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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2211147

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2211147

vendredi 21 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2211147
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantLANSARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 6 juillet 2022, 11 août 2023 et 23 avril 2024, M. A C, représenté par Me Lansard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 29 avril 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a rejeté son recours administratif préalable obligatoire à l'encontre du refus du 29 mars 2022 de lui accorder le bénéfice de l'aide-ménagère en faveur des personnes handicapées ;

2°) d'admettre M. C au bénéfice de l'aide-ménagère ;

3°) d'enjoindre à titre subsidiaire au département de la Seine-Saint-Denis de réétudier le refus d'aide-ménagère ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- s'étant vu reconnaître une restriction substantielle et durable pour l'accès à l'emploi, il doit être regardé comme étant dans l'impossibilité de se procurer un emploi au sens de l'article L. 241-1 du code de l'action sociale et des familles ;

- la décision litigieuse est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 241-1 du code de l'action sociale et des familles ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est dans l'impossibilité de se procurer un emploi eu égard à sa situation personnelle, que la qualité de travailleur handicapé lui a été reconnu, qu'il bénéficie d'une orientation en établissement et service d'aide par le travail et qu'une telle aide lui est indispensable.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 8 septembre 2022, 28 août 2023 et 13 mai 2024, le département de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, d'une part, que la requête de M. C est irrecevable dès lors qu'elle est tardive et, d'autre part, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Le Défenseur des droits a produit des pièces, enregistrées le 4 juin 2024, qui ont été communiquées.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du 28 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le règlement départemental d'aide sociale de la Seine-Saint-Denis ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bernabeu, conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bernabeu, qui a relevé d'office, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que les conclusions tendant à ce que le tribunal admette M. C au bénéfice de l'aide-ménagère étaient susceptibles d'être fondées sur un moyen d'ordre public tiré de leur irrecevabilité dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif de faire œuvre d'administrateur ;

- les observations de Me Lansard, représentant M. C ;

- et les observations de M. B, représentant le département de la Seine-Saint-Denis.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a sollicité le 27 avril 2021 l'aide-ménagère en faveur des personnes handicapées prévue par le règlement départemental d'aide sociale de la Seine-Saint-Denis. Par une décision du 29 mars 2022, le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande. M. C a formé un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de cette décision, par un courrier du 6 avril 2022. Par une décision du 29 avril 2022, le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a rejeté son recours. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur la recevabilité de la requête :

2. D'une part, les conclusions tendant à ce que ce que le tribunal admette M. C au bénéfice de l'aide ménagère ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif de faire œuvre d'administrateur.

3. D'autre part, si le département de la Seine-Saint-Denis fait valoir que la requête de M. C est tardive dès lors qu'elle aurait été enregistrée en dehors du délai de recours de deux mois, il ne justifie toutefois pas de la date à laquelle la décision litigieuse aurait été effectivement notifiée au requérant. Or, M. C soutient, sans être sérieusement contesté sur ce point, qu'il a reçu la décision litigieuse par lettre simple le 7 mai 2022, date à laquelle il doit être regardé comme en ayant eu connaissance. Par suite, et dès lors que la requête introductive d'instance a été enregistrée le 6 juillet 2022, soit dans le délai de deux mois prévus à l'article R. 421-1 du code de justice administrative, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête de M. C ne peut qu'être écartée.

Sur l'office du juge :

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.

Sur les conclusions relatives à l'aide-ménagère :

5. Aux termes de l'article L. 231-1 du code de l'action sociale et des familles : " " L'aide à domicile mentionnée à l'article L. 113-1 peut être accordée soit en espèces, soit en nature. [] L'aide en nature est accordée sous forme de services ménagers [] ". Aux termes de l'article L. 241-1 du code précité : " Toute personne handicapée dont l'incapacité permanente est au moins égale au pourcentage fixé par le décret prévu au premier alinéa de l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale ou qui est, compte tenu de son handicap, dans l'impossibilité de se procurer un emploi, peut bénéficier des prestations prévues au chapitre Ier du titre III du présent livre, à l'exception de l'allocation simple à domicile [] ". Aux termes de la fiche 33 relative à l'aide-ménagère en faveur des personnes handicapées du règlement départemental d'aide social de la Seine-Saint-Denis en faveur des personnes des personnes âgées et des personnes handicapées : " Afin d'obtenir l'aide-ménagère en faveur des personnes handicapées, le demandeur doit avoir été reconnu avant 65 ans " personne handicapée " par la CDAPH (Cf. Fiche n°32) et présenter un taux d'incapacité d'au moins 80% ou justifier être dans l'impossibilité de se procurer un emploi ".

6. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que peut bénéficier de l'aide à domicile sous forme de services ménagers toute personne handicapée dont le taux d'incapacité est de 80 % ou plus et celles qui, compte tenu de leur handicap, sont dans l'impossibilité de se procurer un emploi.

7. Il résulte de l'instruction que M. C souffre d'une schizophrénie paranoïde nécessitant un suivi psychothérapeutique et médicamenteux et au titre de laquelle la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées lui a attribué, d'une part, la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé pour cinq ans à compter du 9 novembre 2020, d'autre part, une orientation vers un établissement et service d'aide par le travail pour la même période et, enfin, l'allocation adulte handicapé pour une période de cinq ans à compter du 1er décembre 2020. Ainsi, et eu égard au taux d'incapacité dont il fait l'objet, il lui a été reconnu une restriction substantielle et durable pour l'accès à l'emploi. Si une telle restriction ne saurait établir, à elle seule, et contrairement à ce que soutient le requérant, une impossibilité de se procurer un emploi, M. C produit toutefois à l'appui de son recours un certificat médical du 25 mars 2024 du psychiatre de l'établissement public de santé Ville-Evrard qui assure son suivi psychothérapeutique et médicamenteux attestant de l'impossibilité pour l'intéressé de travailler tant dans le milieu ordinaire que dans le milieu protégé. Le psychiatre fait état, à cet égard, de l'échec d'une orientation vers un établissement et service d'aide par le travail effectuée en 2010. Dans ces conditions, M. C justifie de l'impossibilité, compte tenu de son handicap, de se procurer un emploi. Par suite, le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en retenant que son ouverture de droit était compatible avec une activité professionnelle.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 29 avril 2022 lui refusant le bénéfice de l'aide-ménagère.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis d'accorder à M. C le bénéfice de l'aide-ménagère, sous réserve que ce dernier justifie de la condition de ressources pour l'obtenir.

Sur les frais d'instance :

10. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Toutefois, les conclusions présentées par M. C, qui tendent à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sont mal dirigées et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision du 29 avril 2022 du président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis d'accorder à M. C le bénéfice de l'aide-ménagère, sous réserve qu'il justifie de la condition de ressources pour l'obtenir.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au département de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2024.

Le rapporteur,

S. Bernabeu

La greffière,

M.Diarouma

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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