jeudi 29 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2208260 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET SPHERANCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête n° 2208260 et un mémoire, enregistrés respectivement les 18 mai 2022 et 30 octobre 2023, M. A C, représenté par Me Visscher, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui verser, au titre de son préjudice matériel, la somme de 80 151 euros ;
2°) de condamner l'État à lui verser la somme de 10 000 euros au titre du préjudice moral ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté du 28 décembre 2020 lui refusant le droit au séjour a été annulé en raison d'une erreur de fait ;
- cette illégalité est constitutive d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'État ;
- il n'a eu quant à lui aucun comportement frauduleux, ni émis aucun mensonge ou adopté une stratégie d'opposition de nature à exonérer totalement l'administration de sa responsabilité ;
- en ne lui délivrant pas une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler à la suite de l'annulation du tribunal, le préfet a commis une illégalité qui lui a causé un préjudice direct et certain ouvrant droit à réparation ;
- le préjudice matériel tiré de la perte de salaire doit être indemnisé à hauteur de 50 223 euros ;
- le préjudice matériel tiré de la perte de cotisation retraite doit être indemnisé à hauteur de 29 928 euros ;
- le préjudice moral est évalué à la somme de 10 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Israël ;
- les conclusions de Mme Lunshof, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Visscher, représentant M. C.
Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant mauritanien, né le 31 décembre 1980, a présenté le 6 juillet 2020 une demande tendant au renouvellement de son titre de séjour en application de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Par un arrêté du 28 décembre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par jugement n° 2101056 du 17 septembre 2021, le tribunal administratif de Montreuil a annulé cet arrêté et enjoint au préfet de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. C dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. En exécution de ce jugement, le préfet a remis à l'intéressé le 14 janvier 2022 une autorisation provisoire de séjour d'une durée de trois mois, régulièrement renouvelée, mais qui ne l'autorisait pas à travailler. Il lui faudra attendre le mois d'août 2022 pour se voir remettre un titre de séjour mention " salarié " valable à compter du mois de mai de la même année. Estimant avoir subi différents préjudices relatifs notamment à l'impossibilité d'exercer son emploi, M. C a présenté une demande préalable indemnitaire reçue en préfecture le 18 janvier 2022. En l'absence de réponse, une décision implicite de rejet est née. M. C demande au tribunal l'annulation de ce refus implicite et la condamnation du préfet de la Seine-Saint-Denis à lui verser la somme globale de 90 151 euros en réparation des préjudices subis à raison, d'une part, de l'illégalité de l'arrêté du 28 décembre 2020, d'autre part, qu'en exécution du jugement d'annulation, le préfet ne lui a pas remis une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne le principe de la responsabilité :
S'agissant de l'illégalité fautive du refus de renouvellement de son titre de séjour :
2. Par le jugement susmentionné du 17 septembre 2021, devenu définitif, le tribunal administratif de Montreuil a annulé l'arrêté du 28 décembre 2020 au motif que le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché d'erreur de fait la décision par laquelle il a considéré que l'intéressé ne justifiait d'aucune activité professionnelle pour prétendre au renouvellement de son titre de séjour en qualité de salarié. Toutefois, il est constant que M. C n'avait fourni à l'appui de sa demande de renouvellement du 6 juillet 2020 qu'une une attestation de pôle emploi. Il n'a jamais procédé à l'actualisation de sa situation et s'est abstenu de verser les pièces justifiant d'une activité professionnelle avant le 28 décembre 2020. Ce n'est que dans le cadre de la précédente instance qu'il a versé les bulletins de salaires et une attestation d'embauche depuis septembre 2020, lesquels ont permis de constater l'illégalité de la décision préfectorale. Toutefois, si l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en persistant, jusqu'à cette date, à considérer que l'intéressé ne justifiait d'aucune activité professionnelle depuis juin 2020, M. C, en s'abstenant de faire preuve de la diligence nécessaire au bon examen de sa demande par l'administration, a commis une faute de nature à exonérer entièrement celle de l'Etat.
S'agissant de l'illégalité fautive liée à l'absence de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour autorisant à travailler :
3. Le préfet de la Seine-Saint-Denis fait valoir que le jugement du 17 septembre 2021, en tant qu'il lui enjoint de remettre à M. C une autorisation provisoire de séjour, a été exécuté par la remise de cette autorisation à l'intéressé, et qu'en outre, ni les motifs ni le dispositif de cette décision ne faisait obligation à l'autorité administrative de délivrer à l'intéressé un document l'autorisant à travailler. Toutefois, il est constant que M. C a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", dont le récépissé lui a permis l'exercice d'une activité professionnelle, en vertu des dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur. Par suite, l'autorisation provisoire de séjour délivrée dans l'attente du réexamen de la demande de renouvellement de titre de séjour de M. C aurait dû lui permettre d'exercer une activité professionnelle, quand bien même le jugement n'en aurait pas fait mention. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que cette omission constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à raison des préjudices directs et certains qu'elle lui a causés.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant du préjudice matériel
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. C bénéficiait d'un contrat de mission temporaire conclu pour un emploi de " manœuvre " le 16 septembre 2020 avec la société R2T BTP. Par courrier du 8 janvier 2021, cette dernière l'a informé de la rupture de ce contrat à compter du 5 janvier 2021 en raison de l'expiration de son titre de séjour. Ce même courrier précise néanmoins qu'il pourra reprendre " le travail dès lors qu'il sera régularisé ". M. C invoque une perte de revenus sur la période de janvier 2021 à octobre 2022 à hauteur de 50 223 euros, cette somme correspondant à une projection à partir des revenus perçus de 2017 à 2019 et de l'évolution du montant du salaire minimum de croissance, l'année 2020 étant neutralisée du fait de la pandémie de la COVID-19. A cet égard, le caractère provisoire des contrats de mission temporaire auxquels il aurait pu prétendre dans un premier temps ne fait pas obstacle à l'indemnisation de la perte sérieuse d'occuper un emploi dès lors que l'intéressé établit la régularité de ces missions tant depuis 2016 que postérieurement à la régularisation de sa situation administrative. Toutefois, dès lors que seule la faute tirée de la non remise d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler peut-être retenue, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en allouant à M. C une somme de 7 000 euros.
5. En second lieu, M. C soutient également avoir été privé d'une chance que son employeur cotise pour sa retraite au cours de cette même période, soit pour une durée égale à huit trimestres. A cet égard, il produit une simulation du coût du rachat de ses cotisations retraite en date du 30 octobre 2023 qui fait état d'un montant de 2 187 euros ou 3 240 euros par trimestre selon l'option de rachat choisi. Il se prévaut aussi d'une circulaire de l'Agirc-Arrco du 20 décembre 2022 indiquant les coefficients de rachat selon l'âge pour la retraite complémentaire. Toutefois, dès lors que l'éventuel rachat est purement hypothétique, ainsi qu'il résulte de ses propres écritures, l'existence même de ce préjudice ne peut être regardé comme établi.
S'agissant du préjudice moral
6. Eu égard à la seule faute retenue par le présent jugement, à savoir le fait de s'être vu délivrer un récépissé sans autorisation de travail, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral en l'évaluant à la somme de 1 000 euros.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à M. C la somme totale de 8 000 euros en réparation de l'ensemble de ses préjudices.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État (préfet de la Seine-Saint-Denis), qui est, dans la présente instance, la partie perdante, une somme de 1 100 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser une somme de 8 000 euros à M. C.
Article 2 : L'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à M. C une somme de 1 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Delamarre, présidente,
M. Israël, premier conseiller,
Mme Caldoncelli Vidal, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.
Le rapporteur,
M. Israël
La présidente,
Mme DelamarreLe greffier
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026