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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2211312

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2211312

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2211312
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantCABINET ATTIAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2022, la SCI GM, représentée par Me Attias, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité d'un montant de 30 693 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis compte de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a implicitement refusé de lui accorder le concours de la force publique pour expulser les occupants de l'immeuble situé 36 rue Gabriel Péri à Saint-Denis, dont elle est la propriétaire ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'Etat elle est engagée au regard des articles L. 153-1 et R. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution, compte tenu du refus de concours de la force publique par le préfet à la suite de sa demande du 9 novembre 2021 ;

- elle a subi, pour la période du 9 janvier 2022 au mois de juin 2022, un préjudice tiré de la perte de l'indemnité d'occupation de 25 693 euros, ainsi qu'un préjudice moral de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- en ce qui concerne la responsabilité de l'Etat au titre des indemnités d'occupation : la demande de la société requérante n'opérant pas de distinction entre le local commercial, pour lequel l'expulsion a été réalisée le 23 février 2022, après octroi du concours de la force publique le 4 février 2022 et les locaux d'habitation, pour lesquels l'expulsion a été réalisée le 20 juillet 2023, après octroi du concours de la force publique le 13 juillet 2023, la demande ne peut qu'être rejetée ;

- le préjudice moral invoqué n'est pas établi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Combes, rapporteur public, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI GM est la propriétaire d'un immeuble de quatre étages situé 36 rue Gabriel Péri dans la commune de Saint-Denis (93200), à usage de commerce en ce qui concerne le local du rez-de-chaussée et à usage d'habitation en ce qui concerne la partie supérieure. Par un jugement du 15 juillet 2020, le tribunal judiciaire de Bobigny a prononcé la résolution judiciaire du bail dont la SAS Boulangerie de la Place, société exploitante du local commercial, était titulaire pour l'ensemble de l'immeuble et ordonné à cette société et à tous les occupants de son chef de libérer cet immeuble et dit qu'à défaut de départ volontaire, ces occupants pourront être expulsés à la requête de la SCI GM, au besoin avec le concours de la force publique. La SCI GM demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une indemnité d'un montant de 30 693 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis compte tenu du refus du préfet de la Seine-Saint-Denis de lui accorder le concours de la force publique pour expulser les occupants de l'immeuble mentionné ci-dessus.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. () / Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus ".

3. En premier lieu, la SCI GM a sollicité le 9 novembre 2021 auprès du préfet de la Seine-Saint-Denis le concours de la force publique pour faire procéder à l'évacuation de l'immeuble mentionné au point 1. Il est constant que le préfet n'a pas répondu à cette demande dans un délai de deux mois et que l'expulsion avec le concours de la force publique des occupants du local commercial situé au rez-de-chaussée de cet immeuble est intervenue le 23 février 2022. Par suite, en ce qui concerne ce local, la période de responsabilité de l'Etat débute le 9 janvier 2022 et prend fin le 23 février 2022.

4. En second lieu, il résulte de l'instruction que, par un courriel du 11 février 2022, la SCI GM a informé les services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis que l'huissier en charge du dossier allait demander une expulsion partielle portant sur la Boulangerie de la Place et de surseoir à l'expulsion en ce qui concerne les logements. Ainsi, la SCI GM a renoncé au moins provisoirement à sa demande de concours de la force publique en date du 9 novembre 2021, en tant qu'elle visait à l'évacuation des logements. En outre, il résulte de l'instruction que cette société a présenté le 3 juin 2022 une nouvelle demande de concours de la force publique pour évacuer ces locaux, à laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas répondu dans un délai de deux mois. Enfin, le préfet soutient, sans être contredit, qu'il a accordé le concours de la force publique le 13 juillet 2023 et que ces locaux ont été évacués le 20 juillet 2023. Par suite, en ce qui concerne les locaux à usage d'habitation, la période de responsabilité de l'Etat s'étend du 9 janvier 2022 au 10 février 2022, puis du 3 août 2022 au 20 juillet 2023.

Sur les préjudices :

5. Saisi d'un recours indemnitaire tendant à la réparation des préjudices résultant d'un refus de concours de la force publique le juge doit évaluer ces préjudices jusqu'à la date à laquelle le requérant en a arrêté le décompte dans son dernier mémoire.

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, par une ordonnance du 7 février 2022, le juge des référés du tribunal judiciaire de Bobigny a fixé 4 500 euros par mois le montant de l'indemnité d'occupation due pour l'immeuble mentionné au point 1 dans son ensemble. En outre, le préfet de la Seine-Saint-Denis produit une étude établie par les services de la direction générale des finances publiques, qui estime la valeur locative des appartements de l'immeuble en cause à 33 672 euros par an, soit 2 803 euros par mois. En l'espèce, la SCI GM a arrêté au mois de juin 2022 le décompte de l'indemnité qu'elle demande au titre de la privation de l'indemnité d'occupation, dont elle fixe ainsi le montant à 25 693 euros, sans apporter d'éléments plus précis que les bases de calcul fournies par le préfet de la Seine-Saint-Denis pour évaluer ce préjudice financier. Par conséquent sur ces bases, elle peut prétendre à une indemnité d'un montant de 2 545 euros, au titre de la période du 9 janvier 2022 au 23 février 2022 inclus en ce qui concerne le local commercial et à une indemnité de 2 989 euros au titre de la période du 9 janvier 2022 au 10 février 2022 inclus en ce qui concerne les logements. En revanche, elle ne peut prétendre à être indemnisée de la privation d'indemnités d'occupation au titre des logements pour la période postérieure, compte tenu de ce qui est dit au point 4 et de la date à laquelle elle a arrêté son décompte.

7. En second lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par la SCI GM en lui allouant à ce titre une indemnité de 500 euros.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI GM est fondée à obtenir de l'Etat le versement d'une somme de 6 034 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait du refus de refus de concours de la force publique.

Sur la subrogation :

9. Le paiement des sommes dues est subordonné à la subrogation de l'Etat dans les droits que la SCI GM peut détenir sur les occupants de l'immeuble lui appartenant situé 36 rue Gabriel Péri à Saint-Denis, au titre de l'occupation irrégulière de ce bien du 9 janvier 2022 au 23 février 2022 en ce qui concerne le local commercial et du 9 janvier 2022 au 10 février 2022 en ce qui concerne les locaux d'habitation.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SCI GM et non compris dans les dépens. En revanche, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par la société requérante à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la SCI GM une somme de 6 034 euros en réparation des préjudices subis.

Article 2 : L'Etat versera à la SCI GM une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le bénéfice de la condamnation prononcée à l'article 1er de la présente décision est subordonné à la subrogation de l'Etat dans les droits que la SCI GM peut détenir sur les occupants de l'immeuble lui appartenant situé 36 rue Gabriel Péri à Saint-Denis, au titre de l'occupation irrégulière de ce bien du 9 janvier 2022 au 23 février 2022 en ce qui concerne le local commercial et du 9 janvier 2022 au 10 février 2022 en ce qui concerne les locaux d'habitation.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SCI GM et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le magistrat désigné,

D. ALe greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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