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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2212526

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2212526

mercredi 24 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2212526
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantLE CABINET LEGENDRE PICARD SAADAT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête, enregistrée le 4 août 2022, la société Alyzia Roissy Ramp 1 (ARP 1), représentée par Me Gady, demande au tribunal d'annuler la décision du 10 juin 2022 par laquelle l'inspectrice du travail de la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS) d'Ile-de-France a, d'une part, retiré sa décision du 22 février 2022 autorisant le licenciement de M. B, d'autre part, refusé d'autoriser le licenciement de M. B.

Elle soutient que :

- la décision du 10 juin 2022 a été rendue à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle a été prise par une autorité dont l'impartialité est douteuse ;

- l'inspectrice du travail a méconnu le caractère contradictoire de l'enquête dès lors qu'elle ne lui a pas communiqué le recours gracieux de M. B ;

- le contrôle de l'inspecteur du travail est limité à l'absence de discriminations dès lors qu'elle est en liquidation judiciaire et qu'elle a respecté son obligation de reclassement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, la DRIEETS d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé et qu'en tout état de cause, il convient de procéder à une substitution de motifs dès lors que la société ARP 1 n'a pas transféré l'ensemble des contrats de travail à la société ARP 2 en vertu de l'article L. 1224-1 du code du travail.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Cotza, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société ARP 1 la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bernabeu ;

- les conclusions de Mme Parent, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Cotza, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été engagé en 2002 par la société ARP 1 et y a été promu en 2012 en qualité de chef d'équipe. Il y a été élu membre de la délégation du personnel au comité économique et social. Le tribunal de commerce de Toulouse a, par un jugement du 21 décembre 2021, décidé l'ouverture d'une procédure de liquidation judiciaire à l'encontre de la société ARP 1. Un document unilatéral valant plan de sauvegarde de l'emploi a été implicitement homologué par la DRIEETS d'Ile-de-France le 28 janvier 2022. Par un courrier du 31 janvier 2022, le mandataire judiciaire de la société ARP 1 a sollicité l'autorisation de licencier M. B pour motifs économiques. Par une décision du 22 février 2022, l'inspectrice du travail de la DRIEETS d'Ile-de-France a autorisé le licenciement sollicité. M. B a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision le 26 avril 2022. Par une décision du 10 juin 2022, l'inspectrice du travail de la DRIEETS d'Ile-de-France a, d'une part, retiré sa décision du 22 février 2022 autorisant le licenciement de M. B et, d'autre part, refusé d'autoriser le licenciement de M. B. Par la présente requête, la société ARP 1 demande l'annulation de la décision du 10 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du code précité : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales [] ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative compétente pour adopter une décision individuelle entrant dans leur champ de mettre elle-même la personne intéressée en mesure de présenter des observations. Il en va de même, à l'égard du bénéficiaire d'une décision, lorsque l'administration est saisie par un tiers d'un recours gracieux contre cette décision. Ainsi, l'inspecteur du travail, saisi d'un recours gracieux à l'encontre d'une décision autorisant ou refusant d'autoriser le licenciement d'un salarié protégé, doit mettre le tiers au profit duquel la décision contestée a créé des droits - à savoir, respectivement, l'employeur ou le salarié protégé - à même de présenter ses observations, notamment par la communication de l'ensemble des éléments sur lesquels l'inspecteur du travail entend fonder sa décision de retrait.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'inspectrice du travail a, par un courrier du 25 avril 2022, notifié le 2 mai suivant, informé la société ARP 1 tant des motifs sur lesquels elle envisageait de retirer sa décision du 22 février 2022 que de la possibilité de présenter ses observations au plus tard jusqu'au 25 mai 2022. Il s'ensuit que l'autorité administrative a mis à même la société ARP 1 de présenter utilement ses observations sur la mesure de retrait projetée, sans que le courrier du 25 avril 2022 puisse caractériser un manque d'impartialité de l'inspectrice du travail. Dans ces conditions, la circonstance que la société requérante n'a obtenu la communication du recours gracieux de M. B que le 1er juin 2022 n'est pas de nature à caractériser une méconnaissance du principe du caractère contradictoire de la procédure.

5. D'autre part, en vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est fondée sur un motif de caractère économique, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si la situation de l'entreprise justifie le licenciement du salarié, en tenant compte notamment de la nécessité des réductions envisagées d'effectifs et de la possibilité d'assurer le reclassement du salarié dans l'entreprise ou au sein du groupe auquel appartient cette dernière, y compris lorsque l'entreprise fait l'objet d'une procédure de redressement ou en cas de liquidation judiciaire compte tenu des perspectives de reprise.

6. Aux termes de l'article L. 1233-4 du code du travail : " Le licenciement pour motif économique d'un salarié ne peut intervenir que lorsque tous les efforts de formation et d'adaptation ont été réalisés et que le reclassement de l'intéressé ne peut être opéré sur les emplois disponibles, situés sur le territoire national dans l'entreprise ou les autres entreprises du groupe dont l'entreprise fait partie et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel [] ".

7. Il résulte des dispositions précitées que, pour apprécier si l'employeur ou le liquidateur judiciaire a satisfait à son obligation en matière de reclassement, l'autorité administrative saisie d'une demande d'autorisation de licenciement pour motif économique d'un salarié protégé doit s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qu'il a procédé à une recherche sérieuse des possibilités de reclassement du salarié dans les entreprises dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation permettent, en raison des relations qui existent avec elles, d'y effectuer la permutation de tout ou partie de son personnel. Toutefois, lorsque le licenciement projeté est inclus dans un licenciement collectif qui requiert l'élaboration d'un plan de sauvegarde de l'emploi, lequel comprend, en application de l'article L. 1233-61 du code du travail, un plan de reclassement, et que ce plan est adopté par un document unilatéral, l'autorité administrative, si elle doit s'assurer de l'existence, à la date à laquelle elle statue sur cette demande, d'une décision d'homologation du plan de sauvegarde de l'emploi, à défaut de laquelle l'autorisation de licenciement ne peut légalement être accordée, ne peut ni apprécier la validité du plan de sauvegarde de l'emploi ni, plus généralement, procéder aux contrôles mentionnés à l'article L. 1233-57-3 du code du travail qui n'incombent qu'au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités compétemment saisi de la demande d'homologation du plan. Il ne lui appartient pas davantage, dans cette hypothèse, de remettre en cause le périmètre du groupe de reclassement qui a été déterminé par le plan de sauvegarde de l'emploi pour apprécier s'il a été procédé à une recherche sérieuse de reclassement du salarié protégé.

8. Dans l'hypothèse où l'employeur recourt au travail temporaire dans des conditions telles qu'elles révèlent l'existence d'un ou plusieurs postes disponibles dans l'entreprise ou dans les entreprises du groupe auquel elle appartient, peu important qu'ils soient susceptibles de faire l'objet de contrats à durée indéterminée ou déterminée, il lui appartient de proposer ces postes au salarié, pour autant qu'ils soient équivalents aux fonctions qu'il occupait.

9. Il ressort des pièces du dossier que la liste de postes proposés à M. B ne comportait que des emplois sans rapport avec ses qualifications d'assistant avion et dont la durée hebdomadaire de travail était, pour la majorité des postes proposés, inférieure à celle dont relevait son poste d'assistant avion, induisant une baisse de rémunération. En outre, la société requérante ne conteste pas sérieusement le fait que la société ARP 2, filiale du groupe auquel elle appartenait, a eu recours aux mois de décembre 2021, de janvier, mars et avril 2022 à du personnel intérimaire pour pourvoir des emplois équivalents aux fonctions exercées par M. B. Cette circonstance permet de considérer qu'au cours de la période durant laquelle la société ARP 1 devait rechercher à reclasser ce salarié protégé, d'autres postes de reclassement auraient pu lui être proposés au sein de cette société. Dans ces conditions, le mandataire judiciaire de la société ARP 1 ne peut être regardé comme ayant procédé à une recherche sérieuse des possibilités de reclassement de M. B au sein des entreprises relevant du périmètre du groupe de reclassement prévu par le document unilatéral valant plan de sauvegarde de l'emploi de la société ARP 1. Par suite, l'inspectrice du travail n'ayant ni porté d'appréciation sur la validité du plan de sauvegarde de l'emploi, ni remis en cause le périmètre du groupe de classement déterminé par le plan précité, c'est sans commettre d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation qu'elle a considéré que le mandataire judiciaire n'avait pas satisfait à l'obligation de reclassement qui lui incombait de mettre en œuvre dans le cadre de la procédure de liquidation judiciaire de la société ARP 1.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la société ARP 1 n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision litigieuse.

Sur les frais d'instance :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société ARP 1, partie perdante à la présente instance, une somme de 1 500 euros à verser M. B, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la société Alyzia Roissy Ramp 1 est rejetée.

Article 2 : La société Alyzia Roissy Ramp 1 versera la somme de 1 500 euros à M. B, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Alyzia Roissy Ramp 1, à la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France et à M. A B.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Baffray, président,

M. Marias, premier conseiller,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.

Le rapporteur,

S. Bernabeu

Le président,

J.-F. BaffrayLa greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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