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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2211566

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2211566

mercredi 24 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2211566
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantESTEVENY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 juillet 2022 et le 20 décembre 2023, M. C B, représenté par Me Esteveny, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 26 400 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 2 juin 2021, en réparation du préjudice résultant de l'inexécution de l'obligation par le préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à son relogement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en vertu de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la carence fautive de l'autorité préfectorale dans l'exécution de l'obligation de relogement engage la responsabilité de l'Etat ;

- il est fondé à solliciter la somme de 600 euros par mois en réparation des troubles dans les conditions d'existence subis en raison de la carence fautive de l'Etat à le reloger.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Esteveny, représentant M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 27 novembre 2019, désigné M. B comme prioritaire et devant être logé en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement, il a saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 1er juin 2021. Cette demande a été implicitement rejetée. M. B demande, par la présente requête, la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 26 400 euros en réparation du préjudice résultant de l'inexécution de l'obligation par le préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à son relogement.

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.

4. Aux termes du I de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : " I. ' Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus ". Aux termes de l'article 6 : " Le présent titre s'applique aux administrations de l'Etat, aux collectivités territoriales, à leurs établissements publics administratifs ainsi qu'aux organismes et personnes de droit public et de droit privé chargés d'une mission de service public administratif, y compris les organismes de sécurité sociale ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article 7 : " Sous réserve des obligations qui découlent d'un engagement international ou du droit de l'Union européenne, les délais à l'issue desquels une décision, un accord ou un avis de l'un des organismes ou personnes mentionnés à l'article 6 peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période mentionnée au I de l'article 1er. / Le point de départ des délais de même nature qui auraient dû commencer à courir pendant la période mentionnée au I de l'article 1er est reporté jusqu'à l'achèvement de celle-ci ".

5. Il résulte des dispositions citées au point 4 que le délai de six mois initialement imparti au préfet de la Seine-Saint-Denis pour faire une offre de logement à M. B, qui devait expirer le 27 mai 2020, a été suspendu le 12 mars 2020 avant de reprendre, pour la durée restante, à compter du 24 juin 2020, et a donc expiré le 7 septembre 2020.

6. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a reconnu, le 27 novembre 2019, le caractère urgent et prioritaire de la demande du requérant au motif qu'il n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation. Il résulte de l'instruction, notamment des attestations de prestations versées par la caisse d'allocations familiales à M. B et à sa belle-mère, des avis d'impôt sur le revenu et de la décision de la commission de surendettement du 25 novembre 2019, que le loyer du requérant, d'un montant de 1 110 euros charges incluses, était manifestement excessif eu égard à ses capacités financières jusqu'au 2 novembre 2021, date à laquelle le requérant a conclu un contrat de travail à durée indéterminée pour un salaire brut mensuel de 1 589,50 euros. Il est constant en outre que, par un jugement du 15 mars 2021, le tribunal de proximité de Pantin a ordonné l'expulsion du requérant. En revanche, et contrairement à ce qui est soutenu, le rapport de visite établi le 6 février 2020 par les services de la commune de Bagnolet, s'il constate la présence d'humidité liée à un dégât des eaux et une condensation qui endommage l'huisserie des fenêtres, ne peut suffire, pas plus que les photographies produites, à établir que le logement aurait été insalubre ou autrement inadapté aux besoins de l'intéressé et de son foyer composé de sa femme, de ses deux enfants et de sa belle-mère. Dans ces conditions, la carence de l'Etat dans l'obligation de relogement de M. B à compter du 7 septembre 2020, date à compter de laquelle elle a revêtu un caractère fautif, lui a causé des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. Compte tenu de la durée de cette carence et du nombre de personnes vivant au foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en allouant au requérant la somme de 4 200 euros.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à M. B la somme de 4 200 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Esteveny de la somme de 1 080 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B la somme de 4 200 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L'Etat versera à Me Esteveny la somme de 1 080 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Esteveny et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

S. A

La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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