mercredi 18 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2209140 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | DESFARGES PIERRE-HENRY |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 3 juin 2022, sous le numéro 2209140, M. C, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 décembre 2021 du directeur de la caisse d'allocations familiales de Seine-Saint-Denis ordonnant la récupération d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 152,45 euros ;
2°) de prononcer la décharge du montant réclamé ;
3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de Seine-Saint-Denis la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée n'a pas été signée en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles limite la procédure de récupération par prélèvement sur d'autres prestations à échoir à l'allocation de RSA avec laquelle la prime exceptionnelle de fin d'année ne se confond pas ;
- la décision attaquée, prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, méconnaît les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration car elle ne comporte pas les informations prévues ce second article ;
- elle méconnaît les droits de la défense car elle n'a pas été précédée de la garantie du contradictoire préalable ;
- elle est entachée d'erreurs de droit, de fait et d'appréciation évidentes qu'il ne peut développer en l'absence de connaissance des motifs de la décision attaquée.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 août 2024, la caisse d'allocations familiales de Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans le cadre de cette procédure par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 29 mars 2022.
II. Par une requête enregistrée le 7 octobre 2022, sous le numéro 2215027, M. B, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 1er octobre 2022 du directeur de la caisse d'allocations familiales de Seine-Saint-Denis ordonnant la récupération d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 150 euros ;
3°) de le décharger du paiement de la somme de 150 euros ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée n'a pas été signée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles limite la procédure de récupération par prélèvement sur d'autres prestations à échoir à l'allocation de revenu de solidarité active avec laquelle l'aide exceptionnelle de solidarité ne se confond pas ;
- la décision attaquée, prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, méconnaît les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration car elle ne comporte pas les informations prévues ce second article ;
- elle n'a pas été précédée de la garantie du contradictoire préalable ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale faute pour la caisse d'allocations familiales d'établir qu'il a eu droit à l'information prévue par ces dispositions ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et de fait.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 août 2024, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans le cadre de cette procédure par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 20 décembre 2022.
III. Par une requête, enregistrée le 10 octobre 2022, sous le numéro 2215116, M. B, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a implicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 20 décembre 2021 ordonnant la récupération d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 17 258,68 euros ;
2°) de le décharger du paiement de la somme de 17 258,68 euros ;
3°) d'enjoindre au département de Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- son recours est recevable ;
- la décision en litige, prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, ne comporte pas les informations requises par les dispositions de l'article R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle a été signée par une personne qui ne justifie d'aucune délégation de compétence ou de signature régulièrement publiée ;
- émise par voie information, elle ne comporte pas la signature de son auteur ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale faute pour la caisse d'allocations familiales d'établir qu'il a eu droit à l'information prévue par ces dispositions ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles dès lors que la commission de recours amiable de la CAF n'a pas été saisie ; il a donc été privé de la garantie de la collégialité qu'instaurent ces dispositions ;
- la caisse d'allocations familiales a violé les dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles dès lors que des sommes ont été retenues sur ses prestations dès la notification de cette créance, avant même l'expiration des délais de recours ;
- la décision en litige n'est motivée ni en fait ni en droit et ne lui permet pas de comprendre les faits qui lui sont reprochés ni la base de calcul retenue par l'autorité administrative ;
- elle n'a pas été précédée de la garantie du contradictoire préalable ;
- il n'a jamais perdu sa résidence stable et effective en France ; le département, en s'abstenant ainsi d'examiner la réalité de sa situation, a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation ;
- il est de bonne foi et pouvoir bénéficier du droit à l'erreur ;
- subsidiairement, eu égard à la précarité de sa situation, il doit bénéficier d'une remise totale de dette.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 août 2024, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans le cadre de cette procédure par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 23 août 2022.
IV. Par une ordonnance n° 2208404 du 11 octobre 2022, la présidente du tribunal administratif de Marseille a transmis au tribunal administratif de Montreuil, la requête de M. B enregistrée le 7 octobre 2022.
Par cette requête enregistrée sous le numéro 2215174, M. B, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 1er octobre 2022 de la caisse d'allocations familiales de Seine-Saint-Denis ordonnant la récupération d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 150 euros ;
3°) de le décharger du paiement de la somme de 150 euros ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée n'a pas été signée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles limite la procédure de récupération par prélèvement sur d'autres prestations à échoir à l'allocation de revenu de solidarité active avec laquelle l'aide exceptionnelle de solidarité ne se confond pas ;
- la décision attaquée, prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, méconnaît les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration car elle ne comporte pas les informations prévues ce second article ;
- elle n'a pas été précédée de la garantie du contradictoire préalable ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale faute pour la caisse d'allocations familiales d'établir qu'il a eu droit à l'information prévue par ces dispositions ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et de fait.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 août 2024, la caisse d'allocations familiales de Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
V. Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2022, sous le numéro 2217736, M. B, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du directeur de la caisse d'allocations familiales de Seine-Saint-Denis a implicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 20 décembre 2021 ordonnant la récupération d'un indu d'allocation de logement sociale d'un montant de 10 784 euros ;
2°) de le décharger du paiement de la somme de 10 784 euros ;
3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- son recours est recevable ;
- la décision attaquée a été signée par une personne qui ne justifie d'aucune délégation de compétence ou de signature régulièrement publiée ;
- elle n'est motivée ni en droit ni en fait ;
- prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, elle méconnaît les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration car elle ne comporte pas les informations prévues ce second article ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle ne précise pas le montant exact de la somme réclamée, les voies de recours ainsi que l'existence de son droit d'option, en méconnaissance de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale faute pour la caisse d'allocations familiales d'établir qu'il a eu droit à l'information prévue par ces dispositions ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles dès lors que la commission de recours amiable de la CAF n'a pas été saisie ; il a donc été privé de la garantie de la collégialité qu'instaurent ces dispositions ;
- elle méconnaît la prescription de deux ans prévue à l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale ;
- aucun décompte de la créance n'est fourni ;
- les retenues effectuées sur les prestations qu'il perçoit méconnaissent les dispositions de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale ;
- la preuve de l'assermentation de l'agent de contrôle n'est pas rapportée ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des droits de la défense et des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il n'a jamais perdu sa résidence stable et effective en France et la décision en litige est donc entachée d'une erreur de droit et d'appréciation ;
- il doit bénéficier du droit à l'erreur ;
- compte-tenu de sa bonne foi, il doit bénéficier d'une remise totale de dette.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2024, la caisse d'allocations familiales de Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans le cadre de cette procédure par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 14 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2021-1900 du 30 décembre 2021 de finances pour 2022 ;
- le décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à la crise sanitaire aux ménages et aux jeunes de moins de vingt-cinq ans les plus précaires ;
- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Baffray, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Baffray,
- et les observations de Mme A, dûment habilitée, pour la caisse d'allocations familiales de Seine-Saint-Denis.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées de M. B présentent à juger de questions liées portant sur des décisions prises par une même caisse d'allocations familiales pour la récupération d'indus de prestations servies à une même allocataire et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les demandes d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. M. B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle par les décisions du bureau d'aide juridictionnelle visées ci-dessus, ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de cette aide sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'allocation de logement sociale (ALS), de revenu de solidarité active (RSA), de prime exceptionnelle de fin d'année (PEFA) ou d'aide exceptionnelle de solidarité (AES), il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
En ce qui concerne la régularité des décisions de récupération contestées :
S'agissant des décisions de récupération d'indus de PEFA et d'AES :
4. En premier lieu, la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre la prime exceptionnelle de fin d'année est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, conformément aux dispositions de l'article L. 211-5 du même code.
5. Les décisions de récupération d'indus de PEFA 2020 et d'AES, prises respectivement les 25 décembre 2021 et 1er octobre 2022, ne mentionnent pas les dispositions légales ou réglementaires sur la base desquelles elles ont été prises. Dès lors, M. B est fondé à en demander l'annulation pour ce motif, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de régularité soutenus à leur encontre.
S'agissant des décisions de récupération des indus de RSA et d'ALS :
6. Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ".
7. Il résulte de ces dispositions que les décisions rejetant les recours administratifs que M. B a présentés le 14 février 2022 et constituant des recours préalables obligatoires en vertu des dispositions du 19° du IV de l'article 43 de la loi du 30 décembre 2021 de finances pour 2022, pour le RSA, et de celles de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation, pour l'ALS, se sont substituées à celle qu'elles confirment du 20 décembre 2021, lui notifiant une dette provenant d'indus de RSA et d'ALS du 1er décembre 2018 au 26 octobre 2021. Dès lors, les moyens soutenus par M. B à l'encontre de la décision du 20 décembre 2021 sont inopérants.
Quant à la décision confirmant la récupération de l'indu RSA :
8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "
9. La décision de rejet du recours administratif préalable obligatoire présenté par M. B le 14 février 2022 contre la décision du 20 décembre 2021 de récupération d'indus de RSA étant intervenue implicitement le 14 avril 2022, elle est réputée prise par un auteur compétent. M. B n'en ayant par ailleurs pas demandé la communication des motifs, il ne peut utilement soutenir qu'elle est entachée d'incompétence de son auteur, d'insuffisance de motivation et d'absence de signature.
10. En deuxième lieu, il ne résulte d'aucun élément de l'instruction que cette décision, ni d'ailleurs celle initiale à laquelle elle se substitue, aurait été prise sur base d'un traitement algorithmique au sens de l'article L. 311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré par M. B de ce qu'il n'aurait pas reçu les informations prévues par cet article et mis à même de demander la communication de celles mentionnées à l'article R. 311-3-1-2 du même code ne peut qu'être écarté.
11. En troisième lieu, aux termes de ces dispositions du 19° du IV de l'article 43 de la loi du 30 décembre 2021 de finances pour 2022 applicable au litige : " Par dérogation à l'article L. 262-47, toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. / Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat. Le bénéficiaire du revenu de solidarité active est informé, par tout moyen, des modalités de réclamation et de recours décrites aux premier et second alinéas de l'article L. 262-47 et au présent 19°. " Et en vertu de l'article du 25° de l'article 1er du décret : " L'article R. 262-90 est remplacé par les dispositions suivantes : "Art. R. 262-90. - L'absence de réception par l'intéressé de la décision de la commission de recours amiable dans le délai prévu à l'article R. 142-6 du code de la sécurité sociale vaut rejet de sa demande." ".
12. M. B a lui-même saisi la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de Seine-Saint-Denis le 14 février 2022 par son recours administratif préalable obligatoire contre la décision de récupération de l'indu de RSA, qui a, en vertu des dispositions citées au point précédent, été implicitement rejeté le 14 avril 2022 par cette commission, à défaut de décision explicite dans le délai de deux mois suivant sa saisine. Dès lors, M. B ne peut utilement soutenir un défaut de saisine de cette commission pour avis préalable à la décision statuant sur son recours.
13. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : () 3° Aux agents des organismes de sécurité sociale pour recouvrer les prestations versées indûment (). Le droit prévu au premier alinéa s'exerce quel que soit le support utilisé pour la conservation des documents et peut s'accompagner de la prise immédiate d'extraits et de copies. Les documents et informations sont communiqués à titre gratuit dans les trente jours qui suivent la réception de la demande. () ". Aux termes de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ".
14. Il résulte de l'instruction, notamment des termes du rapport d'enquête de l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de Seine-Saint-Denis, que les documents sur lesquels se fonde la décision de récupération de RSA sont ceux que M. B a lui-même fournis, par courriel, à cet agent, à savoir son passeport et des factures de consommation d'électricité, et que l'intéressé a reçu un formulaire de procédure contradictoire et été informé de la faculté de la mise en œuvre du droit de communication prévu aux articles L. 114-19 du code de la sécurité sociale et de sa possibilité d'obtenir la communication des documents ainsi obtenus, dont il n'a pas usé. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale et de la méconnaissance des droits de la défense doivent aussi être écartés.
15. En cinquième lieu, selon l'article L. 114-9 du code de la sécurité sociale, les directeurs des caisses d'allocations familiales " sont tenus, lorsqu'ils ont connaissance d'informations ou de faits pouvant être de nature à constituer une fraude, de procéder aux contrôles et enquêtes nécessaires. () ". Aux termes de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale : " Les directeurs des organismes de sécurité sociale confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale (), le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations (). Ces agents ont qualité pour dresser des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire ". Il résulte de ces dispositions que les contrôles portant sur les déclarations des bénéficiaires ne peuvent être conduits que par des agents assermentés et agréés, chargés d'une telle mission par le directeur de la caisse d'allocations familiales assurant le service de cette prestation. Il en résulte également que l'agrément d'un agent établit que celui-ci est affecté à un emploi comportant une mission de contrôle, dont il a été chargé par le directeur de la caisse d'allocations familiales qui l'emploie.
16. En l'espèce, la caisse d'allocations familiales a justifié de ce que l'agent qui a procédé au contrôle de la situation de M. B préalablement à la notification de l'indu de RSA était un agent de contrôle agréé et assermenté.
17. En sixième lieu, le non-respect du caractère suspensif des recours administratifs et contentieux exercés contre une décision de récupération d'un indu de RSA, qui interdit à la caisse de procéder au recouvrement de l'indu durant le temps de l'examen de ces recours, est sans incidence sur la légalité de la décision de récupération elle-même.
Quant à la décision confirmant la récupération de l'indu d'ALS :
18. Aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire. " Aux termes du premier alinéa de l'article R. 825-1 de ce code : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. " Et selon le premier alinéa de l'article R. 825-2 du même code : " Le directeur de l'organisme payeur statue sur les recours administratifs mentionnés à l'article R. 825-1, après l'avis de la commission de recours amiable. "
19. Il résulte de ces dispositions que le recours administratif préalable de M. B à l'encontre de la décision de récupération de l'indu d'ALS devait être soumis pour avis à la commission de recours amiable avant que le directeur de la caisse d'allocations familiales de Seine-Saint-Denis n'y statue, même implicitement. Or, il ne résulte d'aucun élément de l'instruction que la commission de recours amiable ait été saisie pour avis sur ce recours avant son rejet implicite. Dès lors, M. B est fondé à soutenir que la décision implicite du 14 avril 2022 rejetant son recours administratif et confirmant la récupération de l'indu d'ALS sur la période du 1er décembre 2018 au 26 octobre 2021 est entachée d'un vice de procédure l'ayant privé d'une garantie. Elle doit être annulée pour ce motif, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens d'irrégularité.
En ce qui concerne le bien-fondé des décisions contestées :
20. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. " Et selon l'article L. 262-45 du même code : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci (). "
21. Aux termes de l'article L. 821-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement sont accordées au titre de la résidence principale. "
22. Aux termes du I de l'article 1er du décret du 27 novembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à la crise sanitaire aux ménages et aux jeunes de moins de vingt-cinq ans les plus précaires : " Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins une des allocations suivantes au titre des mois de septembre ou d'octobre 2020 : 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ; () 3° L'une des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation (). ". Aux termes du I de l'article 2 de ce décret : " Les bénéficiaires du revenu de solidarité active mentionné au 1° de l'article 1er ont droit, au titre de l'aide exceptionnelle de solidarité, à un versement de 150 D'une part, aux termes de euros sous réserve que le montant de leur allocation dû au titre du mois de septembre ou d'octobre ne soit pas nul. " Et selon l'article 4 du même décret : " I. - Tout paiement indu de l'aide exceptionnelle de solidarité attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. () ".
23. Et aux termes du premier alinéa de l'article 3 du décret du 29 décembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2020 ou, à défaut, du mois de décembre 2020, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul. " Selon l'article 4 de ce décret : " Le montant de l'aide mentionnée à l'article 3 est égal à 152,45 € pour une personne seule, (). " Et en vertu du I de l'article 6 du même décret : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue. "
24. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête produit par la caisse d'allocations familiales, que ce dernier a résidé de manière stable et habituelle en Algérie du 10 octobre 2018 au 26 octobre 2021. M. B ne le conteste nullement ayant d'ailleurs précisé dans ses recours préalables qu'il était effectivement retourné en Algérie durant toute cette période pour s'occuper de son père malade puis y était resté jusqu'à la fin de confinement de l'épidémie de Covid-19, tout en continuant à effectuer ses déclarations périodiques sans l'indiquer, ce qui caractérise une fraude et non une simple erreur par omission de bonne foi et régularisable, au sens de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi, M. B ne remplissait effectivement pas, sur la période de récupération du 1er décembre 2018 au 26 octobre 2021, la condition exigées par les dispositions précitées de résidence stable et habituelle en France pour bénéficier du RSA et de résidence principale en France pour bénéficier de l'ALS. De même, dès lors qu'il ne pouvait être considéré comme bénéficiaire du RSA durant les mois de septembre à décembre 2020, il ne remplissait pas davantage les conditions pour percevoir la PEFA au titre de l'année 2020 ou l'AES instituée par le décret du 29 novembre 2020.
25. Il découle de l'ensemble de ce qui précède que M. B est uniquement fondé à demander l'annulation de la décision implicite du 14 avril 2022 confirmant la récupération de l'indu d'ALS, la décision du 25 décembre 2021 de récupération de l'indu de PEFA au titre de l'année 2020 et celle du 1er octobre 2022 de récupération de l'AES, en tant qu'elles sont irrégulières en la forme.
Sur les conclusions aux fins de décharge et d'injonction :
26. En premier lieu, la décision de récupération de l'indu de RSA n'étant pas illégale, M. B n'est pas fondé à demander à être déchargé de l'obligation de rembourser cet indu et il n'y a pas lieu d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de Seine-Saint-Denis de prendre une nouvelle décision sur cet indu.
27. En second lieu, en cas d'annulation par le juge administratif, saisi d'un recours dirigé contre celle-ci, d'une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'ALS, de PEFA ou d'AES, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.
28. Le présent jugement, qui annule les décisions ordonnant la récupération d'indus d'ALS versés sur la période allant du 1er décembre 2018 au 26 octobre 2021, de PEFA au titre de l'année 2020 et d'AES au motif de leur irrégularité, implique uniquement que M. B soit déchargé de l'obligation de rembourser ces indus en application de ces décisions, sous réserve que la caisse, si elle s'y croit fondée, reprenne régulièrement de nouvelles décisions ordonnant leur récupération.
Sur les frais des instances :
29. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de Seine-Saint-Denis une somme à verser à Me Desfarges au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DÉCIDE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes de M. B tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les décisions du 14 avril 2022, 20décembre 2021 et 1er octobre 2022 de la caisse d'allocations familiales de Seine-Saint-Denis ordonnant la récupération d'indus d'allocation de logement sociale sur la période du 1er décembre 2018 au 26 octobre 2021, de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de l'année 2020 et d'aide exceptionnelle de solidarité instituée par le décret du 27 novembre 2020 sont annulées.
Article 3 : M. B est déchargé de l'obligation de rembourser les sommes dont les décisions mentionnées à l'article précédent ordonnent la récupération, sauf à ce que la caisse d'allocations familiales de Seine-Saint-Denis prenne de nouvelles décisions ordonnant régulièrement leur récupération.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Desfarges, à la caisse d'allocations familiales de Seine-Saint-Denis, à la ministre du travail et de l'emploi, à la ministre du logement et de la rénovation urbaine, au ministre des solidarité, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes.
Copie en sera adressée au préfet et au département de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2024.
Le magistrat désigné,La greffière,
J.-F. BaffrayA. Macaronus
La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi, à la ministre du logement et de la rénovation urbaine, au ministre des solidarité, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Nos 2209140
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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01/06/2026