mardi 4 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2208229 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | DIANI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 mai 2022, 3 août 2022, 22 décembre 2023 et 25 septembre 2024, M. C B, représenté par Me Diani, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'avis des sommes à payer, valant titre de recette n° 13100-2022-524253 émis le 24 mars 2022 par la commune de Bagnolet et tendant au recouvrement de la somme de
7 864,41 euros ;
2°) de le décharger de l'obligation de payer ladite somme ;
3°) d'annuler la saisie administrative à tiers détenteur du 5 juillet 2022 émise en exécution du titre de perception n° 13100-2022-524253 du 24 mars 2022 ;
4°) de condamner la commune de Bagnolet au versement de la somme de 22 122 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, assortie des intérêts au taux légal à compter du 19 novembre 2022 ainsi que de leur capitalisation ;
5°) de mettre à la charge de la commune de Bagnolet la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne le titre de perception :
- le bordereau de titre en litige est dépourvu de la signature exigée par les dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il n'est pas fondé, dès lors que la commune ne lui a pas transmis les attestations et justifications qui lui permettent d'exercer ses droits aux prestations ;
- il doit être fait droit à la demande de compensation des créances.
En ce qui concerne la responsabilité de la commune de Bagnolet :
- l'absence de versement des allocations d'aide au retour à l'emploi, l'absence de transmission de l'attestation employeur destinée à France Travail et la promesse non tenue d'une embauche constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de la commune ;
- il a subi un préjudice financier dans la perte du bénéfice des allocations chômage à hauteur de 1 187 euros par mois ;
- il a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence à hauteur de 15 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2024, la commune de Bagnolet, représentée par Me Brunière, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
La direction départementale des finances publiques de la Seine-Saint-Denis a présenté des observations le 27 septembre 2022.
Par une ordonnance du 30 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2024.
Par une lettre du 17 décembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la condamnation de la commune de Bagnolet à verser à M. B la somme de 22 122 euros, en réparation de ses préjudices dès lors que ces conclusions indemnitaires présentées après l'achèvement du délai de recours constituent des conclusions nouvelles et de ce qu'en application des dispositions combinées des articles L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et L. 281 du livre des procédures fiscales la juridiction administrative était incompétente pour connaître des conclusions dirigées contre la saisie administrative à tiers détenteur du 5 juillet 2022, lesquelles relèvent de la compétence du juge de l'exécution.
Par un mémoire enregistré le 9 janvier 2025, M. B a présenté des observations en réponse aux moyens soulevés d'office.
Par une lettre du 14 janvier 2025, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité du moyen tiré du défaut d'indication des bases de liquidation du titre de perception, dans la mesure où il relève d'une cause juridique nouvelle invoquée après l'expiration du délai de recours contentieux.
Par un mémoire, enregistré le 15 janvier 2025, M. B a présenté des observations en réponse au moyen soulevé d'office.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fabre, conseillère,
- les conclusions de M. Colera, rapporteur public,
- et les observations de Me Brunière, avocat, représentant la commune de Bagnolet.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été recruté par la commune de Bagnolet par un contrat à durée déterminée du 21 janvier 2020 au 2 octobre 2021. Par un courrier du 4 août 2021, la commune de Bagnolet a informé M. B que son contrat ne serait pas renouvelé. Toutefois, celle-ci a continué de verser le traitement de M. B, postérieurement au 2 octobre 2021, date d'échéance de son contrat. Un titre de recettes a été émis le 24 mars 2022 pour le recouvrement d'une somme de 7 864,41 euros, correspondant à un trop-perçu de traitement entre le 3 octobre 2021 et le 28 février 2022. Par un courrier du 5 avril 2022, M. B a exercé un recours contre ce titre de perception. Le 5 juillet 2022, la direction départementale des finances publiques de la Seine-Saint-Denis lui a notifié une saisie administrative à tiers détenteur, d'un montant de 7 864,41 euros. M. B demande au tribunal l'annulation de l'avis des sommes à payer ainsi que la décharge de la somme à payer, l'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur ainsi que la condamnation de la commune de Bagnolet à lui verser une somme de 22 122 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la saisie à tiers détenteur :
2. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / () / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. () ". Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / () c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".
3. Il résulte de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.
4. En l'espèce, la saisie administrative à tiers détenteur contestée par M. B, qui a pour objet le recouvrement d'une somme correspondant à un trop perçu de salaires en exécution du titre de perception susvisé, concerne une créance non fiscale. Il résulte de ce qui est dit aux points 2 à 3 qu'il n'appartient qu'à la juridiction judiciaire de connaître de telles conclusions. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge du titre de recettes :
5. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements publics de santé. () / 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. () / En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. ".
6. Il résulte de l'instruction que le bordereau du titre de perception du 24 mars 2022 produit par la commune de Bagnolet, sur lequel est mentionné le titre de recettes en litige d'un montant de 7 864,41 euros émis à l'encontre de M. B, est signé par M. A D, maire de la commune de Bagnolet. Par suite, le moyen tiré du défaut de signature du titre de perception en litige doit être écarté.
7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. B a soulevé, dans son mémoire du 3 août 2022 le moyen tiré du défaut d'indication des bases de liquidation du titre de perception en litige. Toutefois, ce moyen relève d'une cause juridique distincte de celle dont le requérant s'est prévalu à l'appui de sa requête introductive d'instance et a été présenté après l'expiration du délai de recours contentieux. Ainsi, ce moyen est irrecevable et doit être écarté.
8. En troisième lieu, M. B fait valoir qu'il détiendrait sur l'administration une créance liée à l'absence de versement des allocations d'aide au retour à l'emploi d'un montant égal à la somme mise à sa charge par le titre de perception du 24 mars 2022 fondé sur le versement à tort des salaires entre le 3 octobre 2021 et le 30 avril 2022. Toutefois, le principe de non-compensation des créances publiques fait obstacle, à moins qu'il n'en soit disposé autrement par la loi, à ce que puisse être invoquée à l'encontre des personnes publiques une compensation entre les créances détenues par elles et les créances détenues sur elles par un de ses agents. Par suite,
M. B n'est pas fondé à se prévaloir du principe de compensation des créances pour demander la décharge des sommes en litige.
9. En quatrième lieu, sous réserve de dispositions législatives ou réglementaires contraires et hors le cas où il est satisfait à une demande du bénéficiaire, l'administration ne peut retirer une décision individuelle créatrice de droits, si elle est illégale, que dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. Une décision administrative explicite accordant un avantage financier crée des droits au profit de son bénéficiaire alors même que l'administration avait l'obligation de refuser cet avantage. En revanche, n'ont pas cet effet les mesures qui se bornent à procéder à la liquidation de la créance née d'une décision prise antérieurement. Le maintien indu du versement d'un avantage financier à un agent public, alors même que le bénéficiaire a informé l'ordonnateur qu'il ne remplit plus les conditions de l'octroi de cet avantage, n'a pas le caractère d'une décision accordant un avantage financier et constitue une simple erreur de liquidation. Il appartient à l'administration de corriger cette erreur et de réclamer le reversement des sommes payées à tort, sans que l'agent intéressé puisse se prévaloir de droits acquis à l'encontre d'une telle demande de reversement.
10. Il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté, que la créance en litige résulte d'une erreur de liquidation du traitement de M. B à la suite du maintien erroné de sa rémunération du 3 octobre 2021 et le 28 février 2022 malgré la fin de son contrat à durée déterminée le 2 octobre 2021. Par suite, le maire de Bagnolet pouvait légalement corriger cette erreur et demander le reversement de cette somme.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et décharge du titre de perception du 24 mars 2022 de M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
12. Si par un mémoire enregistré le 3 août 2022, M. B demande au tribunal non seulement d'annuler le titre de perception émis le 24 mars 2022 et de le décharger des sommes à payer mais également de condamner la commune de Bagnolet à lui verser une somme en réparation des préjudices résultant de l'émission fautive de cet avis et de la carence de la commune à lui délivrer les attestations et justifications qui lui permettent d'exercer ses droits aux prestations, ces nouvelles conclusions présentées pour la première fois dans son mémoire du 3 août 2022 ne présentent pas de lien suffisant avec la demande initiale ressortissant du seul contentieux du titre de perception et constituent des conclusions nouvelles, présentées après l'expiration du délai de recours. Il suit de là que les conclusions indemnitaires sont irrecevables et ne peuvent donc qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Bagnolet, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation de la saisie à tiers détenteur présentées par
M. B sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Bagnolet.
Copie sera adressée au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Deniel, présidente,
Mme Biscarel, première conseillère,
Mme Fabre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.
La rapporteure,La présidente,A.-L. FabreC. DenielLa greffière,A. Capelle
La République mande et au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026