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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2212460

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2212460

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2212460
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre (J.U)
Avocat requérantKEITA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 2 août 2022 et le 27 septembre 2024, Mme C A, représentée par Me Keita, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui payer la somme globale de 45 000 euros en réparation du préjudice résultant de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, au bénéfice de son conseil, sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 27 mars 2019 et que, par ordonnance du 3 juillet 2020, il a été enjoint à l'Etat de la reloger, sous astreinte ;

- elle est dépourvue d'un logement adapté à ses besoins et capacités, ce qui lui a causé des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur ces litiges.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Mme B a lu sont rapport au cours de l'audience publique du 14 octobre 2024.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 27 mars 2019, la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a désigné Mme A comme prioritaire et devant être logée en urgence. Par une ordonnance en date du 3 juillet 2020, le tribunal administratif de Montreuil a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d'assurer le logement de la requérante sous une astreinte de 600 euros par mois de retard à compter du 1er octobre 2020. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme A a saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d'une demande indemnitaire préalable par un courrier en date du 28 décembre 2021. Mme A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser une somme de 45 000 euros en réparation de ses troubles dans les conditions d'existence.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée en urgence par une commission de médiation en application des dispositions de l'article

L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 de ce code. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois imparti au préfet, à compter de la décision de la commission de médiation, par l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation, pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.

4. Par une décision du 27 mars 2019, valable pour quatre personnes, la commission de médiation du département de la Seine-Saint-Denis a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme A en retenant le motif suivant " Dépourvu(e) de logement/Hébergé(e) chez un particulier ". Il résulte de l'instruction que si Mme A a reçu, à ce jour, une offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités, elle indique, sans être contredite, qu'elle a été dans l'obligation de la rejeter en raison de l'éloignement trop important par rapport à son lieu de travail, à savoir un temps de trajet de deux heures pour l'aller, comme pour le retour. La persistance de cette situation, à compter du 27 septembre 2019, date à laquelle la carence de l'Etat a revêtu un caractère fautif, a causé à Mme A des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. Il ne résulte pas de l'instruction, alors que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas produit d'observations en défense, ni indiqué avoir exécuté l'injonction que lui avait faite le tribunal par ordonnance du 3 juillet 2020, que Mme A a été relogée à la date de l'audience. La période d'indemnisation s'étend donc du 27 septembre 2020 au 14 octobre 2024, date de clôture de l'instruction de la présente affaire. Dans les circonstances de l'espèce, le foyer de la requérante étant composé de quatre personnes, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en fixant l'indemnisation due à la somme de 4 800 euros.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme A la somme de 4 800 euros.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme A soutient, sans l'établir, avoir été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil ne peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 pour demander qu'il lui soit versé la somme demandée au titre des frais de l'instance sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1 : L'Etat est condamné à verser à Mme A la somme de 4 800 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Keita et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La magistrate désignée

Th. B

Le greffier

L. Dionisi

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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