vendredi 27 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2205524 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | DESFARGES PIERRE-HENRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 avril 2022, M. A C, représenté par Me Desfarges, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 janvier 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis a rejeté son recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de l'indu de prime d'activité du 21 décembre 2020 mis à sa charge ;
2°) de le décharger de la somme de 639,18 euros ;
3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision de la commission de recours amiable est dépourvue de la signature de son auteur et méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'indu litigieux est infondé dès lors que la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis n'a pas pris en compte la situation de garde alternée de ses enfants depuis sa séparation avec leur mère ;
- il peut bénéficier du droit à l'erreur prévu par les dispositions du code des relations entre le public et l'administration.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 28 juin 2024, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que, d'une part, la requête est irrecevable car tardive et, d'autre part, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bernabeu, conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bernabeu ;
- et les observations de Mme B, représentant la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, allocataire de la prime d'activité, a fait l'objet d'un indu de prime d'activité d'un montant de 639,18 euros pour la période courant du mois de mai 2020 au mois de juillet 2020, par un courrier du 21 décembre 2020. Il a formé le 16 décembre 2021 un recours préalable obligatoire à l'encontre de l'indu de prime d'activité mis à sa charge. Par une décision du 4 janvier 2022, la commission de recours amiable de la Seine-Saint-Denis a rejeté son recours administratif préalable obligatoire. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette dernière décision.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée [] ".
3. Aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 [] ". Aux termes de l'article R. 847-2 du code précité : " Le recours préalable mentionné à l'article L. 845-2 est adressé par la personne concernée à la commission de recours amiable dans le délai prévu à l'article R. 142-1. /La personne concernée peut considérer sa demande comme rejetée dans le délai prévu à l'article R. 142-6, et se pourvoir, le cas échéant, devant le tribunal administratif dans le délai prévu à l'article R. 421-1 du code de justice administrative [] ". Aux termes de l'article R. 142-1 du même code : " [] Cette commission doit être saisie dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision contre laquelle les intéressés entendent former une réclamation ". Enfin, aux termes de l'article R. 847-3 du même code : " Les décisions relatives à la prime d'activité mentionnent les voies de recours ouvertes aux personnes concernées et précisent les modalités du recours préalable institué par l'article L. 845-2 ".
4. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
5. Dans le cas où le recours juridictionnel doit obligatoirement être précédé d'un recours administratif, celui-ci doit être exercé, comme doit l'être le recours juridictionnel, dans le délai raisonnable d'un an énoncé au point précédent.
6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la décision du 21 décembre 2020 ne comportait pas la mention des voies et délais de recours à l'encontre d'un indu de prime d'activité. Il s'ensuit que M. C disposait d'un délai raisonnable d'un an pour exercer un recours préalable obligatoire à l'encontre de cette décision à compter de la date de notification de celle-ci ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance. Or, il résulte de l'instruction que le requérant a eu connaissance de cette décision dès le 21 décembre 2020, date à laquelle il a formé un courrier électronique auprès de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis pour l'informer qu'il entendait contester l'indu de prime d'activité. En outre, et contrairement à ce que fait valoir la caisse d'allocations familiales en défense, M. C a formé son recours préalable obligatoire le 16 décembre 2021, soit à l'intérieur du délai raisonnable d'un an précité. Partant, ce recours a nécessairement prorogé le délai de recours contentieux. La requête ayant été enregistrée le 7 avril 2022, soit dans les deux mois suivant le courrier du 21 février 2022 notifiant à l'intéressé la décision du 4 janvier 2022 de la commission de recours amiable, elle n'est pas tardive. Par suite, il y a lieu d'écarter la fin de non-recevoir opposée en défense par la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis.
Sur les conclusions relatives à l'indu de prime d'activité :
7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
8. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Aux termes de l'article L. 212-2 du code précité : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : /1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 et aux articles 9 à 12 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives ainsi que les actes préparatoires à ces décisions [] ".
9. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la décision de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis, notifiée par l'intermédiaire du téléservice " caf.fr " conforme au référentiel général de sécurité, ne comporte pas les prénoms, noms et qualités des membres de la commission de recours amiable ayant statué sur le recours de M. C. Par suite, M. C est fondé à soutenir que la décision du 4 janvier 2022 est entachée d'un vice de forme tiré de l'absence des mentions prévues à l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.
10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 4 janvier 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis a rejeté son recours préalable obligatoire à l'encontre de l'indu de prime d'activité mis à sa charge.
11. En cas d'annulation par le juge administratif, saisi d'un recours dirigé contre celle-ci, d'une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.
12. Eu égard au motif d'annulation retenu à l'encontre de la décision du 4 janvier 2022, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à l'autorité administrative compétente en matière de prime d'activité de réexaminer la situation de M. C dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte, dans les circonstances de l'espèce.
Sur les frais d'instance :
13. M. C a obtenu le bénéficie de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Desfarges, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
DÉCIDE :
Article 1er : La décision du 4 janvier 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis a rejeté le recours de M. C à l'encontre de l'indu de prime d'activité mis à sa charge est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis versera la somme de 1 200 euros à Me Desfarges, au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Desfarges renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2024.
Le rapporteur,
S. Bernabeu
La greffière,
A. Macaronus
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026