lundi 31 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2204737 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | C.J. ALAIN BOT, YANNICK NORMAND, MARIE-PASCALE CREN ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 mars 2022, Voies Navigables de France défère au tribunal, comme prévenu d'une contravention de grande voirie, M. B C, et conclut à ce que le tribunal :
1°) constate que les faits établis par le procès-verbal constituent la contravention prévue et réprimée par l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques et condamne par suite M. C au paiement d'une amende de 150 euros ;
2°) enjoigne à M. C de libérer le domaine public fluvial dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) ordonne, en cas de non-libération du domaine public fluvial par M. C, que l'établissement public Voies Navigables de France soit autorisé à requérir le concours de la force publique en vue du déplacement d'office du bateau " Le vios " immatriculé LY002311F aux frais et risques du contrevenant ;
4°) condamne M. C au paiement de la somme de 250 euros correspondant aux frais d'établissement et de notification du procès-verbal et aux frais de notification à la charge de l'établissement public Voies navigables de France du jugement à intervenir par huissier de justice au titre des dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.
Voies Navigables de France soutient que :
- M. C a laissé son bateau en stationnement sur un emplacement non autorisé ;
- la présence du bateau est constitutive de la contravention de grande voirie prévue et réprimée par l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2022, M. C doit être regardé comme concluant à ce que le tribunal le relaxe des poursuites diligentées à son encontre au titre de l'action publique et rejette l'action domaniale engagée par
Voies Navigables de France.
Il fait valoir que :
- son occupation du domaine était régulière dès lors qu'il disposait d'une autorisation écrite de l'établissement public VNF pour le stationnement de son bateau jusqu'à l'accomplissement d'un appel à projet pour son remplacement ;
- l'appel à projet annoncé n'a jamais eu lieu, son bateau pouvait ainsi demeurer en stationnement ;
- les conclusions portant sur le concours de la force publique sont irrecevables, l'établissement VNF disposant des moyens administratifs permettant de procéder à l'évacuation du bateau.
Un mémoire complémentaire présenté par Voies Navigables de France a été enregistré le 13 octobre 2022, sans être communiqué.
Vu :
- le procès-verbal de contravention de grande voirie du 26 mai 2021 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des transports ;
- l'ordonnance n° 2016-728 du 2 juin 2016 relative au statut de commissaire de justice ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thébault, conseiller rapporteur,
- et les conclusions de Mme Therby-Vale, rapporteure publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Un mémoire a été produit en délibéré par Voies Navigables de France
le 25 octobre 202Considérant ce qui suit :
1. Par un procès-verbal de contravention de grande voirie établi le 26 mai 2021, un agent assermenté de l'établissement public Voies Navigables de France a constaté que le bateau de M. C immatriculé LY002311F stationnait sur le domaine public fluvial, sans droit ni titre, sur le territoire de la commune de l'Ile Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) sur la rive gauche de l'île, au point kilométrique 28,65. Voies Navigables de France demande au tribunal, notamment, de condamner M. C au paiement d'une amende de 150 euros et d'enjoindre à celui-ci de libérer le domaine public fluvial dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur la contravention de grande voirie :
En ce qui concerne l'action publique :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques : " Les riverains, les mariniers et autres personnes sont tenus de faire enlever les pierres, terres, bois, pieux, débris de bateaux et autres empêchements qui, de leur fait ou du fait de personnes ou de choses à leur charge, se trouveraient sur le domaine public fluvial. Le contrevenant est passible d'une amende de 150 à 12 000 euros, de la confiscation de l'objet constituant l'obstacle et du remboursement des frais d'enlèvement d'office par l'autorité administrative compétente ". Lorsque le juge administratif est saisi d'un procès-verbal de contravention de grande voirie, il ne peut légalement décharger le contrevenant de l'obligation de réparer les atteintes portées au domaine public qu'au cas où le contrevenant produit des éléments de nature à établir que le dommage est imputable, de façon exclusive, à un cas de force majeure ou à un fait de l'administration assimilable à un cas de force majeure.
3. D'autre part, il appartient au juge administratif de fixer le montant de l'amende mise à la charge du contrevenant compte tenu des circonstances de l'affaire et dans la limite des montants fixés par les textes, aucune disposition législative ou réglementaire applicable aux contraventions de grande voirie ne lui permettant cependant de décider qu'il n'y a pas lieu de prononcer cette amende.
4. Un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé,
le 26 mai 2021, à l'encontre de M. C pour avoir stationné son bateau immatriculé LY001123F sur le domaine public fluvial, sans droit ni titre, sur le territoire de la commune de l'Ile Saint-Denis, sur la Seine, sur la rive gauche de l'île, au point kilométrique 28,65. Ce procès-verbal, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, établit ces faits. M. C conteste en défense l'irrégularité du stationnement du bateau. Toutefois, il résulte de l'instruction que s'il est vrai que ce dernier a bénéficié d'une autorisation d'occuper le domaine public jusqu'au 31 décembre 2017, puis que cette autorisation a été prorogée jusqu'au
31 décembre 2018, et qu'il résulte d'un échange de courriels avec les services de VNF en juillet 2017 qu'il a pu bénéficier d'une prorogation de son autorisation initialement valable jusqu'au 31 décembre 2017 pour une année de plus dans l'attente de la mise en œuvre d'un appel à projet pour sa succession à l'occupation, cet échange de courriel ne pouvait être regardé comme instaurant une tolérance administrative lui permettant, en tout état de cause, d'occuper le domaine public fluvial, au-delà de l'échéance de son titre d'occupation au
31 décembre 2018, jusqu'à un appel d'offres, lequel n'est jamais intervenu en raison de l'approche des Jeux Olympiques 2024 et de l'importante modification du trafic fluvial qu'ils vont entraîner. Il en résulte que M. C ne bénéficiait plus d'aucun titre d'occupation depuis le 1er janvier 2019. Le fait de stationner sans autorisation sur le domaine public fluvial constitue un empêchement du domaine public au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques et, par suite, constitue la contravention prévue et réprimée par ces dispositions. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner M. C à une amende de 150 euros.
En ce qui concerne l'action domaniale :
5. Lorsqu'il qualifie de contravention de grande voirie des faits d'occupation irrégulière d'une dépendance du domaine public, il appartient au juge administratif, saisi d'un procès-verbal accompagné ou non de conclusions de l'administration tendant à l'évacuation de cette dépendance, d'enjoindre au contrevenant de libérer sans délai le domaine public et, s'il l'estime nécessaire et au besoin d'office, de prononcer une astreinte.
6. Eu égard à ce qui a été dit au point 4, il y a lieu d'enjoindre à M. C de libérer sans délai, s'il ne l'a déjà fait, le domaine public fluvial et d'assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de
quinze jours suivant la notification du présent jugement.
7. Aux termes de l'article L. 4424-1 du code des transports : " I. - L'autorité administrative met en demeure le propriétaire et, le cas échéant, l'occupant d'un bateau de quitter les lieux lorsque son stationnement, en violation de la loi ou du règlement général de police de la navigation intérieure, compromet la conservation, l'utilisation normale ou la sécurité des usagers des eaux intérieures. A l'expiration d'un délai qu'elle fixe et qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures après la mise en demeure, elle procède au déplacement d'office du bateau. Le gestionnaire de la voie d'eau peut être chargé par l'autorité administrative compétente de réaliser les opérations de déplacement d'office. () ". Aux termes de l'article R. 4424-1 de ce code : " L'autorité administrative compétente prévue à l'article L. 4244-1 est le préfet du département dans lequel le bateau est stationné ".
8. Le privilège d'action d'office dont bénéficie l'administration ne peut être justifié, en ce qui concerne l'activité qu'elle déploie en tant que puissance publique, que par l'urgence, par des circonstances exceptionnelles, par un texte spécial ou par l'absence de toute autre procédure pouvant légalement être employée. Hors du cadre de la procédure spécifique du contentieux de la contravention de grande voirie, l'administration ne peut procéder à une exécution forcée. Elle doit, par suite, saisir le juge administratif de conclusions tendant à ce que celui-ci enjoigne au contrevenant de faire cesser l'atteinte au domaine public par l'enlèvement de l'entrave à la navigation constitutive de l'infraction et autorise l'administration, au cas où le contrevenant n'obtempérerait pas à cet enlèvement, à y procéder d'office avec, au besoin, le concours de la force publique. En l'espèce, la requête de
Voies Navigables de France contenant de telles conclusions, celles-ci sont recevables dès lors que cet établissement public doit être nanti d'un jugement pour être en droit de bénéficier du concours de la force publique pour l'exécution du titre qui lui est délivré. Il s'ensuit qu'il y a lieu d'autoriser Voies Navigables de France, en cas de refus de M. C d'obtempérer à l'enlèvement du bateau " Le Vios " à l'expiration du délai de 15 jours suivant la notification du présent jugement, à y procéder d'office avec le concours de la force publique et aux frais de M. C.
Sur les frais liés au litige :
9. D'une part, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes de l'article R. 761-1 de ce code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties / L'Etat peut être condamné aux dépens ".
10. D'autre part, aux termes de l'article L. 774-2 du code de justice
administrative : " Dans les dix jours qui suivent la rédaction d'un procès-verbal de contravention, le préfet fait faire au contrevenant notification de la copie du procès-verbal / Pour le domaine public défini à l'article L. 4314-1 du code des transports, [le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France] est substituée au représentant de l'Etat dans le département () ". Aux termes de l'article L. 774-6 de ce code : " Le jugement est notifié aux parties, à leur domicile réel, dans la forme administrative par les soins des autorités mentionnées à l'article L. 774-2, sans préjudice du droit de la partie de le faire signifier par acte d'huissier de justice ". Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au directeur général de l'établissement public Voies navigables de France, qui intervient en lieu et place du préfet pour la répression des atteintes à l'intégrité et à la conservation du domaine public qui lui est confié en application des articles L. 4314-1 et D. 4314-1 du code des transports, de procéder à la notification au contrevenant du procès-verbal de contravention ainsi que du jugement rendu en matière de contravention de grande voirie. En vertu des dispositions combinées des articles 23 et 25 de l'ordonnance n° 2016-728 du 2 juin 2016 relative au statut de commissaire de justice, dans tous les textes législatifs, la référence aux huissiers de justice désigne les commissaires de justice à compter du 1er juillet 2022.
11. Si les frais de procès-verbal de contravention de grande voirie n'entrent pas dans le champ des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, en ce que l'établissement de ce procès-verbal ne peut être considéré comme une mesure d'instruction, toutefois, dès lors que M. C a commis une infraction d'occupation sans titre du domaine public fluvial, constitutive d'une contravention de grande voirie constatée par procès-verbal dressé le 26 mai 2021, le contrevenant doit supporter les frais de ce procès-verbal établi dans le cadre de l'action répressive. Par ailleurs, dès lors que le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France peut notifier au contrevenant le présent jugement par signification de commissaire de justice, il y a lieu de mettre à la charge de M. A la somme demandée à ce titre par le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France. Ainsi, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme de 250 euros au titre des frais exposés par l'établissement public Voies navigables de France et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est condamné à payer une amende de 150 euros.
Article 2 : M. C devra libérer sans délai, s'il ne l'a déjà fait, le domaine public fluvial, sous peine d'une astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement. A l'expiration de ce délai, Voies Navigables de France pourra procéder d'office à cette libération du domaine public, au besoin avec le concours de la force publique, aux frais de M. C.
Article 3 : M. C versera à l'établissement public Voies Navigables de France une somme de 250 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera transmis à Voies Navigables de France pour notification à M. B C dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Charret, président,
Mme Nguër, première conseillère,
M. Thébault, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2022.
Le rapporteur,
Signé
P. Thébault
Le président,
Signé
J. Charret
La greffière,
Signé
I. Serveaux
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026