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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2210357

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2210357

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2210357
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre (J.U)
Avocat requérantLUBAKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juin 2022, Mme A B, agissant à titre personnel et en qualité de représentante légale de ses trois enfants mineurs, représentée par Me Lubaki, demande au tribunal de condamner le préfet de la Seine-Saint-Denis à lui payer la somme de 25 000 euros, à réactualiser au jour du prononcé du jugement ou jusqu'à son relogement effectif dans le parc social, au titre de son préjudice

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 17 février 2016 ;

- elle est dépourvue d'un logement adapté à ses besoins et capacités, ce qui lui a causé des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence ainsi qu'un préjudice moral.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observations en défense.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen ;

- la convention relative aux droits de l'enfants ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Delamarre pour statuer sur ces litiges.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont étés entendu au cours de l'audience publique :

- Le rapport de Mme Delamarre,

- Les observations de Me Lubaki représentant Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 11 décembre 2019, la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a désigné Mme B comme prioritaire et devant être logée en urgence. Par une ordonnance en date du 24 juin 2021, le tribunal administratif de Montreuil a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d'assurer le logement de la requérante sous une astreinte de 600 euros par mois de retard à compter du 1er septembre 2021. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme B a saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 28 janvier 2022. Mme B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser une somme de 25 000 euros en réparation de ses troubles dans les conditions d'existence.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée en urgence par une commission de médiation en application des dispositions de l'article

L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 de ce code. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois imparti au préfet, à compter de la décision de la commission de médiation, par l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation, pour provoquer une offre de logement.

4. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée qu'à l'égard de Mme B seul demandeuse de logement prioritaire. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par Mme B en qualité de représentante légales de ses trois enfants mineurs doivent être rejetées.

5. Par ailleurs, aux termes du I de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : " I. ' Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus ". Aux termes de son article 6 : " Le présent titre s'applique aux administrations de l'Etat, aux collectivités territoriales, à leurs établissements publics administratifs ainsi qu'aux organismes et personnes de droit public et de droit privé chargés d'une mission de service public administratif, y compris les organismes de sécurité sociale ". Aux termes des deux premiers alinéas de son article 7 : " Sous réserve des obligations qui découlent d'un engagement international ou du droit de l'Union européenne, les délais à l'issue desquels une décision, un accord ou un avis de l'un des organismes ou personnes mentionnés à l'article 6 peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période mentionnée au I de l'article 1er. / Le point de départ des délais de même nature qui auraient dû commencer à courir pendant la période mentionnée au I de l'article 1er est reporté jusqu'à l'achèvement de celle-ci ".

6. La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme B le 11 décembre 2019 au motif suivant " Dépourvu(e) de logement/Hébergé(e) chez un particulier ". Il résulte de l'instruction que Mme B est dépourvue de logement adapté à ses besoins en ce qu'elle vit dans un appartement ne disposant que d'une chambre, en compagnie de ses trois enfants, dont l'un d'entre eux, né en 2015, présente une cardiopathie complexe et rare, qui nécessite une vie dans un logement salubre. Il résulte des dispositions citées au point 4 que le délai de six mois initialement imparti au préfet de la de la Seine-Saint-Denis pour faire une offre de logement a commencé à courir à compter du 11 décembre 2019 mais a été suspendu entre le 12 mars 2020 et le 24 juin 2020, et a donc échu le 23 septembre 2020.La persistance de cette situation, à compter du 23 septembre 2020, date à laquelle la carence de l'Etat a revêtu un caractère fautif, a causé à Mme B des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. Il résulte également de l'instruction que Mme B a été relogée le 10 octobre 2023. La période d'indemnisation s'étend du 23 septembre 2020 au 10 octobre 2023. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de l'indemnisation due à la somme totale de 3 000 euros.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme B la somme de 3 000 euros.

D E C I D E :

Article 1 : L'Etat est condamné à verser à Mme B la somme de 3 000 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Lubaki et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024

La magistrate désignée

A-L. Delamarre

La greffière

E. Kangou

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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