lundi 12 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2211045 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | BROCHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et d'un mémoire complémentaire enregistrés le 7 juillet 2022 et le 12 janvier 2024, Mme C F, agissant en son nom personnel et au nom de ses deux enfants B et E D, et M. A D, représentés par Me Brochard, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 84 000 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de l'absence de relogement assortie des intérêts au taux légal ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros, à verson à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme F et M. A D soutiennent que :
- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors qu'ils n'ont été relogés que le 16 octobre 2023, alors qu'ils ont été reconnus prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 27 juin 2018 et que le tribunal a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de les reloger sous astreinte par une décision du 14 juin 2021 ;
- ils subissent des troubles de toute nature dans leurs conditions d'existence.
Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 13 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Lamlih pour statuer sur ces litiges.
En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lamlih a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 27 juin 2018, la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a désigné Mme F comme prioritaire et devant être logé en urgence. Par une décision du 14 juin 2021, le tribunal a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d'assurer le relogement de Mme F sous astreinte. Mme F a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 26 avril 2021. Mme C F, agissant en son nom personnel et au nom de ses deux enfants B et E D, et M. A D demandent au tribunal de condamner l'État à leur verser une somme de 84 000 euros en réparation des préjudices subis assortie des intérêts au taux légal.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.
4. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.
5. La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme F le 27 juin 2018 au motif qu'elle est en attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral. Par suite, et eu égard à ce qui a été au point 3, les conclusions indemnitaires présentées par M. A D en son nom personnel et par Mme C F en tant que représentante légale de ses deux enfants mineurs doivent être rejetées.
6. La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme F le 27 juin 2018 au motif qu'elle est en attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral. Il résulte de l'instruction que la requérante a résidé, en compagnie de ses trois enfants nés en 2003, 2006 et 2008, dans un logement d'une surface de 64 mètres carrés qui n'était donc pas sur-occupé. La seule circonstance qu'il comportait trois pièces principales ne peut suffire à le faire regarder comme inadapté aux besoins de l'intéressée, à défaut de tout élément concret résultant d'une situation particulière du ménage imposant une configuration spécifique des lieux, laquelle ne peut résulter du seul fait que la requérante réside avec ses trois fils dont deux sont adolescents et l'un est adulte. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que le loyer mensuel du logement s'élèvait à 1 266,16 euros et que Mme F fait état, au mois de mai 2022, d'un revenu mensuel 2'717,42 euros prestations sociales comprises. En conséquence, il ne résulte pas de l'instruction que ce logement était inadapté aux capacités financières de l'intéressée. En outre, il ne résulte également pas de l'instruction que le logement de Mme F, qui se borne à soutenir que celui-ci était situé en étage sans ascenseur dès lors qu'elle est " reconnue handicapée par la MDPH car elle souffre notamment de sciatique ", était inadapté à ses besoins. Enfin, il ne résulte pas davantage de l'instruction qu'une décision de justice ordonnant l'expulsion de l'intéressée soit intervenue suite au congé de bail adressé par le propriétaire de son logement le 23 juillet 2018. Dans ces conditions, Mme F, qui a été relogée le 16 octobre 2023 et dont il n'est pas soutenu que ce logement serait inadapté à ses besoins et à ses capacités, n'établit pas que la carence de l'Etat est de nature à lui avoir causé des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence de nature à engager sa responsabilité. Par suite, ses conclusions à fin d'indemnisation doivent être rejetées.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme F doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que les conclusions présentées au titre des frais liés au litige
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F, à Me Brochard et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.
La magistrate désignée
D. Lamlih
La greffière
D. Bakouma
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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01/06/2026