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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2208064

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2208064

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2208064
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème chambre
Avocat requérantSEBAN ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2117382/5-1 du 13 mai 2022, enregistrée le 18 mai 2022 au greffe du tribunal, la présidente de la 5ème section du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête présentée par M. A C.

Par une requête, enregistrée le 11 août 2021 au greffe du tribunal administratif de Paris, et un mémoire, enregistré le 11 avril 2024, M. C, représenté par Me Loiseau, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement l'Etat et l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger à lui verser la somme de 20 002,26 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi en raison du prélèvement indu de la contribution sociale généralisée et de la contribution au remboursement de la dette sociale sur ses traitements de septembre 2017 à décembre 2019, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, à compter du 9 avril 2021 ;

2°) de mettre à la charge solidaire de l'Etat et de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le juge administratif est compétent pour connaître des actions en indemnisation d'un préjudice découlant d'une faute commise par une personne publique ;

- la requête est recevable dès lors que la demande indemnitaire préalable est suffisamment précise sur son objet et son fondement ;

- l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger et le ministère de l'action et des comptes publics ont méconnu les stipulations des articles 2 et 18 de la convention fiscale signée entre la France et Hong-Kong le 21 octobre 2010 ;

- cette illégalité fautive est de nature à engager la responsabilité de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger et de l'Etat ;

- il est fondé à solliciter une somme de 20 002,26 euros au titre de son préjudice financier, correspondant aux prélèvements indus de la contribution sociale généralisée et de la contribution au remboursement de la dette sociale sur ses traitements de septembre 2017 à décembre 2019.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 janvier 2024 et 6 mai 2024, l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE), représentée par Me Carrère, demande au tribunal :

1°) de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner l'Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales (URSSAF) à la garantir de toute condamnation ou, à défaut, de déclarer le jugement commun à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de M. C une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la juridiction administrative est incompétente pour connaître d'un litige portant sur les prélèvements opérés au titre de la contribution sociale généralisée et de la contribution au remboursement de la dette sociale ;

- la requête est irrecevable en l'absence de réclamation indemnitaire préalable précisant le fondement juridique de la responsabilité ;

- les créances sont prescrites en application de l'article L. 243-6 du code de la sécurité sociale ;

- les autres moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- l'ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre, conseillère,

- les conclusions de M. Khiat, rapporteur public,

- et les observations Me Langlet, substituant Me Carrère, avocat de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, professeur des écoles, a été détaché sous contrat auprès de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) et affecté au lycée français international Victor Ségalen à Hong-Kong à compter du 1er septembre 2017. Par un courrier du 9 avril 2021, M. C a saisi l'AEFE d'une demande tendant au versement d'une indemnité de 20 002,26 euros correspondant à la restitution des sommes qui auraient été indûment prélevées au titre de la contribution sociale généralisée (CSG) et de la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) sur ses traitements de septembre 2017 à décembre 2019. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de condamner solidairement l'Etat et l'AEFE au paiement de cette indemnité.

Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 142-8 du code de la sécurité sociale : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : / 1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 ; () ". Aux termes de l'article L. 142-1 du même code : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole ; () ". Aux termes du IV de l'article L. 136-5 du même code, relatif à la CSG : " () / Les différends nés de l'assujettissement à la contribution des revenus mentionnés aux articles L. 136-1 à L. 136-4 relèvent du contentieux de la sécurité sociale et sont réglés selon les dispositions applicables aux cotisations de sécurité sociale () ". B sur les revenus d'activité et de remplacement instituée par le I de l'article 14 de l'ordonnance du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale est, en vertu du III du même article, recouvrée et contrôlée dans les conditions et sous les garanties et sanctions visées à l'article L. 136-5 précité du code de la sécurité sociale. Ainsi, les litiges relatifs aux prélèvements opérés au titre de la contribution sociale généralisée et de la contribution au remboursement de la dette sociale sur les revenus d'activité et les revenus de remplacement relèvent de la compétence de l'autorité judiciaire.

3. D'autre part, aux termes du II bis de l'article L. 136-5 du code de la sécurité sociale, relatif à la contribution sociale généralisée portant sur les revenus d'activité et de remplacement : " La contribution due sur les revenus de source étrangère, sous réserve s'agissant des revenus d'activité qu'elle n'ait pas fait l'objet d'un précompte par l'employeur, () sont établies, recouvrées et contrôlées dans les conditions et selon les modalités prévues au III de l'article L. 136-6. ". Aux termes du III de l'article L. 136-6 du même code : " La contribution () est assise, contrôlée et recouvrée selon les mêmes règles et sous les mêmes sûretés, privilèges et sanctions que l'impôt sur le revenu. () ". Ainsi qu'il a été dit, B sur les revenus d'activité et de remplacement instituée par le I de l'article 14 de l'ordonnance du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale est, en vertu du III du même article, recouvrée et contrôlée dans les conditions et sous les garanties et sanctions visées à l'article L. 136-5 précité du code de la sécurité sociale. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les litiges relatifs aux prélèvements opérés au titre de la contribution sociale généralisée et au titre de la contribution au remboursement de la dette sociale sur les revenus d'activité et les revenus de remplacement de source étrangère relèvent de la compétence de la juridiction administrative.

4. Il résulte de l'instruction que les revenus versés à M. C par l'AEFE du 1er septembre 2017 au 31 décembre 2019, perçus en qualité d'enseignant d'un établissement public national d'enseignement placé sous la tutelle du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sont de source française et non étrangère alors même que l'intéressé exerçait ses fonctions à l'étranger en qualité d'enseignant résident du premier degré au lycée français international de Hong-Kong. Si le requérant se prévaut à l'appui de sa demande d'indemnisation d'une faute résultant de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 18 de la convention fiscale signée entre la France et Hong-Kong le 21 octobre 2010, la faute ainsi invoquée n'est pas détachable de celle de l'assujettissement aux impositions en cause, dont le contentieux relève des juridictions de l'ordre judiciaire. Par suite, les conclusions de M. C tendant à la condamnation de l'Etat et de l'AEFE à lui verser une indemnité en réparation du préjudice résultant de l'établissement des impositions litigieuses et correspondant au remboursement de la CSG et de B indûment prélevées sur sa rémunération du 1er septembre 2017 au 31 décembre 2019 ne sont pas au nombre de celles dont la juridiction administrative peut connaître.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de mettre en cause l'Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales, que la requête de M. C, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doit être rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les frais liés au litige :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme demandée par l'AEFE au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

Mme Syndique, première conseillère,

Mme Fabre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

A.-L. Fabre La présidente,

A.-S. Mach

Le greffier,

S. Werkling

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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