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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2208024

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2208024

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2208024
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre (J.U)
Avocat requérantSELARL VILLEMOT, BARTHES ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mai 2022, la SARL Pamier, représentée par Me Chaumont, demande au tribunal :

1°) de prononcer, à titre principal, la décharge ou, à défaut, la réduction de la taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie à raison des immeubles " Le Bonaparte ",

" Le Continental " et " Ampère " situés rue 9001, Anatole Sigonneau, 183, avenue Descartes et 1B, rue Edouard Renaud au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis), au titre des années 2019 et 2020 ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis de procéder à une nouvelle évaluation des taxes foncières afférentes aux immeubles litigieux en tenant compte des changements de consistance, d'affection, caractéristiques physiques ou d'environnement, et des tarifs distincts applicables aux emplacements de stationnement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 10 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

La SARL Pamier soutient que :

- sa réclamation préalable n'a pas été correctement examinée ;

- les immeubles " Le Bonaparte " et " Le Continental " sont impropres à toute utilisation et ne sont donc pas assujettis à la taxe foncière sur les propriétés bâties ;

- les immeubles remplissent les conditions de l'article 1389 du code général des impôts pour bénéficier de l'exonération qu'il institue ;

- l'état de chacun de ces immeubles justifiait un abattement sur leur valeur locative cadastrale et révisée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Charret, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Charret ;

- les conclusions de Mme Therby-Vale, rapporteure publique ;

- les observations de Me Chaumont, avocat de la SARL Pamier, et de M. A, représentant le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis.

Le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis a produit une note en délibéré, enregistrée le 15 juin 2023. Cette note en délibéré n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Pamier est propriétaire des immeubles " Le Bonaparte ", " Le Continental " et " Ampère " situés rue 9001, Anatole Sigonneau, 183, avenue Descartes et 1B, rue Edouard Renaud au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis). Par une réclamation en date du 18 novembre 2020, elle a demandé la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020 à raison de ces biens. Par une décision du 16 mars 2022, l'administration a rejeté cette réclamation. La SARL Pamier demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties établies au titre des années 2019 et 2020.

2. En premier lieu, si la SARL Pamier soutient que l'administration fiscale n'a pas examiné les arguments qu'elle a pu exposer dans sa réclamation préalable, il résulte de l'instruction, et notamment de la décision du 16 mars 2022, que tous les moyens et arguments de la société requérante ont été examinés et ont fait l'objet de réponses par le service. Le moyen ainsi invoqué doit en conséquence être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France, à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Aux termes de l'article 1415 du même code, la taxe foncière sur les propriétés bâties est due " pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année d'imposition ". Aux termes de l'article 1393 du même code : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés non bâties de toute nature sises en France ".

4. Un immeuble passible de la taxe foncière sur les propriétés bâties qui fait l'objet de travaux entrainant sa destruction intégrale avant sa reconstruction ne constitue plus, jusqu'à l'achèvement des travaux, une propriété bâtie assujettie à la taxe foncière en application de l'article 1380 du code général des impôts. Il en va de même lorsqu'un immeuble fait l'objet de travaux nécessitant une démolition qui, sans être totale, affecte son gros œuvre d'une manière telle qu'elle le rend dans son ensemble impropre à toute utilisation. En revanche, la seule circonstance qu'un immeuble fasse, ultérieurement à son achèvement et alors qu'il est soumis à ce titre à la taxe foncière sur les propriétés bâties, l'objet de travaux qui, sans emporter ni démolition complète ni porter une telle atteinte à son gros œuvre, le rendent inutilisable au 1er janvier de l'année d'imposition, ne fait pas perdre à cet immeuble son caractère de propriété bâtie pour l'application de l'article 1380 du code général des impôts.

5. A l'appui de ses conclusions à fin de décharge des cotisations de taxe foncières sur les propriétés bâties, la SARL Pamier soutient que les immeubles " Le Bonaparte " et " Le Continental " sont impropres à toute utilisation dès lors qu'ils ont subi une importante démolition, l'ensemble des éléments intérieurs et les façades ayant été déposés. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment des procès-verbaux établis les 12 novembre 2015, 12 décembre 2017, 27 décembre 2018 et 30 décembre 2019 par un commissaire de justice, produits par la société requérante, que si une partie importante des éléments de second œuvre tels que les châssis vitrés, les cloisons intérieures, les installations électriques avaient été démontés, en revanche la structure porteuse du bâtiment, le béton des sols, des murs et des plafonds de tous les niveaux était conservé dans son état brut à cette date. La SARL Pamier n'établit donc pas que le gros œuvre des immeubles " Le Bonaparte " et " Le Continental " en cause était, au 1er janvier 2019, affecté d'une manière telle que ces biens étaient dans un état de délabrement les rendant impropres à toute utilisation dans leur ensemble. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration fiscale a estimé qu'elle devait être assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties au sens des dispositions précitées de l'article 1380 du code général des impôts au titre des années 2019 et 2020.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 1389 du code général des impôts : " I. - Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. / Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée (). "

7. Il est constant que l'ensemble immobilier en litige n'était pas normalement destiné à l'habitation et n'a pas été utilisé par la société requérante elle-même. Par suite, la SARL Pamier ne peut revendiquer le bénéfice des dispositions précitées.

8. En quatrième lieu, s'agissant de l'immeuble Ampère, la SARL Pamier soutient que la valeur locative de l'immeuble doit être réévaluée en prenant en compte un nouveau local-type de référence, aux motifs des lourds travaux, notamment de désamiantage, qu'il nécessite, de son inoccupation, et de son changement d'affectation, au vu des modifications affectant le Plan Local d'Urbanisme applicable à zone dans laquelle il est implanté. Toutefois, la SARL Pamier ne fournit aucun élément de nature à établir que le local-type choisi par l'administration comme terme de comparaison serait irrégulier. Par ailleurs, la modification temporaire de locaux due à la réalisation de travaux en cours ne peut être regardée comme constituant un changement de caractéristiques physiques au sens de l'article 1517 du code général des impôts. Enfin, la modification du classement de la zone dans laquelle est implanté le bien, au regard des règles locales d'urbanisme, ne saurait être regardé comme un changement d'affectation ou d'environnement au sens de ces dispositions. Le moyen ainsi invoqué doit en conséquence être écarté.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Pamier est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Pamier et au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le magistrat désigné,

J. Charret

La greffière,

D. Ferreira

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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