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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204725

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204725

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204725
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation11ème chambre
Avocat requérantSELARL SAINT GEORGES CONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mars 2022, Mme B C, représentée par Me Gruwez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de regroupement familial au profit de ses enfants ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence du ministre de l'intérieur sur son recours hiérarchique présenté le 25 novembre 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de faire droit à sa demande ou de la réexaminer dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions sont entachées d'un vice de procédure en l'absence de saisine du maire de sa commune pour avis ;

- elles sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 8 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée le 8 août 2022 à 12 heures.

Des pièces ont été sollicitées le 23 mai 2023 à la préfecture de la Seine-Saint-Denis ont été enregistrées le 25 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Tukov, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante haïtienne née le 9 avril 1980 à Port-au-Prince (Haïti), a présenté, le 8 août 2019, une demande de regroupement familial au profit de ses enfants. Par sa requête, Mme C demande l'annulation de la décision du 15 octobre 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, ensemble la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique présenté le 25 novembre 2021.

Sur la légalité de la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis refusant le regroupement familial en faveur de ses enfants :

2. Aux termes de l'article R. 434-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A l'issue des vérifications sur les ressources et le logement, le maire de la commune où doit résider la famille transmet à l'Office français de l'immigration et de l'intégration le dossier accompagné des résultats de ces vérifications et de son avis motivé. En l'absence de réponse du maire à l'expiration du délai de deux mois prévu à l'article L. 421-3, cet avis est réputé favorable. ".

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou s'il a privé les intéressés d'une garantie. La consultation obligatoire du maire de la commune préalablement à la décision du préfet statuant sur une demande de regroupement familial a pour objet d'éclairer l'autorité administrative compétente, par un avis motivé, sur les conditions de ressources et d'hébergement de l'étranger formulant une telle demande. Elle constitue ainsi une garantie, instituée par le législateur et précisée par le pouvoir réglementaire.

4. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier et malgré une mesure d'instruction du tribunal en sens, que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait, préalablement à sa décision, saisi le maire de la commune en vue de recueillir son avis sur les conditions de ressources et de logement de l'intéressée. Il suit de là, que la requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 15 octobre 2021.

Sur la légalité de la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique :

6. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. " Aux termes de l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'État, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. / () ". Aux termes de l'article R. 434-4 de ce code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / () 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes () ". Aux termes de l'article R.434-5 de ce code : " Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à :/ a) en zones A bis et A : 22 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes () / 2° Satisfait aux conditions de salubrité et d'équipement fixées aux articles 2 et 3 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain () ".

7. Aux termes de l'article L. 411-4 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration se prononce sur le recours formé à l'encontre d'une décision créatrice de droits sur le fondement de la situation de fait et de droit prévalant à la date de cette décision. En cas de recours formé contre une décision non créatrice de droits, elle se fonde sur la situation de fait et de droit prévalant à la date à laquelle elle statue sur le recours ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a conclu plusieurs contrats à durée déterminée avec le centre hospitalier universitaire de Saint-Denis en qualité d'agente de bio-nettoyage pour un salaire net moyen de 1685,40 euros supérieur à la moyenne du salaire net minimum interprofessionnel de croissance de 1354 euros, correspondant au niveau requis pour une famille composée de cinq personnes, au cours de la période de douze mois précédant la demande présentée par son recours hiérarchique. Il ressort également des pièces du dossier que Mme C a emménagé, à compter du 2 octobre 2020, dans un logement social d'une superficie de 57, 9 m2 comportant cinq pièces, respectant les prescriptions réglementaires en termes de superficie pour une famille composée de cinq personnes. L'ensemble de ces éléments ont été portés à la connaissance du ministre de l'intérieur dans le cadre du recours hiérarchique présenté le 25 novembre 2021, dont le ministre a accusé réception le 29 novembre 2021. Le ministre de l'intérieur devait tenir compte, pour instruire le recours hiérarchique dont il était saisi, de la situation de fait et de droit existant à la date de sa propre décision. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que le ministre a fait une inexacte application des dispositions citées au point 6 en lui refusant le bénéfice du regroupement familial en faveur de ses enfants aux motifs de l'insuffisance de ses ressources et de la non-conformité de son logement.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence du ministre de l'intérieur sur son recours hiérarchique présenté le 25 novembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Eu égard à ce qui a été dit au point 8, si Mme C justifie de ressources suffisantes et d'un logement d'une superficie conforme aux prescriptions de l'article R. 434-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne justifie cependant pas que ce logement réponde aux normes de salubrité et d'équipement fixées par cet article. Par suite, l'annulation par le présent jugement des décisions attaquées implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la demande de Mme C au regard de la conformité de son nouveau logement à ces prescriptions. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 15 octobre 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis et la décision implicite de rejet née du silence du ministre de l'intérieur sur le recours hiérarchique présenté le 25 novembre 2021 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la demande de Mme C au regard de la conformité de son nouveau logement dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à Mme C en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet de la Seine-Saint-Denis et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023 à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

Le président-rapporteur,

C. Tukov

L'assesseure la plus ancienne,

S. Van Maele

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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