Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2212297

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2212297
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCABINET DRAGHI-ALONSO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a rejeté la requête de la société ENEDIS, qui demandait la condamnation de la société Bureau Veritas Exploitation à l'indemniser pour un dommage de travaux publics survenu le 24 juillet 2017 (endommagement d'un câble électrique). Le tribunal a estimé que la créance était prescrite, le délai de prescription de cinq ans ayant commencé à courir le 25 juillet 2017, date à laquelle ENEDIS avait une connaissance suffisante de l'étendue du dommage, et que la demande d'indemnisation du 13 avril 2022 n'avait pas interrompu ce délai. La solution est fondée sur l'article 2224 du code civil.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 juillet 2022 et 11 mars 2024, la société ENEDIS, représentée par la SELAFA Cabinet Cassel, demande au tribunal :

1°) de condamner la société Bureau Veritas Exploitation à lui verser une somme de 4 436,91 euros TTC en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait du dommage de travaux publics survenu le 24 juillet 2017 ;

2°) de mettre à la charge de la société Bureau Veritas Exploitation la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la créance n'est pas prescrite : l'étendue du dommage n'a été connue que lorsque la société a pu chiffrer l'intégralité du coût des réparations, soit à la date du courrier de mise en cause du 9 août 2017, et la réclamation préalable adressée le 13 avril 2022 à la société Bureau Véritas Exploitation a interrompu le délai de prescription ;

- en sa qualité de tiers aux travaux à l'origine du dommage, elle est fondée à demander l'indemnisation des préjudices qu'elle a subis sur le terrain de la responsabilité sans faute de l'entrepreneur ;

- la responsabilité sans faute de la société Bureau Veritas Exploitation en sa qualité d'entrepreneur en charge des travaux est engagée, sans qu'elle ne puisse se prévaloir des fautes éventuellement commises par son sous-traitant pour s'exonérer de sa responsabilité ;

- la société Bureau Veritas Exploitation a commis des fautes en omettant de transmettre la DICT, qu'elle avait bien réalisée, et les plans des réseaux à son sous-traitant, et en omettant de procéder au marquage piquetage ;

- les travaux de réparation se sont élevés à la somme de 4 436,91 euros : 2 128,46 euros au titre de l'intervention d'un prestataire extérieur pour le terrassement, et 2 308,45 euros au titre des dépenses liées à l'intervention d'opérateurs et d'assistants pour la réalisation des travaux de reprise.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 novembre 2022 et 3 avril 2024, la société Bureau Veritas Exploitation, représentée par Me Draghi-Alonso, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête de la société ENEDIS ;

2°) à titre subsidiaire, de ramener l'indemnité allouée à la société ENEDIS à de plus justes proportions ;

3°) de mettre à la charge de la société ENEDIS la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la créance dont se prévaut ENEDIS est prescrite : le délai de prescription a commencé son cours le 24 juillet 2017, date de la manifestation du dommage dans son intégralité, et a expiré le 25 juillet 2022 ; la lettre du 13 avril 2022 de la société ENEDIS n'est ni suspensive ni interruptive de prescription ;

- elle n'est pas responsable du dommage, lequel incombe à la société Astaruscle Environnement ;

- le préjudice n'est pas justifié dans son quantum.

L'affaire a été renvoyée en formation collégiale, en application des dispositions de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

- les conclusions de Mme Nguër, rapporteure publique,

- et les observations de Me Sene, substituant Me Draghi-Alonso, représentant la société Bureau Veritas Exploitation.

La société ENEDIS n'était pas représentée.

Considérant ce qui suit :

1. L'établissement public territorial Plaine Commune a, par acte du 6 décembre 2016, confié à la société Bureau Veritas Exploitation une mission d'expertises environnementales des sites et sols pollués pour le campus Condorcet à Aubervilliers. Le

24 juillet 2017, alors que la société Astaruscle Environnement, sous-traitante de la société Bureau Veritas Exploitation, procédait à la réalisation des sondages à proximité du 10, rue Waldeck Rochet à Aubervilliers, un engin de terrassement mécanique a endommagé un câble électrique HTA enfoui dans le sol, appartenant au réseau d'exploitation de la société ENEDIS. Par la présente requête, la société ENEDIS demande au tribunal de condamner la société Bureau Veritas Exploitation, en sa qualité d'entrepreneur en charge des travaux, à l'indemniser des conséquences dommageables de ce dommage.

Sur la prescription :

2. Aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ". La prescription instituée par ces deux dispositions court à compter de la date à laquelle la victime a une connaissance suffisamment certaine de l'étendue du dommage. Les conséquences futures et raisonnablement prévisibles des désordres apparus ne constituent pas une aggravation du dommage de nature à reporter le point de départ du délai de prescription.

3. Le délai de prescription est interrompu notamment dans les conditions prévues par les articles 2240, 2241 et 2244 du même code.

4. Il résulte de l'instruction que la société ENEDIS a eu une connaissance suffisamment certaine de l'étendue du dommage le 25 juillet 2017, date à laquelle les travaux de reprise de celui-ci ont été achevés. Si la société ENEDIS a demandé l'indemnisation de son préjudice à la société Bureau Veritas Exploitation par courrier du 13 avril 2022, une telle demande ne constitue pas une cause interruptive du délai de prescription. Dans ces conditions, la société Bureau Veritas Exploitation est fondée à soutenir que la créance dont se prévaut la société ENEDIS était prescrite lors de l'introduction de la requête le 31 juillet 2022. Par suite, les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Bureau Veritas Exploitation, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par la société ENEDIS au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la société Bureau Veritas Exploitation au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société ENEDIS est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Bureau Veritas Exploitation au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Enedis et à la société Bureau Veritas Exploitation.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Charret, président,

Mme Tahiri, première conseillère,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

La rapporteure,

N. Dupuy-Bardot

Le président,

J. Charret

La greffière,

L. Valcy

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.