group Sodifrance. Le montant des factures de prestations de services réalisées par la société Satisfactory pour la société Metric, ont par la suite été virés sur le compte bancaire de la société Satisfactory, détenu dans une banque située à Casablanca. Mme B ne conteste pas ces éléments, dont il ressort que, d'une part, des prestations de services ont été réalisées en France par la société Satisfactory pour le compte de la société Alteca, client de la société Metric, et d'autre part, qu'elle est elle-même l'auteure de ces prestations. Par ailleurs, la requérante n'établit pas, ni même n'allègue, que la société Satisfactory aurait exercé, de manière prépondérante, une activité industrielle ou commerciale autre que la prestation de services. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a pu considérer que Mme B avait effectué des prestations qui correspondaient à un service rendu, pour l'essentiel, par elle-même et pour lequel la facturation par la société Satisfactory ne trouvait aucune contrepartie réelle dans une intervention qui lui aurait été propre. Par suite, et contrairement à ce que soutient Mme B, le service était fondé à regarder les rémunérations versées par la société Metric à la société Satisfactory comme rémunérant des services rendus par la contribuable pour son propre compte et imposables à l'impôt sur le revenu dans ses mains sur le fondement de l'article 155 A du code général des impôts.

4. En deuxième lieu, d'une part, les dispositions de l'article 155 A du code général des impôts ne dispensent pas l'administration, pour soumettre cette rémunération à l'impôt sur le revenu entre les mains de la personne ayant rendu les services, de faire application des règles de taxation relatives à la catégorie de revenus dont elle relève. La détermination de cette catégorie dépend de l'analyse des relations existant entre la personne qui a rendu pour l'essentiel les services facturés et le bénéficiaire de ces services. D'autre part, aux termes de l'article 92 du code général des impôts, dans sa rédaction alors applicable : " 1. Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus / () ".

5. En l'espèce, compte tenu des éléments mentionnés aux points 2 et 3 du présent jugement, et alors même que la facturation, les contrats et les flux financiers ont été établis entre la société Metric et la société Satisfactory, l'activité de prestations de services en matière informatique exercée par Mme B en France au cours de l'année 2017 doit être regardée comme étant une activité professionnelle, individuelle et indépendante, dont les revenus sont imposables dans la catégorie des bénéfices non commerciaux sur le fondement des dispositions de l'article 92 du code général des impôts.

6. En troisième lieu, les rectifications en litige ne procédant pas d'une reconstitution de recettes faisant suite à un rejet de la comptabilité, mais d'une application des dispositions des articles 92 et 155 A du code général des impôts, la requérante ne peut utilement soutenir que la méthode de reconstitution de recettes suivie par le vérificateur serait radicalement viciée dans son principe ou excessivement sommaire.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 193-1 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ". En l'espèce, la requérante, dont le revenu catégoriel a été évalué d'office et qui supporte, dès lors, la charge de la preuve de l'exagération de l'imposition à laquelle elle a été assujettie, ne produit aucun élément probant de nature à justifier la déductibilité de charges et de frais de son revenu catégoriel en litige, y compris pour la facture n°2017/966 d'un montant de 4 050 euros qu'elle conteste.

Sur la demande de compensation :

8. Aux termes de l'article L. 203 du livre des procédures fiscales : " Lorsqu'un contribuable demande la décharge ou la réduction d'une imposition quelconque, l'administration peut, à tout moment de la procédure et malgré l'expiration des délais de prescription, effectuer ou demander la compensation dans la limite de l'imposition contestée, entre les dégrèvements reconnus justifiés et les insuffisances ou omissions de toute nature constatées dans l'assiette ou le calcul de l'imposition au cours de l'instruction de la demande ".

9. En l'espèce, il est constant que Mme B doit bénéficier d'un dégrèvement à hauteur de 4 623 euros au titre de l'année 2017, concernant son impôt sur le revenu, dès lors que la somme de 6 715 euros correspondant à deux factures payées en 2018 ne pouvait être imposée au titre de l'année 2017. Il résulte de l'instruction d'une part que des sommes correspondant à des prestations de service réalisées par Mme B, ont été facturées en 2016 par la société Satisfactory mais payées en 2017, pour un montant total de 5582 euros, et d'autre part que la société Métric a, en 2017, payé les prestations réalisées par la société Satisfactory en partie par règlement direct à Mme B, pour un montant total de 10 100 euros et, qu'en contrepartie, la société Satisfactory a accordé des avoirs à la société Métric à due concurrence des paiements effectués par la société Métric à Mme B, de sorte que ces opérations, constitutives d'un paiement pour autrui au sens de l'article 1236 du code civil équivalent à un paiement de la société Satisfactory par la société Métric, pour le compte de Mme B. Dès lors, l'insuffisance d'imposition relevée par l'administration pour un montant de 5 881 euros et non contestée par la requérante, compense le dégrèvement de 4 623 euros. Les insuffisances constatées portent sur le même impôt, la même contribuable et le même exercice. Il suit de là que la demande de compensation présentée par l'administration peut être accueillie.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles elle est restée assujettie au titre de l'année 2017 ainsi que des pénalités correspondantes et intérêts de retard.

Sur les frais de l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement à Mme B d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au directeur de contrôle fiscal d'ile de france.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Robbe, président,

Mme Morisset, première conseillère,

M. Hegesippe, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La rapporteure,

A. MORISSET

Le président,

J. ROBBE Le greffier,

C. CHAUVEY

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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