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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2208840

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2208840

lundi 16 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2208840
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCABINET GOUTAL, ALIBERT & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mai 2022, M. A Dallier demande au tribunal d'annuler la délibération du 5 avril 2022 par laquelle le conseil de territoire de l'établissement public territorial Grand Paris-Grand Est a fixé les taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2022.

Il soutient que :

- le rapport d'orientations budgétaires faisait apparaitre un déséquilibre des sections de fonctionnement et d'investissement, qui avait été masqué, au cours des années précédentes, par la reprise, dès le vote du budget primitif, de l'excédent de l'année N-1 ;

- une augmentation des taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères n'était pas nécessaire pour couvrir les dépenses de fonctionnement liées à la collecte et au traitement des déchets ;

- sous le double effet de l'évolution des bases de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour 2022, notifiées par les services fiscaux, et de l'adoption de la délibération arrêtant les taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour 2022, l'excédent de recettes de fonctionnement par rapport aux dépenses liées à la collecte et au traitement des déchets atteint 4 607 948 euros ;

- les excédents libres de toute affectation, cumulés depuis 2016 grâce au

" surfinancement " de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, qui représentent 6 146 342 euros, suffisent amplement à financer les 4 602 144 euros d'investissements prévus au budget en 2022 ;

- la délibération attaquée fixe des taux disproportionnés au regard des dépenses du service ;

- l'adoption des nouveaux taux avait pour but de régler le problème de déséquilibre de la section de fonctionnement du budget primitif sans lien avec l'objet de la taxe.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2023, l'établissement public territorial Grand Paris-Grand Est, représenté par Me Goutal, conclut au rejet de la requête de

M. Dallier et à ce que soit mise à la charge de ce dernier la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis a produit des observations le 23 septembre 2024, qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts,

- le code général des collectivités territoriales,

- le code de justice administrative.

L'affaire a été renvoyée en formation collégiale, en application des dispositions de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

- les conclusions de Mme Nguër, rapporteure publique,

- et les observations de M. Dallier, et Me Idrissi, substituant Me Goutal, pour l'établissement public territorial Grand Paris-Grand Est.

Considérant ce qui suit :

1. M. Dallier, conseiller territorial de l'établissement public territorial Grand Paris-Grand Est, demande au tribunal d'annuler la délibération du 5 avril 2022 par laquelle le conseil de territoire de cet établissement public territorial a fixé les taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 1520 du code général des impôts dans sa rédaction issue de l'article 23 de la loi du 28 décembre 2018 de finances pour 2019 : " I. - Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales ainsi qu'aux dépenses directement liées à la définition et aux évaluations du programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés mentionné à l'article L. 541-15-1 du code de l'environnement, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal. / Les dépenses du service de collecte et de traitement des déchets mentionnées au premier alinéa du présent I comprennent : / 1° Les dépenses réelles de fonctionnement ; / 2° Les dépenses d'ordre de fonctionnement au titre des dotations aux amortissements des immobilisations lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses réelles d'investissement correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure ; / 3° Les dépenses réelles d'investissement lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses d'ordre de fonctionnement constituées des dotations aux amortissements des immobilisations correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure. / ( ) ".

3. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères susceptible d'être instituée sur le fondement du I de l'article 1520 du code général des impôts n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires, mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune ou l'établissement de coopération intercommunale compétent pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales ainsi que les dépenses directement liées à la définition et aux évaluations du programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés, non couvertes par des recettes non fiscales affectées à ces opérations. Il s'ensuit que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant de ces dépenses, tel qu'il peut être estimé à la date du vote de la délibération fixant le taux de la taxe, déduction faite, le cas échéant, du montant des recettes non fiscales de la section de fonctionnement, telles qu'elles sont définies par les articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du code général des collectivités territoriales, relatives à ces opérations.

4. Les dépenses susceptibles d'être prises en compte sont constituées de la somme, telle qu'elle peut être estimée à la date du vote de la délibération fixant le taux de la taxe, de toutes les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales et des dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées lorsque la taxe n'a pas pourvu aux dépenses réelles d'investissement correspondantes ou des dépenses réelles d'investissement lorsque la taxe n'a pas pourvu aux dotations aux amortissements.

5. En premier lieu, la somme des excédents de fonctionnement résultant de l'exécution des budgets des années précédentes ne revêt pas, par nature, un caractère récurrent et ne peut, dès lors, être regardée comme une recette non fiscale de la section de fonctionnement au sens des dispositions de l'article L. 2331-2 du code général des collectivités territoriales qui prévoit que " Les recettes non fiscales de la section de fonctionnement comprennent : () 12° : toutes les autres recettes annuelles et permanentes ". Elle ne figure pas davantage au nombre des autres recettes non fiscales de la section de fonctionnement énumérées par les dispositions des articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du code général des collectivités territoriales.

6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, notamment des annexes du budget primitif de l'établissement public territorial Grand Paris-Grand Est adopté le même jour que la délibération litigieuse, que le montant des dépenses réelles de fonctionnement exposées au titre du service d'enlèvement et d'élimination des déchets ménagers ou assimilés s'élevait à 37 459 738,64 euros en 2022. S'ajoutent à ce montant 4 563 920 euros de dépenses réelles d'investissement, dès lors qu'aucune dotation aux amortissements des immobilisations n'était prévue. Les recettes non fiscales de la section de fonctionnement s'élevaient pour leur part à 438 996 euros. Dès lors, les montants de dépenses relatives aux déchets ménagers ou assimilés non couvertes par des recettes non fiscales s'établissaient à 41 584 662,64 euros (37 459 738,64 + 4 563 920 - 438 996). Par suite, le produit attendu de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, d'un montant de 42 300 000 euros, excédait de 1,72 % le montant des dépenses que cette taxe a vocation à couvrir. Il suit de là que les taux fixés par la délibération dont la légalité est contestée ne peuvent pas être regardés comme manifestement disproportionnés.

7. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la délibération attaquée, en tant qu'elle fixe les taux de taxe d'enlèvement des ordures ménagères compte-tenu des dépenses mentionnées au point 3 telles qu'elles pouvaient être estimées à la date de son vote, serait entachée d'un détournement de pouvoir.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le directeur départemental des finances publiques de la Sene-Saint-Denis, que M. Dallier n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du 5 avril 2022 par laquelle le conseil de territoire de l'établissement public territorial Grand Paris-Grand Est a fixé les taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2022.

Sur les frais d'instance :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par l'établissement public territorial Grand Paris-Grand Est au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. Dallier est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'établissement public territorial Grand Paris-Grand Est au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A Dallier et à l'établissement public territorial Grand Paris-Grand Est.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Charret, président,

Mme Tahiri, première conseillère,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2024.

La rapporteure,

N. Dupuy-Bardot

Le président,

J. Charret

La greffière,

L. Valcy

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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