mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2209421 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | DE SEZE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 juin 2022 et le 10 juin 2024, M. B A, représenté par Me de Sèze, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 6 mai 2022 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin en totalité aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;
3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de rétablir à son profit le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du mois de décembre 2021, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice et administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle a été prise avant l'expiration du délai de quinze jours prévu par les dispositions de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un vice de procédure compte tenu de l'absence de prise en considération de sa vulnérabilité ; à supposer qu'il ait fait l'objet d'un entretien, il appartient à l'OFII de démontrer que l'agent ayant conduit cet entretien a fait l'objet d'une formation spécifique ; le questionnaire figurant en annexe de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités méconnait l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'aucun élément matériel n'est fourni concernant la matérialité des manquements qui lui sont reprochés ; il a respecté ses obligations de demandeur d'asile ; l'administration n'apporte pas la preuve qu'un test PCR était exigé par les autorités suédoises à la date du 18 janvier 2022 ; son comportement ne saurait être assimilé à une fuite.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été lu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan né en 1999, a déposé une demande d'asile enregistrée au guichet unique le 25 juin 2021. Par une décision du 16 septembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé son transfert aux autorités suédoises responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par une ordonnance du 22 février 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Montreuil a suspendu l'exécution de la décision du 24 janvier 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis avait refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale. Par une ordonnance du 19 avril 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Montreuil a suspendu l'exécution de la décision révélée par un courrier électronique du 9 mars 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis avait refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale. Par une décision du 6 mai 2022, l'OFII a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil. M. A demande l'annulation de cette dernière décision.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 17 mai 2024, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ". Aux termes de l'article D. 551-18 du code précité : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature [] ".
4. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile énonce que le requérant n'a pas respecté les exigences des autorités de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. Elle indique également qu'après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, il a été décidé de mettre totalement fin aux conditions matérielles d'accueil. Ainsi, la décision attaquée comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que le directeur territorial de l'OFII aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'OFII a informé M. A de son intention de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil et l'a invité à présenter des observations dans un délai de quinze jours, par un courrier du 15 mars 2022 notifié au plus tard le 5 avril suivant. Or, la décision contestée a été prise le 6 mai 2022 par l'OFII, soit après l'expiration de ce délai de quinze jours prévu à l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré d'une irrégularité de la procédure en méconnaissance de ces dispositions doit par suite être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ".
7. D'une part, M. A soutient que sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte et qu'aucun entretien d'évaluation n'a pas été effectué à cette fin. Néanmoins, il ressort des pièces du dossier, que le requérant a bénéficié le 1er juillet 2021 d'un entretien personnel, mené par un agent de l'OFII, sans qu'aucun élément n'établisse que ce dernier n'aurait pas reçu de formation spécifique à cette fin, et en présence d'un interprète en langue dari, au cours duquel a été évaluée sa vulnérabilité. Au surplus, l'intéressé ne fait état d'aucune situation de vulnérabilité à la date de la décision contestée. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. D'autre part, M. A ne peut utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile, pour l'application duquel la décision attaquée n'a pas été prise et qui n'en constitue pas la base légale.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".
10. M. A soutient que la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie dès lors, d'une part, qu'il a respecté ses rendez-vous, d'autre part, que l'administration n'apporte pas la preuve qu'il n'était pas nécessaire de produire un test PCR pour entrer en Suède à la date de son transfert prévu le 18 janvier 2022 dans le cadre de la procédure de remise aux autorités du pays responsable de sa demande d'asile. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A a été informé, le 18 janvier 2022, dans le cadre de la procédure de transfert dont il faisait l'objet, que le refus de se soumettre à un test PCR constituerait un obstacle à l'exécution de l'arrêté de transfert et aurait notamment pour conséquence de le placer en fuite, ce qui lui ferait perdre la totalité des allocations versées au titre de son statut de demandeur. Les mentions figurant sur ce courrier indiquent qu'il a été notifié par le truchement d'un interprète au requérant, ce que confirme une attestation de réalisation d'une prestation d'interprétariat comportant le numéro de dossier et la date de naissance de M. A. En outre, le courrier de notification d'intention de cessation des conditions matérielles d'accueil comporte l'indication selon laquelle le requérant " a été notifié en fuite par la préfecture le 19 janvier 2022 ". Par ailleurs, le courrier adressé par le préfet de la Seine-Saint-Denis au médecin coordinateur du local de rétention administrative de Bobigny, daté du 18 janvier 2022, précise que le test PCR " est requis pour les vols à destination de la Suède " et le requérant n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'une telle indication serait erronée. Dans ces conditions, en estimant que M. A n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, et en décidant pour ce motif la cessation de ses conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'OFII n'a entaché sa décision d'aucune erreur de droit ou d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A n'est pas fondée et doit être rejetée en toutes ses conclusions.
DÉCIDE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me de Sèze et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Baffray, président,
Mme Lançon, première conseillère,
Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.
La rapporteure,
N. Gaullier-Chatagner
Le président,
J.-F. BaffrayLa greffière,
A. Macaronus
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026