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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2205745

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2205745

lundi 4 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2205745
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème Chambre
Avocat requérantZRARI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 avril 2022 et 10 novembre 2022, la société Aluminium Concept Agencement, représentée par Me Zrari, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxes sur la valeur ajoutée mises à sa charge au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015 ;

2°) de condamner l'Etat au paiement des intérêts moratoires ;

3°) de condamner l'Etat au paiement d'une indemnité de 2 000 euros assortie des intérêts au taux légal ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la proposition de notification ne lui a pas été régulièrement notifiée ;

- elle n'a pas élu domicile au cabinet de son expert-comptable et la proposition de rectification ne pouvait donc être adressée à l'adresse de ce dernier ;

- le courrier du 28 septembre 2016 ne peut être assimilé à des observations formulées par le contribuable en réponse à la proposition de rectification ;

- le service ne pouvait lui infliger d'amende sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts faute de notification régulière de la proposition de rectification, dès lors qu'elle a été dans l'impossibilité de formuler ses observations en temps utile et, par voie de conséquence, de désigner les bénéficiaires des revenus considérés comme distribués ;

- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison du dépassement du délai raisonnable pour prendre position sur sa réclamation contentieuse ; elle a subi un préjudice financier évalué à 2 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 octobre et 28 novembre 2022, le directeur des finances publiques de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête de la société Aluminium Concept Agencement.

Il fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de demande indemnitaire préalable de nature à faire naître une décision liant le contentieux ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

- les conclusions de Mme Nguër, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La société Aluminium Concept Agencement a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015, à l'issue de laquelle, par une proposition de rectification du 29 août 2016, l'administration fiscale lui a notifié des rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) au titre de ces exercices, ainsi que des pénalités. L'administration a émis un avis de mise en recouvrement le 16 décembre 2016. La société Aluminium Concept Agencement a formé une réclamation le 7 avril 2017, que l'administration a rejetée le 7 février 2022. Par la présente requête, la société Aluminium Concept Agencement demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxes sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015, assortie des intérêts moratoires. Elle demande également au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 2 000 euros en réparation du préjudice qu'elle a subi du fait du délai de réponse de l'administration à sa réclamation contentieuse, qu'elle estime excessif.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ".

3. Sauf stipulation contraire, le mandat donné à un conseil ou à tout autre mandataire par un contribuable, personne physique ou morale, pour recevoir l'ensemble des actes de la procédure d'imposition et y répondre emporte élection de domicile auprès de ce mandataire. Par suite, lorsqu'un tel mandat a été porté à la connaissance du service en charge de la procédure d'imposition, celui-ci est, en principe, tenu d'adresser au mandataire l'ensemble des actes de cette procédure et notamment, selon le cas, la proposition de rectification et la réponse aux observations du contribuable visées à l'article L 57 du LPF ou la notification des éléments servant au calcul des impositions d'office visée à l'article L 76 du LPF. Toutefois, l'expédition de tout ou partie des actes de la procédure d'imposition au domicile ou au siège du contribuable est réputée régulière et fait courir les délais de réponse à ces actes s'il est établi que le pli de notification a été effectivement retiré par le contribuable ou l'un de ses préposés. En revanche, lorsque le mandat donné à un conseil ou à tout autre mandataire par un contribuable pour l'assister dans ses relations avec l'administration ne contient aucune mention expresse habilitant le mandataire à recevoir l'ensemble des actes de la procédure d'imposition, ce mandat n'emporte pas élection de domicile auprès de ce mandataire. Dans ce cas, l'administration n'entache pas la procédure d'imposition d'irrégularité en notifiant l'ensemble des actes de la procédure au contribuable, alors même que le mandat confie au mandataire le soin de répondre à toute notification de redressements et d'accepter ou de refuser tout redressement.

4. Il résulte de l'instruction que, par un acte du 29 avril 2016, le gérant de la société Aluminium Concept Agencement a donné mandat à " M. B A ", son comptable, pour notamment " répondre et signer tous courriers en nos lieux et places " dans le cadre de la procédure de vérification de comptabilité. Si cet acte, qui ne donnait pas mandat au comptable pour recevoir l'ensemble des actes de la procédure d'imposition, n'emportait pas élection de domicile auprès du mandataire, le gérant de la société requérante a, par un courrier manuscrit du 27 juillet 2016, demandé à recevoir notification des actes à l'adresse de son cabinet comptable mandaté, sise 8 avenue Henri Barbusse, Ariel Bulding Center à Bobigny, et doit donc être regardé comme ayant élu domicile à cette adresse. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 29 août 2016, adressée par lettre recondamnée avec accusé de réception à " A / Concernant SAS Aluminium Concept Agencement/ Ariel Building/ 8 Av. Henri Barbusse/ 93 000 Bobigny " ainsi que l'avait demandé le gérant, a été distribuée le 1er septembre 2016. La société requérante n'est donc pas fondée à soutenir que la proposition de rectification ne lui a pas été régulièrement notifiée.

5. Au surplus, la seule circonstance que le pli contenant la proposition de rectification a été envoyé à une autre adresse que celle donnée par le contribuable ne prive ce dernier d'aucun de ses droits et ne vicie pas la procédure lorsque le pli lui est effectivement parvenu et qu'il a eu connaissance de cet acte en temps utile pour pouvoir présenter ses observations. Or, il résulte de l'instruction que, par une lettre remise en main propre du

28 septembre 2016, le gérant de la société requérante a présenté des observations en " réponse à [la] proposition de rectification du 29 août 2016 ", dont il a donc nécessairement eu connaissance, et qu'il a pu présenter ses observations sur celle-ci en temps utile.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la procédure d'imposition serait entachée d'irrégularité au motif que la proposition de rectification ne lui aurait pas été régulièrement notifiée.

En ce qui concerne la pénalité :

7. L'article 1759 du code général des impôts dispose : " Les sociétés et autres personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés qui versent ou distribuent, directement ou par l'intermédiaire de tiers, des revenus à des personnes dont, contrairement aux dispositions des articles 117 et 240, elles ne révèlent pas l'identité, sont soumises à une amende égale à 100 % des sommes versées ou distribuées. Lorsque l'entreprise a spontanément fait figurer dans sa déclaration de résultat le montant des sommes en cause, le taux de l'amende est ramené à 75 % ".

8. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 29 août 2016 invitait la société Aluminium Concept Agencement à fournir dans un délai de trente jours à compter de sa réception des informations précises sur les bénéficiaires des revenus considérés comme distribués. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la proposition de rectification a été régulièrement notifiée à la société requérante le 1er septembre 2016, et si celle-ci a présenté des observations en réponse le 28 septembre 2016, elle n'a nullement transmis à l'administration les informations relatives à l'identité des bénéficiaires des revenus réputés distribués. Par suite, l'administration était fondée à faire application des dispositions précitées de l'article 1759 et lui infliger une amende égale à 100% de ces revenus.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la société Aluminium Concept Agencement n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des rappels de TVA mis à sa charge au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015, ainsi que des pénalités correspondantes. Ses conclusions à fin de décharge doivent, par suite, être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant au paiement des intérêts moratoires, en application de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / () ".

11. Si la société Aluminium Concept Agencement demande la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 2 000 euros en raison du délai de réponse de l'administration fiscale à sa réclamation contentieuse, qu'elle estime excessif, il ne résulte pas de l'instruction, ainsi que le lui oppose l'administration, que sa demande aurait été précédée d'une réclamation indemnitaire préalable de nature à faire naître une décision liant le contentieux. Dans ces conditions, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par l'Etat et de rejeter les conclusions indemnitaires présentées par la société requérante comme irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Aluminium Concept Agencement réclame au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Aluminium Concept Agencement est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Aluminium Concept Agencement et au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Charret, président,

Mme Tahiri, première conseillère,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2024.

La rapporteure,

N. Dupuy-Bardot

Le président,

J. Charret

La greffière,

L. Valcy

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie et au ministre chargé du budget et des comptes publics, chacun en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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