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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2210706

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2210706

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2210706
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er juillet et 15 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Moreau, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier intercommunal André Grégoire à lui verser une somme totale de 15 421 euros, augmentée des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation des préjudices subis du fait de la promesse non tenue par son employeur de lui permettre de suivre, dans le cadre de la formation continue, le master économie et gestion de la santé au titre de l'année 2021-2022 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal André Grégoire une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'administration a méconnu la promesse qu'elle lui avait faite de valider sa demande de formation en master économie et gestion de la santé au titre de l'année 2021-2022 ;

- cette faute lui a causé un préjudice financier, qui s'établit à la somme de 7 000 euros, correspondant aux frais de formation qu'il doit désormais lui-même financer ;

- il a également subi un préjudice financier, qui s'établit à la somme de 8 421 euros, correspondant au salaire qu'il aurait perçu durant les 77 jours de formation s'il n'avait pas démissionné le 18 février 2022.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 19 octobre 2022, le centre hospitalier André Grégoire conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 16 décembre 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le décret n° 2008-824 du 21 août 2008 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Van Maele,

- les conclusions de M. Silvy, rapporteur public,

- et les observations de Me Moreau, représentant M. B.

Le centre hospitalier intercommunal André Grégoire n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, recruté en janvier 2017 par le centre hospitalier intercommunal (CHI) André Grégoire de Montreuil dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée en qualité de masseur kinésithérapeuthe, a pris les fonctions de faisant fonction de cadre de santé rééducation en août 2019, et a accepté, en septembre 2020, d'occuper également les fonctions d'encadrement du service unité mobile d'accompagnement et de soins (UMAS) durant l'absence de la cadre de santé en charge de ce service, sous condition que sa demande d'inscription au master économie et gestion de la santé formulée dans le cadre de la formation continue pour l'année 2021-2022 soit appuyée. M. B a présenté au centre hospitalier intercommunal, par un courrier reçu le 7 avril 2022, une réclamation préalable en raison des préjudices financiers qu'il estime avoir subis du fait de la promesse non-tenue par l'administration de soutenir sa demande de formation. A la suite du rejet de sa réclamation par un courrier de l'administration daté du 2 juin 2022, M. B a saisi le tribunal afin que le CHI André Grégoire soit condamné à lui verser la somme de 15 421 euros en réparation des préjudices financiers résultant selon lui de la promesse non tenue, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation.

Sur la faute du CHI André Grégoire :

2. Aux termes de l'article 1er du décret du 21 août 2008 relatif à la formation professionnelle tout au long de la vie des agents de la fonction publique hospitalière : " La formation professionnelle tout au long de la vie comprend principalement les actions ayant pour objet : () 2° De garantir, de maintenir ou de parfaire les connaissances et la compétence des agents en vue d'assurer : () c) Le développement de leurs connaissances ou compétences et l'acquisition de nouvelles connaissances ou compétences ; () ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " L'accès des agents à des actions de formation professionnelle est assuré : 1° A l'initiative de l'établissement dans le cadre du plan de formation mentionné au chapitre II du présent décret et dans le cadre des périodes de professionnalisation prévues au chapitre IV ; () ". Aux termes de l'article 6 de ce décret : " Le plan de formation de l'établissement est établi chaque année selon les modalités définies à l'article 37. Il détermine les actions de formation initiale et continue organisées par l'employeur ou à l'initiative de l'agent avec l'accord de l'employeur relevant des 1°, 2°, 3°, 4° et 5° de l'article 1er. Il prévoit leur financement. () ". Aux termes de l'article 7 du même décret : " Les agents bénéficient, sur leur demande, des actions du plan de formation, sous réserve des nécessités de fonctionnement du service. () ". Aux termes de l'article 8 dudit décret : " Les agents qui suivent une formation inscrite au plan de formation de l'établissement bénéficient, pendant leur temps de travail, du maintien de leur rémunération. () ". Enfin, aux termes de l'article 37 de ce décret : " () le chef d'établissement arrête tous les ans le plan de formation, après avis du comité technique d'établissement qui se réunit, à cet effet, au cours du dernier trimestre précédant la période couverte par ce plan. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que le plan de formation du centre hospitalier est établi en fonction des besoins de formation du personnel mais également en tenant compte des besoins de l'hôpital et de ses possibilités financières. Si les dispositions de l'article 7 du décret du 21 août 2008 précitées prévoient que les agents peuvent demander à bénéficier du plan de formation de l'hôpital, ils ne peuvent en bénéficier que sous réserve des nécessités de fonctionnement du service et des possibilités de financement. Enfin, le plan de formation est arrêté chaque année par le chef d'établissement, après avis du comité technique.

4. Il résulte de l'instruction, notamment des courriels échangés le 3 septembre 2020 entre M. B et la coordinatrice générale des soins du CHI André Grégoire, que M. B, faisant fonction de cadre de santé rééducation, a accepté d'assurer les fonctions d'encadrement de l'unité de médecine ambulatoire durant l'absence de la cadre de santé en charge de ce service en échange de l'assurance qui lui avait été donnée que sa demande d'inscription au master " économie et gestion de la santé " en formation continue pour l'année 2021-2022 serait soutenue.

5. M. B soutient toutefois, sans être contredit, que la coordinatrice générale des soins n'a pas transmis sa demande de formation dans les délais impartis au service chargé de recueillir les besoins de formation des services en vue de l'élaboration du plan de formation de l'établissement pour l'année 2021, ainsi que cela lui a été confirmé par un courriel du 28 avril 2021 de la responsable des formations du centre hospitalier. Dans ces conditions, le non-respect de l'assurance donnée à M. B par la coordinatrice générale des soins du CHI André Grégoire, qui l'a privé d'une chance d'obtenir la prise en charge de la formation en cause, constitue une faute de nature à engager la responsabilité du CHI.

Sur la demande de réparation des préjudices subis par M. B :

6. En principe, toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.

7. En premier lieu, si M. B demande au tribunal de condamner l'administration à lui verser la somme de 7 000 euros correspondant au coût de la formation " master économie et gestion de la santé " dont il avait sollicité la prise en charge au titre du plan de formation, il ne justifie ni avoir effectivement suivi cette formation, ni l'avoir lui-même financé. Dans ces conditions, M. B n'établit pas la réalité du préjudice dont il se prévaut. Par suite, la demande d'indemnisation de ce préjudice doit être rejetée, y compris au titre de la perte de chance.

8. En second lieu, M. B sollicite le versement d'une somme de 8 421 euros correspondant à la rémunération qu'il aurait dû percevoir durant les soixante-dix-sept heures que dure la formation sollicitée. S'il résulte des dispositions de l'article 8 du décret du 21 août 2008 citées au point 2 que les agents qui suivent une formation inscrite au plan de formation de l'établissement bénéficient, pendant leur temps de travail, du maintien de leur rémunération,

M. B, qui ne justifie d'aucune perte de rémunération en lien avec la faute retenue, ne démontre pas la réalité du préjudice invoqué. Par suite, sa demande d'indemnisation de ce préjudice doit être rejetée, y compris au titre de la perte de chance.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par

M. B doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions demandant de mettre à la charge du CHI André Grégoire les frais liés au litige en application de des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En outre, il n'y a pas lieu, en l'espèce, de faire droit à la demande présentée par le CHI André Grégoire sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier intercommunal André Grégoire de Montreuil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier intercommunal André Grégoire de Montreuil.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

Mme Van Maele, première conseillère,

Mme Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.

La rapporteure,

S. Van Maele

La présidente,

J. Jimenez La greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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