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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2211187

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2211187

lundi 12 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2211187
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantLUCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 11 juillet 2022 et le 12 janvier 2024, Mme B A épouse C, représentée par Me Luce, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 36 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de sa réclamation préalable, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Mme C soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors qu'elle n'a été relogée que le 6 octobre 2021, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 3 avril 2019 et que le tribunal a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de la reloger sous astreinte par une décision du 10 juillet 2020 ;

- elle a subi des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 20 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Lamlih pour statuer sur ces litiges.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lamlih a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 3 avril 2019 la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a désigné Mme C comme prioritaire et devant être logé en urgence. Par une décision du 10 juillet 2020, le tribunal a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d'assurer le relogement de Mme C sous astreinte. N'ayant été relogée que le 6 octobre 2021, Mme C a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 7 avril 2022. Mme C demande au tribunal de condamner l'État à lui verser une somme de 36 000 euros en réparation des préjudices subis assortie des intérêts au taux légal.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

4. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.

5. La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme C le 3 avril 2019 au motif qu'elle est en attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral. Il résulte de l'instruction que Mme C a occupé, du 1er juillet 2018 au 3 mai 2021, avec son époux et leurs deux enfants nés en 2018 et 2020, succesivement deux logements d'une surface de 32 mètres carrés et de 45 mètres carrés d'un loyer mensuel de 820 euros et de 850 euros. Il résulte de l'instruction que le ménage percevait, durant cette période, des revenus, composés essentiellement de prestations sociales dont les montants perçus, produits à l'instance, permettent d'établir que ces logements étaient inadaptés aux capacités financières du ménage. Enfin, il résulte de l'instruction que du 5 août 2021 au 1 octobre 2021, Mme C et sa famille ont été hébergés dans un centre d'hébergement d'urgence jusqu'au 8 octobre 2021 date à laquelle ils ont été relogés dans un logement dont il n'est pas soutenu qu'il serait inadapté à leurs besoins et à leurs capacités. La période d'indemnisation s'étend donc du 17 avril 2019 au 8 octobre 2021. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 2 000 euros.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme C la somme de 2 000 euros tous intérêts confondus.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Luce renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Luce de la somme de 1 020 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme C la somme de 2 000 euros tous intérêts confondus.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 020 euros à verser à Me Luce, conseil de Mme C, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Luce et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.

La magistrate désignée

D. LAMLIH

La greffière

D. BAKOUMA

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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