mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2206870 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | BRAHIMI |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 12 mai 2022, enregistrée le même jour au greffe du Tribunal, la présidente du Tribunal administratif de Nice a transmis au Tribunal la requête présentée par Mme C B épouse D et M. A D.
Par cette requête enregistrée le 8 avril 2022 au greffe du Tribunal administratif de Nice et par une requête similaire enregistrée le 27 avril 2022 au greffe du Tribunal, Mme C B épouse D et M. A D, représentés par Me Brahimi, demandent au Tribunal de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2017, 2019 et 2020.
Ils soutiennent que :
- l'article 197 A du code général des impôts ne leur est pas applicable dès lors que la convention fiscale franco-ivoirienne a pour objet d'éviter une double imposition ;
- le calcul des cotisations d'impôt sur le revenu méconnaît l'article 197 A du code général des impôts ;
- ils ne peuvent être assujettis à la cotisation sociale généralisée et à la contribution au remboursement de la dette sociale sur leurs revenus fonciers des années en litige dès lors qu'ils sont affiliés à la sécurité sociale de Côte d'Ivoire et n'ont aucune activité ni ne résident en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2022, la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Côte d'Ivoire tendant à éviter les doubles impositions et à établir des règles d'assistance réciproques, signée à Abidjan le 6 avril 1966 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Syndique, première conseillère,
- les conclusions de M. Khiat, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B épouse D et M. D, qui résident en Côte d'Ivoire, ont perçu des revenus fonciers de source française en 2017, 2019 et 2010 qui ont été soumis à des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux. Leur réclamation ayant été rejetée par une décision du 9 décembre 2021, ils demandent la décharge des cotisations auxquelles ils ont été assujettis au titre de ces trois années.
Sur le bien-fondé des cotisations d'impôt sur le revenu :
2. Il incombe au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative à une convention fiscale, de se placer d'abord au regard de la loi fiscale nationale pour rechercher si, à ce titre, l'imposition contestée a été valablement établie et, dans l'affirmative, sur le fondement de quelle qualification. Il lui appartient ensuite, le cas échéant, en rapprochant cette qualification des stipulations de la convention, de déterminer - en fonction des moyens invoqués devant lui ou même, s'agissant de déterminer le champ d'application de la loi, d'office - si cette convention fait ou non obstacle à l'application de la loi fiscale.
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
3. En premier lieu, aux termes du I de l'article 164 B du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus de source française : / a. Les revenus d'immeubles sis en France ou de droits relatifs à ces immeubles () ". Il en résulte que l'administration était fondée à imposer les revenus en litige sur le fondement de la loi fiscale.
4. En deuxième lieu, d'une part, en vertu de l'article 197 A du code général des impôts dans sa version applicable aux revenus de l'année 2017, les règles du 1 du I de l'article 197, relatives aux règles de calcul de l'impôt selon un barème progressif, " sont applicables pour le calcul de l'impôt sur le revenu dû par les personnes qui, n'ayant pas leur domicile fiscal en France : / a. Perçoivent des revenus de source française ; l'impôt ne peut, en ce cas, être inférieur à 20 % du revenu net imposable () toutefois, lorsque le contribuable justifie que le taux de l'impôt français sur l'ensemble de ses revenus de source française ou étrangère serait inférieur à ces minima, ce taux est applicable à ses revenus de source française. Dans ce cas, les contribuables qui ont leur domicile fiscal dans un Etat membre de l'Union européenne ou dans un Etat avec lequel la France a signé une convention d'assistance administrative de lutte contre la fraude et l'évasion fiscales ou une convention d'assistance mutuelle en matière de recouvrement d'impôt peuvent, dans l'attente de pouvoir produire les pièces justificatives, annexer à leur déclaration de revenu une déclaration sur l'honneur de l'exactitude des informations fournies () ". D'autre part, en vertu de ce même article dans sa version issue de l'article 13 de la loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018 de finances pour 2019, applicable aux revenus des années 2019 et 2020, les règles du 1 du I de l'article 197 " sont applicables pour le calcul de l'impôt sur le revenu dû par les personnes qui, n'ayant pas leur domicile fiscal en France : / a. Perçoivent des revenus de source française ; l'impôt ne peut, en ce cas, être inférieur à un montant calculé en appliquant un taux de 20 % à la fraction du revenu net imposable inférieure ou égale à la limite supérieure de la deuxième tranche du barème de l'impôt sur le revenu et un taux de 30 % à la fraction supérieure à cette () ", les dispositions applicables lorsque le contribuable justifie que le taux de l'impôt français sur l'ensemble de ses revenus de source française ou étrangère serait inférieur à ces minima étant inchangées.
5. Il résulte de l'instruction que le montant de l'impôt sur le revenu dû par les requérants au titre des années en litige a été calculé par application d'un taux de 20 % à l'ensemble de leurs revenus fonciers de source française dès lors, d'une part, que le montant de l'imposition calculé selon le barème progressif sur leurs revenus de source française était inférieur à cette imposition minimale et, d'autre part, qu'ils n'avaient pas justifié que le taux de l'impôt français sur leur revenu mondial serait inférieur au taux de 20 % afin, le cas échéant, de bénéficier d'une imposition inférieure à celle résultant de l'application de ce taux. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, l'article 197 A du code général des impôts dans sa version issue de la loi de finances pour 2019 n'est pas applicable aux revenus de l'année 2017. Par ailleurs, conformément à cet article dans sa version applicable aux revenus des années 2019 et 2020, le taux de 20% doit être appliqué aux revenus compris entre 0 et la limite supérieure de la deuxième tranche du barème de l'impôt sur le revenu. Il en résulte que les requérants ne sont pas fondés à demander la réduction de leurs cotisations d'impôt sur le revenu au titre des années en litige.
En ce qui concerne l'application de la convention fiscale franco-ivoirienne :
6. Aux termes de de l'article 9 de la convention fiscale franco-ivoirienne : " Les revenus des biens immobiliers, y compris les bénéfices des exploitations agricoles et forestières, ne sont imposables que dans l'Etat où ces biens sont situés ". Il résulte de ces stipulations que les revenus en litige, tirés de biens immobiliers situés en France, sont imposables en France.
Sur le bien-fondé des cotisations de prélèvements sociaux :
En ce qui concerne l'année 2017 :
7. Aux termes du I bis de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale relatif à la contribution sociale généralisée sur les revenus du patrimoine, dans sa version applicable à l'année 2017 : " Sont également assujetties à la contribution les personnes physiques qui ne sont pas fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts à raison du montant net des revenus, visés au a du I de l'article 164 B du même code, retenu pour l'établissement de l'impôt sur le revenu ". Aux termes du I de l'article 15 de l'ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale, dans sa version applicable à l'année 2017 : " Il est institué une contribution perçue à compter de 1996 et assise sur les revenus du patrimoine définis au I de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale perçus par les personnes physiques fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts. Sont également soumis à cette contribution les revenus désignés au I bis de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale. / Cette contribution est établie chaque année sur les revenus de l'année précédente, à l'exception de ceux ayant supporté la contribution prévue à l'article 16. () ". Aux termes de l'article L. 245-14 alors en vigueur du code de la sécurité sociale relatif aux prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine, dans sa version applicable à l'année 2017 : " Les personnes physiques fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts sont assujetties à un prélèvement sur les revenus et les sommes mentionnés aux I et II de l'article L. 136-6. Sont également soumises à ce prélèvement, à raison des revenus mentionnés au I bis de l'article L. 136-6 du présent code, les personnes physiques qui ne sont pas fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts. Les dispositions du III de l'article L. 136-6 sont applicables à ce prélèvement ". Aux termes de l'article L. 14-10-4 en vigueur pour les revenus de 2017 du code de l'action sociale et des familles : " Les produits affectés à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie sont constitués par : () 2° Une contribution additionnelle au prélèvement social mentionné à l'article L. 245-14 du code de la sécurité sociale et une contribution additionnelle au prélèvement social mentionné à l'article L. 245-15 du même code. Ces contributions additionnelles sont assises, contrôlées, recouvrées et exigibles dans les mêmes conditions et sous les mêmes sanctions que celles applicables à ces prélèvements sociaux. Leur taux est fixé à 0,3 % () ". Enfin, aux termes de l'article 1600-0 S en vigueur pour les revenus de 2017 du code général des impôts : " I.- Il est institué : / 1° Un prélèvement de solidarité sur les revenus du patrimoine mentionnés à l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale ; () II.- Le prélèvement de solidarité mentionné au 1° du I est assis, contrôlé et recouvré selon les mêmes règles et sous les mêmes sûretés, privilèges et sanctions que la contribution mentionnée à l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale. () ".
8. Il résulte de ces dispositions que les personnes physiques qui ne sont pas fiscalement domiciliées en France sont expressément assujetties aux prélèvements sociaux en litige en application des dispositions du I bis de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale à raison de leurs revenus fonciers perçus en 2017. Ces prélèvements sociaux ne constituent pas des cotisations ouvrant des droits aux prestations et avantages servis par les régimes obligatoires de sécurité sociale, mais des impositions, quand bien même la Cour de justice de l'Union européenne a jugé qu'elles présentent un lien direct et suffisamment pertinent avec la législation relative aux branches de la sécurité sociale pour relever du champ matériel d'application du règlement (CE) n° 883/2004 du 29 avril 2004, lequel ne s'applique pas aux personnes qui sont affiliées à un régime de sécurité sociale d'un État tiers.
9. Il en résulte que les requérants ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis à raison de leurs revenus fonciers de source française perçus en 2017, alors même qu'ils ne résidaient pas en France et étaient affiliés à la sécurité sociale de la Côte d'Ivoire.
En ce qui concerne les années 2019 et 2020 :
10. Aux termes de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale relatif à la contribution sociale généralisée sur les revenus du patrimoine, dans sa version applicable aux années 2019 et 2020 : " () I bis. - Sont également assujetties à la contribution les personnes physiques qui ne sont pas fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts à raison du montant net des revenus, visés au a du I de l'article 164 B du même code, retenu pour l'établissement de l'impôt sur le revenu. / I ter. - Par dérogation aux I et I bis, ne sont pas redevables de la contribution les personnes qui, par application des dispositions du règlement (CE) n° 883/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 sur la coordination des systèmes de sécurité sociale, relèvent en matière d'assurance maladie d'une législation soumise à ces dispositions et qui ne sont pas à la charge d'un régime obligatoire de sécurité sociale français () ". Aux termes de l'article 15 de l'ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale, dans sa version applicable aux années 2019 et 2020 : " I. - Il est institué une contribution perçue à compter de 1996 et assise sur les revenus du patrimoine désignés aux I et I bis de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale perçus par les personnes redevables de la contribution prévue au même article L. 136-6. () ". Aux termes de l'article 235 ter du code général des impôts, dans sa version applicable aux années 2019 et 2020 : " I. - Il est institué : / 1° Un prélèvement de solidarité sur les revenus du patrimoine mentionnés à l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale () II. - Le prélèvement de solidarité mentionné au 1° du I du présent article est assis, contrôlé et recouvré selon les mêmes règles et sous les mêmes sûretés, privilèges et sanctions que la contribution mentionnée à l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale, sans qu'il soit fait application du I ter du même article L. 136-6. () III. - Le taux des prélèvements de solidarité mentionnés au I est fixé à 7,5 % ".
11. Il résulte de ces dispositions que, pour les mêmes motifs que ceux exposé au point 8, les requérants ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis à raison de leurs revenus fonciers de source française perçus en 2019 et 2020, alors même qu'ils ne résidaient pas en France et étaient affiliés à la sécurité sociale de la Côte d'Ivoire.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C épouse D et M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse D et M. A D et à la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents.
Délibéré après l'audience du 22 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Le Garzic, président,
Mme Syndique, première conseillère,
Mme Fabre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.
La rapporteure,
N. Syndique
Le président,
P. Le Garzic Le greffier,
S. Werkling
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026