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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204786

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204786

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204786
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCMS FRANCIS LEFEBVRE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2101861 du 25 mars 2022, le président de la 3ème chambre du tribunal administratif d'Orléans a transmis au tribunal administratif de Montreuil, sur le fondement des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par la SAS L'Immobilière Castorama.

Par cette requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 21 mai 2021 et le 14 mai 2024, la SAS L'Immobilière Castorama, représentée par CMS Francis Lefebvre Avocats, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020 à raison de locaux dont elle est propriétaire dans les rôles de la commune d'Olivet ainsi que le remboursement des frais de gestion exposés ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les délibérations ayant fixé les taux de la TEOM au titre des années 2019 et 2020 sont illégales dès lors qu'elles méconnaissent les dispositions de l'article 1520 du code général des impôts et qu'elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le taux de la TEOM de ces deux années est manifestement disproportionné ;

- les dépenses de fonctionnement à prendre en compte ne peuvent être fixées de manière forfaitaire ;

- les dépenses libellées " reports d'investissement N-1 estimés ", de même que les sommes relatives au remboursement d'emprunts contractés par la collectivité publique, ne peuvent être prises en compte.

Par lettre du 15 juillet 2021, Orléans Métropole s'en rapporte aux écritures qui seront produites par l'administration fiscale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2021, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les dépenses réelles d'investissement doivent être prises en compte, en lieu et place des dotations aux amortissements des immobilisations, et que le taux de la TEOM des deux années en litige n'est pas disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction des grandes entreprises conclut aux mêmes fins que le directeur régional des finances publiques, par les mêmes moyens.

Par une ordonnance du 6 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 23 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales,

- le code général des collectivités territoriales,

- le code de justice administrative.

L'affaire a été renvoyée en formation collégiale en application des dispositions de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nguër, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Therby-Vale, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS L'Immobilière Castorama a été assujettie à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères des années 2019 et 2020 à raison de locaux dont elle est propriétaire dans les rôles de la commune d'Olivet. Le 28 décembre 2020, elle a formé une réclamation contentieuse qui a été rejetée par une décision de l'administration fiscale en date du 22 mars 2021. La société requérante demande la décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères ainsi mise à sa charge pour chacune de ces deux années.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes du I de l'article 1520 du code général des impôts, dans sa rédaction issue de la loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018 : " I. - Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales ainsi qu'aux dépenses directement liées à la définition et aux évaluations du programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés mentionné à l'article L. 541-15-1 du code de l'environnement, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal. / Les dépenses du service de collecte et de traitement des déchets mentionnées au premier alinéa du présent I comprennent : / 1° Les dépenses réelles de fonctionnement ; / 2° Les dépenses d'ordre de fonctionnement au titre des dotations aux amortissements des immobilisations lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses réelles d'investissement correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure ; / 3° Les dépenses réelles d'investissement lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses d'ordre de fonctionnement constituées des dotations aux amortissements des immobilisations correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure. / () ".

3. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires, mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale compétent pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales et non couvertes par des recettes non fiscales affectées à ces opérations. Il s'ensuit que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant des dépenses exposées pour ce service, déduction faite, le cas échéant, du montant des recettes non fiscales de la section de fonctionnement, telles qu'elles sont définies par les articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du code général des collectivités territoriales, relatives à ces opérations.

4. Les dépenses susceptibles d'être prises en compte sont constituées de la somme, telle qu'elle peut être estimée à la date du vote de la délibération fixant le taux de la taxe, de toutes les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales et des dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées lorsque la taxe n'a pas pourvu aux dépenses réelles d'investissement correspondantes ou des dépenses réelles d'investissement lorsque la taxe n'a pas pourvu aux dotations aux amortissements.

5. D'une part, il résulte de l'instruction que par une délibération du 4 avril 2019, Orléans Métropole a établi le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) de l'année 2019 des communes qui la composent, et que ce taux a été fixé à 8,73% pour la commune d'Olivet. Il résulte également de l'instruction, et notamment des états annexes de répartition de la TEOM du budget primitif, que le produit attendu de la taxe pour l'établissement public de coopération intercommunale en 2019 s'élève à 32 110 000 euros, celui de la redevance spéciale à 1 352 500 euros et celui des autres recettes non fiscales à 9 001 450 euros. Les dépenses réelles de fonctionnement afférentes à l'élimination des déchets s'élèvent, quant à elles, à 29 810 583 euros et les dépenses réelles d'investissement à 7 928 767 euros, déduction faite de la somme de 5 000 000 euros correspondant à un report d'investissement N-1 dépourvu de toute justification. Ainsi, à la date de la délibération, les dépenses réelles, des sections de fonctionnement et d'investissement, pour ce service public, étaient estimées à 27 385 400 euros, après soustraction de celles intégralement couvertes par la redevance spéciale et les autres recettes non fiscales précitées. En outre, les dépenses précitées incluent celles afférentes aux remboursements des emprunts contractés par la collectivité pour ce service public. Ce faisant, compte tenu du taux fixé par la délibération, le produit de la TEOM excède de 4 724 600 euros, soit de 17,25%, le montant des charges qu'il a vocation à couvrir. Dans ces conditions, le produit de la TEOM et, par voie de conséquence, son taux fixé au niveau intercommunal pour la commune d'Olivet, doivent être regardés comme manifestement disproportionnés. Par suite, la SAS L'Immobilière Castorama est fondée à exciper de l'illégalité de la délibération du 4 avril 2019 pour obtenir la décharge de la TEOM à laquelle elle a été assujettie en 2019.

6. D'autre part, en ce qui concerne le taux de la TEOM de l'année 2020, celui-ci a également été fixé à 8,73% pour la commune d'Olivet par une délibération du 27 février 2020 d'Orléans Métropole. Il résulte de l'instruction, et notamment des états annexes de répartition de la TEOM du budget primitif, que le produit attendu de la taxe pour 2020 s'élève à 32 737 000 euros, celui de la redevance spéciale à 706 000 euros et celui des autres recettes non fiscales à 5 571 753 euros. Les dépenses réelles de fonctionnement afférentes à l'élimination des déchets s'élèvent, quant à elles, à 28 338 659 euros et les dépenses réelles d'investissement à 9 327 696 euros, déduction faite de la somme de 2 500 000 euros correspondant à un report d'investissement N-1 dépourvu de toute justification. Ainsi, à la date de la délibération, les dépenses réelles, des sections de fonctionnement et d'investissement, pour ce service public, étaient estimées à 31 388 602 euros, après soustraction de celles intégralement couvertes par la redevance spéciale et les autres recettes non fiscales précitées. En outre, les dépenses précitées incluent celles afférentes aux remboursements des emprunts contractés par la collectivité pour ce service public. Ce faisant, compte tenu du taux fixé par la délibération, le produit de la TEOM excède de 1 348 398 euros, soit de 4,30%, le montant des charges qu'il a vocation à couvrir. Dans ces conditions, le produit de la TEOM et, par voie de conséquence, son taux de 8,73%, ne peuvent être regardés comme manifestement disproportionnés. Par suite, la SAS L'Immobilière Castorama n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la délibération du 27 février 2020 pour obtenir la décharge de la TEOM à laquelle elle a été assujettie en 2020.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS L'Immobilière Castorama doit être déchargée des cotisations de la TEOM auxquelles elle a été assujettie au titre de la seule année 2019. Le surplus de ses conclusions doit être rejeté, y compris celles relatives au remboursement de ses frais de gestion qui ne sont d'ailleurs pas établis.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société requérante tendant à mettre à la charge de l'État, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, les frais exposés par celle-ci et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La SAS L'Immobilière Castorama est déchargée des cotisations de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2019.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS L'Immobilière Castorama, au directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret, à l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction des grandes entreprises et à Orléans Métropole.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Charret, président,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nguër, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.

La rapporteure,

M. Nguër

Le président,

J. Charret

Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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