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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2206317

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2206317

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2206317
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSEBAN ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 avril 2022, les sociétés Action Energy et Développement (AED) et Technotronix Univers (TU), représentées par Me Boukris, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Agence nationale de l'habitat au versement d'une somme de 33 153,20 euros au titre des dossiers MaPrimeRénov' validés et non payés ;

2°) de condamner l'Etat et l'Agence nationale de l'habitat solidairement au versement d'une somme d'un million d'euros en réparation du préjudice financier et moral qu'elles estiment avoir subis du fait du non-respect du délai de quinze jours annoncé publiquement pour le paiement des primes de transition énergétique validées par l'Agence nationale de l'habitat ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat et de l'Agence nationale de l'habitat le versement d'une somme de 7 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- l'Agence nationale de l'habitat a l'obligation d'instruire les dossiers relatifs à la demande de prime dans un délai de quinze jours à compter de leur réception et de la payer à son bénéficiaire ou à son mandataire dans un délai de quinze jours à compter de la réception de la demande de paiement dès lors que le dossier déposé est complet ;

- l'Agence nationale de l'habitat, en dépit d'annonces publiques en ce sens, ne respecte pas le délai de quinze jours pour instruire et payer les subventions accordées au titre du dispositif MaPrimeRénov' ;

- l'impossibilité de respecter le délai de quinze jours pour procéder au paiement des dossiers complets est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat et de l'Agence nationale de l'habitat ;

- le non-respect de ce délai de quinze jours leur porte un préjudice réel et certain dès lors qu'il constitue un manque à gagner, impactant ainsi leur chiffre d'affaires et partant, les plaçant dans une situation telle qu'elles ne sont plus susceptibles de payer leurs créanciers ;

- l'Agence nationale de l'habitat n'a pas payé la somme totale de 33 153,20 euros au titre des aides validées pour M. A, M. D, Mme C et Mme E ;

- le non-respect de ce délai lui porte un préjudice moral d'un montant d'un million d'euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2024, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires conclut, d'une part, au non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête tendant au versement des primes validées et prétendument non payées, d'autre part, au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions tendant au versement des primes validées et prétendument non payées sont, en tout état de cause, irrecevables dès lors que les sociétés n'ont pas formé de demande indemnitaire préalable en ce sens ;

- les conclusions présentées par la société Technotronix Univers sont irrecevables à défaut d'intérêt pour agir de cette société ;

- les sociétés requérantes ne sauraient se prévaloir d'une faute dès lors que les annonces publiques faisant état d'un délai de paiement de quinze jours ne sont pas constitutives d'engagements suffisamment formalisés ;

- elles ne pouvaient se méprendre sur la portée de tels engagements eu égard à leur qualité de professionnel du secteur de la rénovation dès lors qu'elles n'ont pas procédé aux diligences raisonnables et appropriées en vue de s'assurer de la portée de ces engagements ;

- la réalité du préjudice moral allégué n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, l'Agence nationale de l'habitat, représentée par la SELAS d'Avocats Seban et associés, conclut, d'une part, au non-lieu partiel à statuer sur les conclusions de la requête tendant au versement des primes validées, d'autre part, au rejet de la requête, enfin, à ce qu'il soit mis à la charge des sociétés AED et Technotronix Univers la somme de 1 000 euros chacune au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les primes validées pour M. A, M. D, Mme C et Mme E ont été versées ;

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne présente aucune argumentation juridique venant étayer ses conclusions ;

- les conclusions tendant au versement des primes validées et prétendument non payées sont irrecevables dès lors qu'un recours relatif à une subvention relève seulement de l'excès de pouvoir ;

- l'Agence nationale de l'habitat n'a commis aucune faute et tant les préjudices allégués que leur lien de causalité avec la prétendue faute ne sont pas établis.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2019-1479 du 28 décembre 2019 ;

- le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 ;

- le décret n° 2021-344 du 29 mars 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bernabeu ;

- les conclusions de Mme Parent, rapporteure publique ;

- les observations de Me Chevandier, représentant l'Agence nationale de l'habitat.

Considérant ce qui suit :

1. Les sociétés Action Energy et Développement (AED) et Technotronix Univers (TU), habilitées en qualité de mandataire dans le cadre de l'attribution de la prime de transition énergétique, ont formé une réclamation indemnitaire préalable auprès de la transition écologique et de l'Agence nationale de l'habitat, par courrier du 15 décembre 2021, tendant à l'indemnisation des préjudices financiers et moraux qu'elles estiment avoir subis du fait des délais de traitement des dossiers de prime de transition énergétique par l'Agence nationale de l'habitat, à hauteur d'un montant d'un million d'euros. A défaut de réponse dans un délai de deux mois à compter de la réception de la réclamation préalable indemnitaire, une décision implicite de rejet est née le 16 février 2022. Par la présente requête, les sociétés AED et TU demandent au tribunal de condamner l'Etat et l'Agence nationale de l'habitat au versement d'une somme de 33 153,20 euros au titre des primes validées et non payées et d'une somme d'un million d'euros au titre du préjudice moral et financier qu'elles estiment avoir subis du fait du non-respect du délai de quinze jours annoncé publiquement pour le paiement des primes de transition énergétique validées par l'Agence nationale de l'habitat.

Sur les conclusions tendant au versement d'une somme de 33 153,20 euros au titre des dossiers de prime de transition énergétique validés et non payés :

S'agissant de l'exception de non-lieu à statuer :

2. Postérieurement à l'enregistrement de la requête, l'Agence nationale de l'habitat a procédé au versement du solde de prime de transition énergétique de Mme C par un courrier du 14 juin 2022, pour un montant de 7 200 euros, de M. D par un courrier du 27 mai 2023, pour un montant de 4 053,20 euros, de M. A par un courrier du 7 mai 2022, pour un montant de 7 200 euros et de Mme E par un courrier du 8 septembre 2022, pour un montant de 12 700 euros. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête des sociétés AED et TU en ce qu'elles tendent à la condamnation de l'Agence nationale de l'habitat au versement de la somme de 31 153,20 euros au titre des primes validées et non payées.

S'agissant de la fin de non-recevoir tirée de l'absence de liaison du contentieux :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. /Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle [] ".

4. Il résulte de l'instruction que les sociétés AED et TU n'ont pas formé de demande préalable tendant au paiement d'une somme au titre des dossiers MaPrimeRénov' validés et non payés auprès de l'Etat et de l'Agence nationale de l'habitat, avant de présenter des conclusions en ce sens. Par suite, et en l'absence de toute décision susceptible de lier le contentieux sur ce point à la date du présent jugement, le surplus de telles conclusions est, ainsi que l'a opposé le ministre en défense, irrecevable et doit, pour ce motif, être rejeté.

Sur le surplus des conclusions indemnitaires :

5. Si la responsabilité de l'administration est susceptible d'être retenue en cas de promesse non tenue, il appartient au demandeur de démontrer l'existence d'un engagement ferme et précis qui n'aurait pas été respecté à son égard.

6. Les sociétés AED et TU soutiennent qu'il existerait un engagement des pouvoirs publics à ce que l'Agence nationale de l'habitat traite les dossiers et verse la prime de transition énergétique dans un délai de 15 jours à compter de la réception d'un dossier complet. A cet égard, elles se prévalent d'un dossier de presse du 11 janvier 2021, de trois réponses ministérielles à des questions parlementaires des 7 juillet 2020, 29 et 30 septembre 2021 et de captures d'écran issues d'une vidéo Youtube de Mme B, alors secrétaire d'Etat auprès de la ministre de la transition écologique et solidaire. Toutefois, de telles pièces, qui visent à informer tant les parlementaires que le grand public de la procédure mise en œuvre en vue d'instruire les dossiers de prime de transition énergétique, ne sauraient, par elles-mêmes, ni fonder une obligation d'instruire les dossiers de prime de transition énergétique dans un délai de quinze jours à compter de leur réception ni caractériser l'existence d'un engagement à l'égard des sociétés requérantes de procéder au paiement des primes validées dans ce délai à compter de la réception d'un dossier complet. Par suite, les sociétés AED et TU ne sont pas fondées à engager la responsabilité de l'Etat du fait d'une promesse non tenue et de l'Agence nationale de l'habitat pour faute du fait de la méconnaissance d'une obligation de procéder au paiement des primes de transition énergétique dans un délai de quinze jours à compter de la réception d'un dossier complet.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres fins de non-recevoir opposées en défense, que le surplus des conclusions indemnitaires ne peut qu'être rejeté.

Sur les frais d'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat et de l'Agence nationale de l'habitat, qui ne sont pas les parties perdantes à la présente instance, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des sociétés AED et TU la somme demandée par l'Agence nationale de l'habitat au titre des mêmes dispositions.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit mis à la charge de l'Agence nationale de l'habitat le versement de la somme de 31 153,20 euros au titre des primes validées et non payées.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête des sociétés Action Energy et Développement et Technotronix Univers est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par l'Agence nationale de l'habitat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié aux sociétés Action Energy et Développement et Technotronix Univers, à l'Agence nationale de l'habitat et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Baffray, président,

M. Marias, premier conseiller,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

Le rapporteur,

S. Bernabeu

Le président,

J.-F. BaffrayLa greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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