jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2208905 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre (J.U) |
| Avocat requérant | DILLOARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er juin 2022, Mme A agissant en son nom personnel et pour le compte de ses trois enfants, représentée par Me Dilloard, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 40 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement assortie des intérêts au taux légal ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme A soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement dans le délai de six mois, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 6 mars 2019 ;
- elle subit des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observations.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle au taux de 100% par une décision du 21 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu:
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Delamarre pour statuer sur ces litiges.
En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Delamarre, vice-présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 6 mars 2019, désigné Mme A comme prioritaire et devant être logée en urgence dans un logement répondant à ses besoins et à ses capacités. Par un jugement du 23 décembre 2019, le tribunal administratif de Montreuil a enjoint au préfet d'assurer le relogement de Mme A sous astreinte. Mme A n'a été relogée qu'à compter du 27 mai 2021. Mme A a saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d'une demande indemnitaire préalable réceptionnée le 13 mai 2022. Elle demande au tribunal de condamner l'Etat à lui payer la somme de 40 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. () ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé cette décision. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat.
4. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée qu'à l'égard de Mme A, seule demanderesse de logement prioritaire. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par Mme A en sa qualité de représentante légale de ses enfants doivent être rejetées.
5. La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme A aux motifs qu'elle occupait un logement sur-occupé avec au minimum une personne handicapée ou mineure à charge, qu'elle occupait un logement de transition et qu'elle était en attente d'un logement social depuis un délai supérieur à celui fixé par la réglementation. La persistance de la situation constatée par la commission de médiation, à compter du 6 septembre 2019 date à laquelle la carence de l'Etat a revêtu un caractère fautif, ainsi que l'inexécution de la décision du tribunal n°1911249 du 23 décembre 2019, ont causé à Mme A dont le foyer est composé de 4 personnes des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. Il résulte de l'instruction que la requérante a été relogée le 27 mai 2021 de sorte que la période d'indemnisation s'étend du 6 septembre 2019 au 27 mai 2021. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en fixant l'indemnisation due à la somme totale de 2 200 euros.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à Mme A la somme de 2 200 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
7. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que
Me Dilloard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dilloard de la somme de 1 080 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme A la somme de 2 200 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Article 2 : : Il est mis à la charge de l'État, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 080 euros au bénéfice de Me Dilloard, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Dilloard et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024
La magistrate désignée,
A-L. Delamarre
La greffière,
I. Dad
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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N°22089051
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