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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204760

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204760

vendredi 22 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204760
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation9ème chambre
Avocat requérantBERDUGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mars 2022, la société Axis sécurité, représentée par Me Berdugo, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2017 ;

2°) à titre subsidiaire, de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de ces cotisations à proportion d'une réduction de la valeur du fonds de commerce qu'elle a cédé au montant maximal de 188 297 euros ;

3°) de condamner l'Etat au paiement des intérêts moratoires prévus par les dispositions de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que le paiement des entiers dépens.

Elle soutient que :

- les marchés publics, qu'elle a obtenus, ne pouvaient et n'ont pas été transférés à la société PK ;

- les clients que la société PK a obtenus à la suite de l'acquisition de ses parts sociales ne représentaient pas l'essentiel de son activité ;

- l'administration fiscale opère une confusion entre la cession de parts sociales, dûment justifiée par une impossibilité d'exercice, et la cession d'un fonds de commerce ;

- dans l'hypothèse où serait retenue la cession de son fonds de commerce à la société PK, la valeur vénale de ce fonds ne peut outrepasser la somme de 188 297 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2022, l'administrateur en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 23 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 mars 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hégésippe ;

- et les conclusions de Mme Morisset, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La société Axis sécurité et la société Peter Kleen (PK) ont pour activité la sécurité privée. Par un acte de cession du 3 juillet 2017, la société PK a acquis auprès de la société Sed Holding, en contrepartie d'une somme de 140 000 euros, la totalité des 1 000 parts sociales composant le capital social de la société Axis sécurité. Le 30 décembre 2017, MM. Lemassif et Makwakala, actionnaires de la société Sed Holding, ont respectivement acquis 50% des parts sociales composant le capital social de la société PK. A la suite d'une opération de vérification de comptabilité menée sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, l'administration fiscale a adressé, le 9 juillet 2020, une proposition de rectification à la société Axis sécurité. Un avis de mise en recouvrement a été émis, le 30 avril 2021, mettant à la charge de la société Axis sécurité la somme de 94 983 euros correspondant aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée résultant de la période du 1er janvier au 31 décembre 2017 et la somme de 71 989 euros correspondant à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre de cette même année 2017. La société Axis sécurité a formé une réclamation préalable le 29 juillet 2021. Par une décision du 26 janvier 2022, l'administration fiscale a prononcé le dégrèvement des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et rejeté la demande présentée s'agissant des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés. Par la présente instance, la société Axis sécurité demande que soit prononcée la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2017.

Sur la charge de la preuve :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / Sur demande du contribuable reçue par l'administration avant l'expiration du délai mentionné à l'article L. 11, ce délai est prorogé de trente jours () ". L'article L. 11 du même livre dispose : " A moins qu'un délai plus long ne soit prévu par le présent livre, le délai accordé aux contribuables pour répondre aux demandes de renseignements, de justifications ou d'éclaircissements et, d'une manière générale, à toute notification émanant d'un agent de l'administration des impôts est fixé à trente jours à compter de la réception de cette notification ". Selon l'article R. 57-1 de ce livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ". Il résulte de ces dispositions qu'un contribuable dispose d'un délai franc de trente jours pour faire connaître ses observations sur la proposition de rectification et que la durée de ce délai peut être portée à soixante jours à sa demande.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré () ".

4. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a adressé à la société Axis sécurité une proposition de rectification datée du 9 juillet 2020 laquelle lui a été notifiée le 17 juillet suivant. Si la société requérante a sollicité une prorogation du délai lui permettant de formuler ses observations, la demande en question est datée du 16 septembre 2020 et il ne ressort ni des énonciations de la requête ni d'aucune pièce du dossier que cette demande aurait été adressée antérieurement à l'expiration du délai prévu par les dispositions précitées. Il en va de même du courrier du 21 octobre 2020 contenant les observations de la société Axis sécurité. Il en résulte, dès lors, qu'aucune demande de prorogation ou de réponse n'est intervenue dans le délai idoine, que la société Axis sécurité supporte la charge de la preuve. Au surplus, la circonstance que l'administration fiscale ait néanmoins accepté de répondre aux observations tardivement formulées est sans incidence sur la dévolution de la charge qui incombe à la société requérante.

Sur le bien-fondé des impositions :

5. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt.

6. S'agissant de la cession d'un élément d'actif immobilisé, lorsque l'administration, qui n'a pas à se prononcer sur l'opportunité des choix de gestion opérés par une entreprise, soutient que la cession a été réalisée à un prix significativement inférieur à la valeur vénale qu'elle a retenue et que le contribuable n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause cette évaluation, elle doit être regardée comme apportant la preuve du caractère anormal de l'acte de cession si le contribuable ne justifie pas que l'appauvrissement qui en est résulté a été décidé dans l'intérêt de l'entreprise, soit que celle-ci se soit trouvée dans la nécessité de procéder à la cession à un tel prix, soit qu'elle en ait tiré une contrepartie.

En ce qui concerne la détermination de la valeur vénale du fonds de commerce :

7. Il résulte de l'instruction que pour déterminer la valeur vénale du fonds de commerce de la société Axis sécurité, l'administration fiscale précise, dans ses écritures en défense, avoir fait application d'une méthode couramment employée par les professionnels fondée sur le chiffre d'affaires. Ainsi, l'administration fiscale a évalué la moyenne des trois derniers chiffres d'affaires réalisés par la société Axis sécurité, hors les bénéfices résultant de l'exécution des marchés publics dont elle était attributaire, et considéré que la valeur vénale du fonds pouvait être évaluée à hauteur de 50%. Au terme de cette évaluation, l'administration fiscale a déterminé une fourchette de valeur vénale comprise entre 450 586 euros et 1 301 818 euros. Si la société requérante soutient que la détermination de la valeur vénale du fonds à supposer cédé devait tenir compte de cessions similaires intervenues à la même époque, elle ne justifie de l'existence d'aucune transaction équivalente de sorte que l'administration fiscale pouvait légalement recourir à la méthode usitée. Par ailleurs, si elle se prévaut d'une autre méthode d'évaluation, la société Axis sécurité ne tient compte que d'une fraction de son chiffre d'affaires sans démontrer qu'elle a conservé une partie de sa clientèle postérieurement au rachat de ses parts sociales. Au demeurant, l'absence de transfert des marchés publics qu'elle a pu obtenir est sans incidence sur l'estimation réalisée par l'administration d'autant plus qu'il résulte de l'instruction qu'elle sous-traite l'exécution de ces marchés auprès de la société PK. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la société Axis aurait transmis ses charges ou ses difficultés financières à la société PK. Dans ces conditions, les moyens de la société Axis tirés de l'absence de cession des marchés publics qu'elle a obtenus, de la conservation d'une partie de sa clientèle et, subsidiairement, de la nécessité de limiter la valeur du fonds de commerce à une somme de 188 297 euros doivent être écartés.

En ce qui concerne l'anormalité de la cession du fonds de commerce :

8. Il résulte des énonciations figurant au point 6 que l'anormalité de la cession du fonds de commerce peut être établie si le contribuable ne justifie pas que l'appauvrissement qui en est résulté a été décidé dans l'intérêt de l'entreprise, soit que celle-ci se soit trouvée dans la nécessité de procéder à la cession à un tel prix, soit qu'elle en ait tiré une contrepartie.

9. Il résulte de l'instruction, qu'eu égard aux difficultés administratives de la société Axis sécurité auprès des services de l'URSSAF, la société PK, avec laquelle elle entretient des relations d'intérêts et qui a acquis l'ensemble de ses parts sociales, a directement poursuivi la même activité auprès d'anciens et importants clients de la société Axis mais également en qualité de sous-traitante des marchés publics que cette société avait obtenus. Dès lors, si la société Axis sécurité conteste l'existence d'une cession de son fonds de commerce, elle ne produit aucun élément de nature à démontrer qu'elle a conservé, malgré la vente de ses parts sociales, une activité professionnelle. Par ailleurs, alors que l'administration fiscale fait valoir que la société Axis sécurité a gratuitement cédé son fonds de commerce, cette dernière ne justifie pas avoir obtenu une quelconque rémunération et ne fait pas davantage état de la nécessité d'une cession sans contrepartie. Dans ces conditions, la société Axis sécurité, qui distingue cession de parts sociales et cession de fonds de commerce, n'est en l'espèce pas fondée à soutenir qu'aucune cession de son fonds de commerce n'est intervenue au profit de la société PK. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Axis sécurité doit être rejetée dans toutes ses conclusions y compris celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Axis sécurité est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Axis sécurité et à l'administrateur en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Robbe, président,

Mme Nour, première conseillère,

M. Hégésippe, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2024.

Le rapporteur,

D. HEGESIPPE

Le président,

J. ROBBE Le greffier,

C. CHAUVEY

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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